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Obsession, Evil Dead Burn… Quand la masculinité toxique s’installe dans le cinéma d’horreur

Les histoires d’esprits vengeurs, les serial killers, les prédateurs… le cinéma d’horreur s’est toujours nourri de nos peurs. Et si, aujourd’hui, la plus grande peur était les hommes ?

Il y a quelques jours, Obsession est devenu l’un des films les plus rentables de l’histoire en dépassant la barre des 400 millions de dollars au box-office (pour un budget de 750 000 dollars). Aujourd’hui, c’est au tour d’Evil Dead Burn de tenter de filer les pétoches au public. Le lien entre les deux ? Le genre horrifique ? Bien vu, Sherlock. Mais encore ? Si on vous dit que les deux métrages partagent plus qu’un goût pour maquiller leurs héroïnes avec du faux sang.

À partir de là, il nous sera impossible de vous parler de ces deux derniers (notamment) sans rentrer plus en détail dans leurs intrigues respectives. Alors attention, spoilers.

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Obsession et Evil Dead Burn correspondent à un nouveau schéma dans le cinéma d’horreur. Un genre qui a su s’adapter à une réalité sociétale, à l’image des œuvres de Jordan Peele parlant de racisme au travers de l’effroi.

De la même manière, depuis l’apparition du mouvement #MeToo, les productions, sous l’impulsion d’une nouvelle génération de réalisatrices, scénaristes et productrices, ont su se regarder dans le miroir, se remettre en question, et interroger notre rapport au genre et surtout à la femme. Tout comme le drame ou la comédie, le cinéma d’horreur n’a pas fait exception. Au contraire, la relation toxique est devenue un véritable levier narratif pour créer des monstres qui nous ressemblent plus que l’on ne veut le croire. Bienvenue dans l’Incel Horror.

L’Incel Horror, qu’est-ce que c’est ?

L’Incel Horror est un concept né de TikTok qui transforme l’incel, soit un homme désireux de plaire aux femmes et rejetant la faute de ce rejet sur ces dernières, en figure d’épouvante. Une manière de raconter les violences dans les couples hétérosexuels via le gaslighting, la manipulation, l’obsession du contrôle du corps d’autrui jusqu’à la notion de dominance ancrée dans le masculinisme. Bref, des hommes qui ne supportent pas le non.

Obsession, Evil Dead Burn… Quand la masculinité toxique s'installe dans le cinéma d’horreur
© Warner Bros

Un courant qui n’est pas propre au cinéma d’horreur, mais qui prend toujours une connotation effrayante dès lors que l’incel, devenu masculiniste ou non, révèle sa nature. Des films comme Ex Machina, Don’t Worry Darling ou Blink Twice sont, par exemple, des représentants de l’Incel Horror sans être réellement du cinéma d’horreur, là où Companion, avec le “gentil” Jake Quaid, rentrait pleinement dans cette mouvance. Josh a un contrôle total sur sa petite amie androïde et il peut modifier sa perception avec quelques réglages. N’est-ce pas du gaslighting en puissance ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’Obsession si ce n’est un Companion qui a mieux réussi ?

Obsession, le nouveau mètre étalon

Le “héros” d’Obsession est un “jeune homme introverti” (joué par Michael Johnston) prénommé Bear. La subtilité est-elle la force du film de Curry Baker ? Absolument pas. Pour les non-anglophones, Bear signifie Ours. Pas un hasard puisque cela fait directement écho à une tendance virale d’internet qui a vu de nombreuses femmes dire que si elles se trouvent seules en forêt, elles préféreraient se retrouver face à un ours qu’à un homme. Dans le film, Bear est ce “gentil gars inoffensif” qui va vite révéler sa nature de prédateur. L’homme ou l’ours ? Bear est les deux.

Parce qu’il ne faut pas se voiler la face, Bear est bien le méchant du récit. Un homme se cachant derrière un manque de confiance en lui pour prendre le contrôle de la femme qu’il aime. Tout dans Obsession se rapporte à ça, le contrôle d’un homme sur une femme. Lorsque Nikki demande à être libérée, Bear préfère lui rejeter la faute, se positionner en victime, il préfère l’amour forcé qui le rend heureux LUI, prouvant ainsi que LUI ne l’aime pas vraiment. Même lorsqu’il y a des rapports physiques, Nikki subit la chose le regard vide, synonyme d’un acte subi et non désiré.

Obsession, Evil Dead Burn… Quand la masculinité toxique s'installe dans le cinéma d’horreur
© Universal

Pire, il va se positionner en chevalier blanc, complexe du sauveur cherchant à protéger sa belle d’un sort qu’il a lui-même jeté. Sauf qu’il ne souhaite pas rompre le sort. Pas question de perdre son emprise. Il veut le modifier. Il veut garder son ascendant sur Nikki sans en subir les inconvénients. Même lorsqu’il entend enfin passer à l’acte en se suicidant, il n’y parvient pas et c’est Nikki, d’une certaine manière, qui parviendra à se libérer de cette emprise.

Le cauchemar du patriarcat

Néanmoins, le succès d’Obsession est à double tranchant. Désolé, mais il est fort probable que si le film avait été vu par son seul trope féministe, il n’aurait pas récolté autant au box-office. Non, Obsession peut avoir une autre lecture plus malheureuse, celle d’une misogynie où l’horreur est provoquée par la femme devenue hystérique. Beaucoup pourraient s’effrayer des conséquences sans interroger la cause. Au point où l’Incel Horror ne serait finalement qu’un faux débat pour plutôt parler de l’horreur de la relation hétérosexuelle avec l’apathique masculin.

Actuellement en salles, Evil Dead Burn peut être pris sous le même prisme. Alice (Souheila Yacoub) est d’abord vue comme une alcoolique rejetant la main protectrice de son compagnon William (George Pullar) qui succombera d’un accident de la route juste après. Toute la famille de Will rejette la faute sur Alice, elle qui n’a pas su l’aimer et recevoir son amour. L’ingrate. Néanmoins, au fur et à mesure des flashbacks, on s’aperçoit de la position dominante qu’exerçait Will sur Alice, n’ayant une gentillesse que de façade avec des accès de violence et un refus du non en privé.

Obsession, Evil Dead Burn… Quand la masculinité toxique s'installe dans le cinéma d’horreur
© Metropolitan

Mais Alice n’est pas écoutée, même par Thya, elle aussi prise dans une relation malsaine avec Joseph, dans une toute autre dynamique. Un son de cloche similaire entre le couple de parents, là encore, avec un autre visage. Ces trois couples ont trois histoires, trois relations différentes et, pourtant, on retrouve ce schéma où la femme doit s’effacer pour survivre. Ce n’est pas l’amour le problème, et la dernière phrase d’Alice entend à le prouver, c’est qu’il grandit au sein d’un héritage patriarcal qui entend maintenir une position dominant / dominée dans un couple hétérosexuel.

Tous ces films, horreur ou non, ne cherchent pas à détruire les hommes, ils cherchent à nous effrayer face à quelque chose de plus terrible : le quotidien, la réalité sociétale. Exagéré ? La DGSI a récemment alerté sur la menace terroriste croissante de la part des mouvances masculinistes et incels. Alors, qui a peur ?

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