En 2024, la France représentait le deuxième marché mondial de Pornhub, juste derrière les États-Unis. Un an plus tard, le site le plus célèbre de l’industrie X rouvre bien son accès aux adresses IP françaises. Mais il y a un (gros) mais.
Depuis début juin, Pornhub affiche de nouveau sa page d’accueil classique aux internautes tricolores, avec comme simple avertissement le message « Ceci est un site web destiné aux adultes », et une certification sur l’honneur pour attester de sa majorité. La différence, c’est que ceux qui cliquent sur « Entrer » tombent désormais sur des contenus floutés, ou des vidéos qui n’ont plus grand-chose à voir avec le sexe. Une page d’accueil fantôme, qui renvoie automatiquement vers une demande de connexion lorsqu’on essaie de cliquer sur une vidéo.
Si vous essayez de créer un compte, la plateforme vous met un stop, en indiquant qu’elle « n’accepte actuellement pas de nouvelles inscriptions dans votre région ». Le tout est géré par détection d’adresse IP : il suffit de basculer vers un serveur suisse ou allemand, et la version habituelle de Pornhub réapparaît, contenus explicites inclus.

Un feuilleton judiciaire qui dure depuis plus d’un an
Pour comprendre ce retour en trompe-l’oeil, il faut rembobiner. En février 2025, un arrêté du ministère de la Culture désignait 17 sites pornographiques européens, dont Pornhub, YouPorn et RedTube, comme devant se conformer à des obligations strictes de vérification d’âge. La loi SREN (loi pour sécuriser et réguler l’espace numérique), adoptée en 2024, leur imposait de mettre en place un dispositif empêchant concrètement l’accès des mineurs à leurs contenus.
Aylo, l’éditeur canadien qui chapeaute les trois plateformes, avait d’emblée refusé de se soumettre. L’entreprise jugeait les obligations françaises disproportionnées et dangereuses pour la vie privée de ses utilisateurs adultes, arguant que centraliser des données d’identité sensibles créait un risque majeur de piratage. Sa contre-proposition consistait à reporter la responsabilité de la vérification sur les fabricants de systèmes d’exploitation, Apple, Google et Microsoft, plutôt que sur les plateformes elles-mêmes.
En juin 2025, l’entreprise a finalement mis ses menaces à exécution : Pornhub, YouPorn et RedTube devenaient inaccessibles depuis la France. Après quelques péripéties judiciaires franco européennes, les sites sont restés bloqués, et seul un message de protestation était accessible.

Une victoire judiciaire, et une riposte calculée
Le timing du retour de Pornhub n’est pas anodin. Le tribunal administratif de Paris vient de rendre sa décision au fond : les requêtes d’Aylo sont rejetées. L’arrêté du 26 février 2025 est validé, et avec lui, l’obligation de vérification d’âge. Aylo peut encore exercer un recours, mais le tableau juridique se resserre autour du géant du porno.
Face à cette défaite, la stratégie du groupe semble avoir évolué. Plutôt que de maintenir un blocage total qui ne fait pas plier le législateur, la plateforme réapparaît en France sous une forme édulcorée. Elle respecte techniquement la lettre de la loi (pas de contenu pornographique accessible sans identification), tout en se repositionnant dans le paysage numérique français. Une manière de ne pas disparaître complètement d’un marché qui comptait, selon les données d’Aylo lui-même, parmi ses plus importants au monde.
La question reste entière pour les autres plateformes visées par l’arrêté. XNXX, XVideos et XHamster, mis en demeure par l’ARCOM en août 2025, n’ont pas encore adopté de solutions de vérification d’âge véritablement robustes. Côté utilisateurs, le calcul est simple : ceux qui veulent accéder aux contenus de Pornhub depuis la France ont la possibilité de le faire via un VPN, une pratique dont les inscriptions avaient bondi de 334 % en une seule journée lors du premier blocage de juin 2025.
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