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Nintendo le seul à réussir ? Retour sur l’histoire des consoles portables et leur avenir

Depuis la Game Boy jusqu’à la Switch 2, Nintendo règne en maître absolu sur le marché du jeu portable. Mais entre une PS6 Portable dans les cartons et des machines d’émulation qui explosent, l’hégémonie de Big N est-elle sur le point d’être sérieusement bousculée ?

Tout commence en 1989. Nintendo sort la Game Boy, une console ressemblant à un parpaing à l’écran verdâtre avec une autonomie décente et un catalogue qui va très vite devenir inarrêtable. La machine est techniquement inférieure à ses concurrents directs dès sa sortie, notamment la Game Gear de Sega ou la Atari Lynx, qui affichent de la couleur quand Nintendo se contente d’une soupe de pixels jaune-vert. Peu importe. Tetris est dans la boîte et ça vend des machines par palettes.

Ce premier épisode de l’histoire portable pose déjà tous les fondamentaux qu’on va retrouver en boucle pendant les trente années suivantes. Avoir le meilleur hardware sur le papier ne sert strictement à rien si tu n’as pas les jeux qui vont avec. Sega va vendre environ 10 millions de Game Gear. Nintendo va vendre 118 millions de Game Boy. Le rapport est brutal, et il n’est pas dû à la puissance technique.

La Game Gear avait d’ailleurs un autre problème majeur puisqu’elle bouffait six piles en six heures. Dans les années 90, avant que les batteries rechargeables deviennent la norme, c’était une condamnation à mort. La portabilité d’une console portable, c’est quand même le minimum syndical.

Les années 2000 : Sony entre dans la danse

Pendant plus d’une décennie, Nintendo fait ce qu’il veut. La Game Boy Advance arrive en 2001, la DS en 2004 (au moment de la création du Journal du Geek), et entre les deux, personne ne trouve la faille. C’est Sony qui va tenter le coup le plus sérieux avec la PSP en 2004, une machine qui, pour le coup, est vraiment impressionnante techniquement.

Psp
© Sony

La première console portable de Sony se vend extraordinairement bien bien. Autour de 80 millions d’unités sur sa durée de vie, c’est loin d’être un flop. Mais face à la DS qui va en écouler 154 millions, l’essai n’est pas encore transformé. Les adeptes du milieu savent que vient ensuite la PS Vita, une histoire compliquée dans l’histoire du japonais.

La PS Vita, sortie en 2012, est encore maintenant une console absolument exceptionnelle. Hardware solide, double stick analogique enfin disponible sur portable, écran OLED magnifique sur la première version. Et pourtant. Sony a progressivement abandonné le navire côté first-party, les développeurs tiers ont suivi, et la machine s’est retrouvée à vivre sur le dos des ports indie et des productions japonaises de niche. Un destin cruel pour du matériel qui méritait mieux.

PS Vita
© Robin Sabbadini pour le Journal du Geek

Le timing a aussi joué contre elle. 2012, c’est l’année où l’iPhone et les smartphones en général ont définitivement mangé le marché du jeu casual en mobilité. Pourquoi acheter une console portable à 250 euros pour jouer à Angry Birds quand tout le monde a déjà un téléphone dans la poche ? La Vita n’a pas trouvé la réponse à cette question et Sony n’a pas eu l’air très pressé de l’aider à la trouver.

Nintendo et l’art de se réinventer

Ce qui différencie fondamentalement Nintendo de tous ses concurrents sur le segment portable, c’est une capacité assez rare à comprendre que la valeur perçue d’une machine ne vient pas de ses specs. La 3DS est sortie en 2011 avec une technologie 3D sans lunettes révolutionnaire. Même si tout le monde a fini par jouer en 2D la plupart du temps, Mario Kart 7, Pokémon X et Y, Animal Crossing New Leaf, The Legend of Zelda A Link Between Worlds ainsi que le reste du catalogue ont aidé à capitaliser sur le succès de la DS.

Nintendo Switch Lite Hyrule
© Nintendo

Et puis la Switch est arrivée en 2017 et a rebattu les cartes. L’idée de base semble évidente avec le recul : une console qui se joue aussi bien sur ta télé que dans les transports avec des jeux ambitieux, sans avoir à diviser les équipes de développement entre deux machines. Mais personne d’autre n’avait osé tenter le coup à ce niveau. La Switch a vendu plus de 146 millions d’unités, ce qui en fait l’une des consoles les plus vendues de l’histoire toutes catégories confondues.

La Switch 2, lancée en 2025, a confirmé que Nintendo n’avait aucune intention de lâcher ce positionnement hybride qui lui réussit si bien. Plus puissante, rétrocompatible, avec un catalogue de lancement qui ne laissait personne sur le carreau. Le trône reste solidement occupé.

