Les quatre astronautes de la mission Crew-12, deux Américains, la Française Sophie Adenot et le cosmonaute russe Andrey Fedyaev, ont reçu l’ordre du centre de contrôle NASA à 9h04 ET, soit 15h04 heure française, de pénétrer dans leur capsule Crew Dragon amarrée à la station et de revêtir leurs combinaisons spatiales en cas d’évacuation d’urgence.
La fuite qui dure depuis 2019
Ce n’est pas une surprise soudaine car la fuite est localisée dans le vestibule PrK du module de service russe Zvezda. Elle a été détectée pour la première fois en 2019. Depuis, cosmonautes russes et ingénieurs au sol ont tenté plusieurs fois de la colmater. En mars 2021, deux fissures avaient été scellées, sans résoudre le problème de fond.
Un rapport de l’inspecteur général de la NASA de septembre 2024 avait alerté sur des fissures persistantes dans le tunnel de transfert de Zvezda. La NASA avait noté que la fuite avait atteint son «niveau le plus élevé à ce jour», classée 5 sur 5 sur l’échelle de dangerosité, et l’avait qualifiée de «risque de sécurité numéro un» pour la poursuite des opérations de l’ISS.
Ni la NASA ni Roscosmos n’ont été capables d’identifier la cause profonde du problème. Avec un taux de fuite atteignant environ 1,7 kg d’air par jour, soit près de 1 400 litres, le remplacement de l’atmosphère perdue coûte plus de 4 000 dollars par jour à la NASA, soit 1,6 million de dollars par an !
Une aggravation brutale de cette semaine
La situation semblait s’être stabilisée début 2026, mais la fuite a resurgi début mai après une apparente stabilisation en janvier 2026. Elle s’est intensifiée lundi, passant d’environ 450 grammes d’air perdu par jour à près de 900 grammes selon un haut responsable de la NASA. Ce doublement du taux de fuite en quelques jours est ce qui a déclenché la mise en alerte de vendredi.
Des équipes russes tentent en ce moment de colmater la brèche depuis le segment Zvezda. Le Crew Dragon reste amarré, moteurs chauds au sens figuré, prêt à quitter la station en quelques minutes si la situation empire.
Sophie Adenot, astronaute française de l’ESA, est arrivée à bord de l’ISS le 14 février 2026 dans le cadre de la mission Crew-12. Elle est la deuxième femme française à aller dans l’espace après Claudie Haigneré en 2001. Sa mission est prévue jusqu’en octobre 2026. Elle conduit à bord un programme scientifique de plus de 200 expériences dans le laboratoire européen Columbus.
C’est la deuxième alerte sérieuse sur l’ISS en quelques mois. En janvier 2026, un équipage avait dû être rapatrié d’urgence pour raison médicale. Deux incidents distincts, mais qui illustrent la pression croissante sur une station vieillissante.
L’ISS est composée de 43 modules lancés entre 1998 et 2011. Sa retraite est programmée pour 2031, avec une désorbitation contrôlée orchestrée par un vaisseau SpaceX spécialement commandé. La Russie, de son côté, souhaite se retirer dès 2028 pour construire sa propre station nationale.
Six ans avant l’échéance, Zvezda qui fuit, des fuites non résolues depuis sept ans, des tentatives de réparation qui ne tiennent pas, la question n’est plus de savoir si l’ISS peut tenir jusqu’en 2031, mais de savoir dans quelles conditions elle va y arriver !
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