C’est un mercato qu’on n’avait pas vu venir. Alors que Vodafone affichait il y a un an à peine une perte nette de plus de quatre milliards d’euros, le groupe vient de convaincre l’un des investisseurs les plus actifs d’Europe de sortir le chéquier. Le montant engagé dépasse les cinq milliards d’euros, pour une part de capital qui tourne autour de 16 %. Et l’action de l’entreprise concernée a bondi de plus de 10 % après l’annonce de la nouvelle.
Niel rachète les Émiratis
L’acheteur s’appelle Xavier Niel, ce qui ne devrait étonner personne tant l’entrepreneur est connu pour ses coups d’éclat. Selon un communiqué publié vendredi 10 juillet, le fondateur de Free va sortir le chéquier pour racheter 16,2 % des parts de l’opérateur britannique, détenues jusque-là par le groupe émirati e&.
Concrètement, cette transaction fait de Xavier Niel le premier actionnaire de l’opérateur, devant BlackRock et Vanguard, qui détiennent chacun environ 7 % du capital, et devant UBS, à hauteur de 2 %. Le communiqué précise cependant que Vega, le véhicule d’investissement du milliardaire français, n’a pas l’intention de prendre le contrôle de Vodafone ni d’en devenir actionnaire majoritaire : il s’agit d’une prise de participation stratégique plutôt que d’une offre de rachat, Free étant déjà impliqué dans la reprise d’une partie des actifs de son concurrent SFR. Sans surprise, ce changement d’actionnaire s’est toutefois accompagné d’un mouvement au sein du conseil d’administration : Hatem Dowidar, directeur général d’e& qui y siégeait au nom de l’opérateur émirati, a démissionné.
Un pari sur le redressement britannique
Cette arrivée intervient à un moment charnière pour Vodafone. Sous la direction de sa directrice générale Margherita Della Valle, le groupe a mené depuis plusieurs années une cure d’amaigrissement drastique, cédant ses activités en Espagne et en Italie pour se recentrer sur ses deux marchés jugés prioritaires, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Outre-Manche, l’opérateur a par ailleurs finalisé sa fusion avec Three UK. Les comptes commencent à reprendre des couleurs : pour son exercice annuel enregistré au 31 mars 2026, Vodafone a limité sa perte nette à un peu moins de 400 millions d’euros, contre plus de quatre milliards l’année précédente.
Pour Xavier Niel, cette opération marque une revanche autant qu’une nouvelle étape dans sa stratégie de consolidation du secteur télécoms européen. Le milliardaire français avait par deux fois tenté, sans succès, de racheter la filiale italienne de Vodafone avant que celle-ci ne soit finalement cédée à un autre acquéreur. Il avait déjà pris pied dans le capital du groupe britannique via une première participation minoritaire acquise avec sa structure Atlas Investment. Au-delà de Vodafone, l’homme d’affaires pèse déjà lourd dans les télécoms mondiales : à travers Iliad et ses diverses participations en Europe et en Amérique latine, il revendique environ 139 millions d’abonnés cumulés et 24 milliards d’euros de revenus annuels.
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