Les chars modernes ont longtemps été conçus pour encaisser des missiles antichars, des obus ou des tirs directs. Mais depuis la guerre en Ukraine, un autre danger leur tourne autour : les drones FPV bricolés, rapides, peu coûteux et parfois redoutablement efficaces. Face à cette menace, les armées cherchent des réponses rapides. Et l’une des pistes testées par la France a quelque chose d’assez spectaculaire : tirer sur les drones avec le canon principal du Leclerc. Oui, le très gros canon de 120 mm.
Un peu surdimensionné contre des drones
Des essais réalisés à Abou Dabi ont permis à un char Leclerc du 5e régiment de cuirassiers d’abattre un drone en vol grâce à un obus particulier baptisé OEFC F1. L’information a été confirmée le 20 mai par le gouverneur militaire de Strasbourg, qui commande également la 2e brigade blindée. L’OEFC F1 n’est pas un obus classique destiné à perforer un blindage. Développée par KNDS France, cette munition fonctionne plutôt comme une gigantesque cartouche de chasse.
Une fois tirée, elle libère environ 1.100 billes de tungstène à très haute vitesse. L’objectif n’est pas de viser le drone avec précision, mais de saturer son espace de vol avec un nuage de projectiles. Un peu comme si le Leclerc passait soudainement en mode « super shotgun ». Et dans le cas d’un petit drone FPV, il n’y a pas besoin d’un impact direct parfaitement centré. Une hélice touchée, un câble sectionné ou une batterie perforée suffisent souvent à envoyer l’appareil au tapis.
Les essais menés aux Émirats arabes unis n’étaient visiblement pas là pour faire de la figuration. Les drones utilisaient des trajectoires complexes, parfois latérales, avec des mouvements irréguliers et des altitudes plus élevées que celles généralement observées sur le terrain ukrainien.
L’armée française reste toutefois prudente sur la portée réelle du concept. Elle parle d’une capacité « opportuniste » de lutte anti-drone, autrement dit d’une solution d’autodéfense ponctuelle plutôt que d’un véritable système antiaérien. Le Leclerc possède malgré tout plusieurs talents utiles pour ce genre d’exercice : une tourelle très rapide, un système de tir performant et une excellente précision. Mais il conserve aussi des limites assez évidentes.
Son canon n’a pas été conçu pour pointer très haut dans le ciel. Le nombre d’obus disponibles à bord reste limité. Et surtout, chaque tir coûte nettement plus cher qu’une munition légère anti-drone. Impossible donc d’imaginer un Leclerc arroser le ciel pendant des heures contre des essaims de quadricoptères. Il s’agit surtout de recycler une munition déjà existante pour lui donner une nouvelle utilité.
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