Le compte à rebours est terminé. À partir du 7 juillet 2026, une petite caméra logée près du volant va vous observer en continu, mesurer la direction de votre regard et déclencher une alarme si vous décrochez trop longtemps de la route. Elle sera présente dans toutes les voitures neuves immatriculées dans l’Union européenne, sans exception. Bruxelles promet 25 000 vies sauvées et 140 000 blessés graves évités d’ici 2038. Sur le papier, l’argument est imparable.
Votre voiture vous observe
Le dispositif porte un nom que personne ne retiendra : ADDW, pour Advanced Driver Distraction Warning. Concrètement, il s’agit d’une caméra installée derrière le volant ou sur la colonne de direction, souvent équipée d’un éclairage à infrarouge pour continuer à fonctionner de nuit, qui analyse en permanence l’orientation de votre regard et la position de votre tête.
Les seuils sont précis. Dès 20 km/h, si votre attention quitte la route pendant plus de 6 secondes, une alerte sonore et visuelle se déclenche. Au-delà de 50 km/h, la tolérance tombe à 3,5 secondes. Coup d’œil prolongé sur l’écran central, téléphone consulté au feu qui vient de passer au vert, le système automatisé voit tout.
La bonne nouvelle, c’est que la réglementation européenne impose un traitement des images « en circuit fermé », directement dans le véhicule. Aucune donnée n’est transmise à un tiers, aucun enregistrement n’est conservé, et les informations sont effacées immédiatement après analyse. Il est aussi possible de désactiver l’ADDW à chaque trajet, à condition d’accepter qu’il se réactive tout seul au démarrage suivant.
L’ADDW n’arrive d’ailleurs pas seul. Le 7 juillet marque la troisième et dernière étape du règlement européen GSR2, un texte adopté en 2019 et déployé par vagues successives depuis 2022. Cette fois, le freinage automatique d’urgence devient obligatoire y compris pour détecter les piétons et les cyclistes, pas seulement les autres véhicules. Les carrosseries doivent intégrer une zone de protection élargie pour limiter les traumatismes crâniens en cas de choc. Et les feux stop se mettront à clignoter rapidement en cas de freinage brutal, histoire de prévenir ceux qui suivent de trop près.
Le vrai problème est là
Dès 2023, le Conseil européen de la sécurité des transports (ETSC) avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Son reproche à l’ADDW est technique mais lourd de conséquences : le dispositif repère plutôt bien un regard qui plonge vers les genoux ou les pieds, mais il peine à identifier la vraie distraction moderne, celle du smartphone posé sur le tableau de bord ou de l’écran tactile géant qui sert désormais de tableau de bord. Selon le baromètre Axa 2024, 80 % des automobilistes français utilisent leur téléphone au volant. Sur ce point, Bruxelles assume son pari, avec une technologie imparfaite mais généralisée, qui selon la Commission, vaut mieux que la seule bonne volonté individuelle.
Reste la question qui fâche, celle du portefeuille. Caméra, calculateur, logiciel de traitement d’image en temps réel, capteurs supplémentaires : l’addition tourne entre 400 et 800 € par véhicule. Et ce sont les usagers qui vont encaisser la hausse de facture. Bruxelles envisage d’ailleurs d’exempter certains petits modèles d’ADDW pour ne pas les condamner trop vite.
À noter pour les voitures déjà en circulation : rien ne change. Aucune obligation de mise à niveau n’est imposée, il sera toujours possible de rouler sans dispositif de sécurité embarqué.
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