Mais la vraie rupture technologique de cette keynote s’est jouée ailleurs, dans un composant invisible que personne ne voit jamais une fois le téléphone assemblé. Pour la première fois, Samsung a en effet intègre une batterie en silicium-carbone à un smartphone commercialisé à grande échelle.
Pourquoi ce composant change tout ?
Une batterie de smartphone classique utilise une anode en graphite pour stocker les ions lithium qui la traversent à chaque charge. Le silicium-carbone remplace une partie de ce graphite par du silicium, un matériau capable de stocker jusqu’à dix fois plus d’ions lithium selon les estimations théoriques couramment citées dans l’industrie. En pratique, cela permet de loger davantage d’énergie dans un volume identique, ou de réduire l’épaisseur d’une cellule à capacité égale. Sur le papier, cette technologie n’a rien de neuf, plusieurs fabricants chinois comme Xiaomi, Honor ou OnePlus l’exploitent déjà depuis un moment sur leurs modèles phares. Ce qui change avec cette annonce, c’est que Samsung, longtemps resté à l’écart par prudence, franchit enfin le pas sur un appareil vendu dans le monde entier.
Le revers de cette technologie explique justement pourquoi Samsung a mis autant de temps à l’adopter. Le silicium gonfle physiquement lorsqu’il se charge, un phénomène qui, mal maîtrisé, dégrade rapidement les cellules et peut, dans les cas les plus extrêmes, provoquer des défaillances dangereuses. Le souvenir du Galaxy Note 7 en 2016, dont les batteries prenaient feu au point de forcer un rappel mondial, explique à lui seul pourquoi le groupe coréen a préféré observer ses concurrents avancer plutôt que de se précipiter.
Une prouesse rendue possible par deux innovations combinées
Ce qui rend cette adoption particulièrement notable, c’est qu’elle ne repose pas sur la seule chimie de la batterie. Samsung a profité d’une nouvelle charnière plus compacte et plus légère, qui libère à elle seule 10 % d’espace supplémentaire dans le châssis, pour loger ces nouvelles cellules sans agrandir le téléphone. Cette charnière travaille de concert avec la technologie d’écran Flex Titanium, dévoilée quelques jours avant l’Unpacked, qui réduit également l’empilement de couches nécessaires à la structure de l’écran pliable. Trois innovations distinctes, la charnière, l’écran et la batterie, ont donc dû être développées en parallèle et validées ensemble pour aboutir à ce résultat, ce qui explique en partie pourquoi cette avancée arrive maintenant plutôt qu’il y a deux ou trois générations.
Le résultat se mesure très concrètement car le Galaxy Z Fold8 Ultra embarque désormais une batterie de 5 000 mAh, une capacité identique à celle du Galaxy S26 Ultra, un smartphone classique bien plus épais et dépourvu de la moindre charnière à intégrer dans son design. Le Z Fold8 standard suit avec 4 800 mAh. Sur un format pliable, historiquement contraint par un espace interne divisé entre deux volets, égaler la capacité d’un smartphone classique relève d’une prouesse d’ingénierie que le nouveau format d’écran, aussi spectaculaire soit-il visuellement, ne permet pas à lui seul d’expliquer.
Pourquoi cette avancée compte plus qu’un nouveau format d’écran ?
Un nouveau format de pliable se juge à l’usage, sur plusieurs mois, et son succès dépendra largement de l’adoption par le public, un pari que même Samsung ne maîtrise pas entièrement. La batterie silicium-carbone, elle, résout un problème concret et mesurable qui limitait ses pliables depuis leur toute première génération, une autonomie systématiquement inférieure à celle des smartphones classiques, à cause du peu d’espace disponible pour loger les cellules. En s’attaquant directement à cette contrainte physique plutôt qu’en la contournant par des optimisations logicielles, Samsung ne propose pas seulement une nouvelle forme, il pose les bases techniques qui permettront à toute sa gamme, pliable ou non, de continuer à progresser sur l’autonomie dans les années à venir sans nécessairement repasser par des châssis plus épais.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.