Le Steam Deck change la conversation

Ce qu’on n’avait pas vu venir, c’est Valve. Le Steam Deck sorti en 2022 a ouvert un segment complètement différent étant le PC portable de jeu abordable, avec tout le catalogue Steam derrière. Ce n’est techniquement pas une console, mais dans les faits, ça s’utilise exactement comme une console portable et ça fait le même boulot.

Le Steam Deck a surtout prouvé que l’argument des smartphones avait des limites. Les joueurs adultes, avec du pouvoir d’achat et envie de vrais jeux en mobilité attendaient que quelqu’un daigne leur proposer quelque chose de sérieux. Valve a trouvé son public, et ce public s’est avéré plus large qu’attendu.

L’impact a été structurel. En montrant qu’un marché existait pour du portable haut de gamme au-delà de Nintendo, le Steam Deck a créé les conditions pour que d’autres acteurs y croient à nouveau.

Les machines chinoises, le segment qu’on n’attendait pas

Il y a aussi un phénomène beaucoup moins médiatisé, mais qui mérite qu’on s’y attarde avec l’explosion des consoles d’émulation chinoises sous Linux. Des marques comme Anbernic, Miyoo ou Retroid ont construit un marché florissant sur les rétrogamers, avec des machines qui, pour 50 à 150 euros, permettent de faire tourner l’intégralité du catalogue de l’ère 8 à 32-bit dans de bonnes conditions.

Miyoo
© Miyoo

Ce qui a changé ces dernières années, c’est la qualité du matériel. On est passés de gadgets bas de gamme à de vrais appareils avec des processeurs ARM solides, des écrans IPS haute résolution et des systèmes Linux customisés qui s’appuient sur des firmwares open source maintenus par des communautés actives. Ces machines adressent un besoin que Nintendo ne couvre plus exactement et que Sony n’a jamais voulu couvrir : jouer aux classiques de façon complète, sans abonnement, sans catalogue bridé par des décisions éditoriales.

Sony prêt pour sa revanche ?

Le contexte a donc radicalement changé depuis l’époque Vita et Sony semble l’avoir compris. Les rumeurs autour d’une PS6 Portable se sont accumulées depuis 2025 avec une cohérence qui commence à ressembler à quelque chose de concret.

Les fuites techniques pointent vers une machine sérieuse : une puce avec une architecture AMD de dernière génération, fonctionnement en mode portable et en mode docké sur TV, rétrocompatibilité avec les jeux PS5 et PS4, et une vraie autonomie de traitement sans dépendre d’un streaming. Ce n’est pas une PlayStation Portal 2, c’est une vraie console portable autonome.

Plus important encore, des sources crédibles indiquent que Sony a briefé ses studios PlayStation sur l’existence de cette machine au printemps 2026. Si c’est confirmé, ça signifie que les développeurs first-party savent ce qui arrive et peuvent commencer à anticiper. Avec la Vita, les studios internes avaient progressivement redirigé leurs ressources vers la PlayStation principale, laissant la portable sans jeux. Cette fois, si Sony joue bien, la PS6 Portable pourrait avoir un catalogue first-party digne de ce nom dès le lancement, prévu pour 2027.

Il reste un point d’interrogation majeur étant le prix. Sony avec sa PS5 Pro a proposé un tarif qui a refroidi beaucoup de monde, et la Vita à l’époque avait souffert du même problème (entre autres). Si la PS6 Portable sort au-dessus des 500 euros, les comparaisons avec la Switch 2 vont être impitoyables.

Les consoles portables sont loin d’avoir dit leur dernier mot

Ce qui est fascinant avec l’état du marché en 2026, c’est qu’on est clairement en train de rentrer dans une configuration qu’on n’avait pas connue depuis longtemps où plusieurs acteurs sérieux qui ciblent des segments différents avec des approches cohérentes.

Nintendo conserve son positionnement familial autour des exclusivités tout en s’ouvrant au monde avec la Switch 2, Valve creuse le sillon du PC gaming portable avec le Steam Deck et ce qui va suivre, Sony prépare son retour sur le terrain qu’il avait abandonné, et tout un écosystème de machines chinoises couvre le bas du marché et le rétrogaming. Ce n’est plus Nintendo contre le vide.

La grande différence avec les tentatives passées, c’est que le marché a mûri. Les joueurs adultes qui veulent de vrais jeux en mobilité existent et ont montré qu’ils étaient prêts à payer pour ça. Le segment « portable pour joueurs sérieux » n’est plus hypothétique, il est réel et documenté.

Nintendo va-t-il rester le seul à vraiment réussir sur ce marché ? Probablement pas pour longtemps. Mais transformer une machine en succès commercial, ça nécessite bien plus que du bon hardware. Sony le sait mieux que quiconque. La prochaine décennie va être parmi les intéressantes dans l’industrie du jeu vidéo qui fait face à des défis inédits.

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