“Un tsunami qui arrive” : c’est en ces termes qu’un économiste de Stanford décrit l’impact à venir de l’IA sur l’emploi. Depuis l’émergence des intelligences artificielles génératives après le covid, les débats sur l’IA sont nombreux. Causera-t-elle une profonde restructuration du marché du travail ou sera-t-elle un outil destiné à aider les professionnels et non pas à les remplacer ?
Près de 200 chercheurs, dont une quinzaine de prix Nobel, tirent ensemble la sonnette d’alarme dans une tribune commune appelée “We Must Act Now” au New York Times. Parmi les signataires, on retrouve certains grands noms de la tech et de l’IA, parmi lesquels Jack Clark, cofondateur d’Anthropic, les économistes en chef d’OpenAI et d’Anthropic ou encore Eric Schmidt, ex-PDG de Google.
Selon eux, l’IA pourrait transformer l’économie plus vite que n’importe quelle technologie précédente, avec un déplacement massif d’emplois, qui pourrait toucher des millions de cols blancs, à savoir les employés de bureau. Une prédiction qui n’est pas totalement vaine, puisque depuis quelques années, de nombreuses entreprises de la tech licencient à tour de bras au nom de l’IA : Meta au printemps dernier avec 8 000 postes en moins, Amazon avec 30 000 postes en moins en trois mois ou encore Oracle avec 21 000 licenciements en un an. “L’adoption et le déploiement de l’IA dans nos opérations ont entraîné, et peuvent continuer à entraîner, des réductions de notre main-d’œuvre”, avait notamment déclaré Oracle à l’époque.
Il y a eu un changement notable dans la profession. Je crains que nous ne soyons pas prêts pour le tsunami qui arrive. – Erik Brynjolfsson, économiste à Stanford et organisateur de la lettre.
Les experts vont plus loin encore, et comparent l’émergence de l’intelligence artificielle à la Révolution industrielle du XIXe siècle. Selon eux, l’IA aura des effets encore plus importants que l’arrivée des robots dans l’industrie il y a deux siècles, mais sur une période bien plus courte. “Ce serait vraiment destructeur pour les emplois des gens”, s’en inquiète Daron Acemoglu, professeur au MIT et prix Nobel d’économie 2024.
Un discours alarmiste mais nuancé
Ils poursuivent en expliquant que l’économie mondiale n’est absolument pas préparée à ce qui nous attend à l’avenir. “L’IA pourrait devenir radicalement plus puissante au cours des dix prochaines années. Cela pourrait entraîner une transformation sans précédent de notre économie”, poursuivent-ils, argumentant que le système d’assurance chômage et les programmes sociaux ne seront jamais capables d’absorber un tel afflux.
Mais la lettre ouverte ne veut pas signer l’arrêt de mort de l’IA à tout prix, bien au contraire. Les signataires alertent sur l’urgence d’orienter l’intelligence artificielle dans la bonne direction, en préservant l’emploi, mais ils évoquent également les opportunités qu’elle peut apporter. “C’est dans cet écart que se logent les plus grandes opportunités de notre époque”, pointe M. Brynjolfsson. “Nous devons agir maintenant pour guider l’IA afin qu’elle complète les humains plutôt que de se contenter de les imiter, et pour générer de la prospérité pour le plus grand nombre.”
À terme, l’IA pourrait être bénéfique pour l’humanité, à l’image de la vapeur ou de l’ordinateur personnel, qui ont détruit certains emplois tout en en créant bien davantage. Le danger se situerait alors dans le court terme, où la transition pourrait être brutalement disruptive.
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