Le GPS a un point faible que tout le monde connaît : au moindre tunnel, parking souterrain ou bâtiment fermé, il perd le fil. C’est précisément ce trou noir que la start-up montpelliéraine Wheere prétend avoir comblé, et elle vient de lever 8,5 millions d’euros pour le prouver à plus grande échelle, et faire de l’ombre aux géants américains du secteur.
L’entreprise, fondée en 2020 revendique une performance qui tient presque de l’exploit technique : localiser une personne ou un objet à travers jusqu’à 50 mètres de béton, avec une précision inférieure à un mètre. De quoi faire passer les systèmes de géolocalisation intérieure classiques pour des reliques.
Un GPS qui n’a plus besoin du ciel
La recette de Wheere ne repose pas sur les satellites GNSS dont dépendent nos smartphones, mais sur des signaux radio basse fréquence (des ondes VHF) associés à un algorithme maison capable de trier le bon signal parmi tous ceux qui rebondissent sur les murs et les structures métalliques. Une prouesse d’autant plus notable qu’elle ne nécessite que quatre antennes pour couvrir un kilomètre carré, là où d’autres solutions intérieures exigent un maillage dense et coûteux.
Pour le moment, l’entreprise ne vise ni le grand public ni les trajets du quotidien. Son terrain de jeu, c’est l’industrie lourde : suivi des travailleurs isolés sur un site sensible, traçabilité d’équipements dans un hôpital, coordination des secours dans un bâtiment effondré, ou encore navigation dans des zones où le signal GPS est brouillé ou tout simplement absent… L’enjeu est particulièrement suivi du côté de la défense.
Cette semaine, une nouvelle levée de fonds portait le total récolté par la start-up à environ 20 millions d’euros depuis sa création. L’objectif affiché est de franchir les derniers jalons avant une production à grande échelle, tout en développant une puce électronique destinée à être intégrée directement dans des objets connectés du quotidien.
Direction l’espace pour couvrir la planète entière
Mais l’ambition de Wheere ne s’arrête pas au sol. La start-up planche en parallèle sur sa propre constellation de satellites en orbite basse, avec un premier lancement espéré pour 2027. L’idée : proposer, à terme, une géolocalisation précise absolument partout sur le globe, y compris dans des zones dépourvues de toute infrastructure terrestre, sans dépendre des systèmes GNSS existants comme le GPS américain ou le Galileo européen.
L’entreprise affiche par ailleurs des visées internationales pour les prochaines années, avec un ciblage prioritaire sur l’Europe, avant d’attaquer les marchés nord-américain et asiatique. Une stratégie d’expansion qui s’accompagne d’une promesse : celle de conserver la conception et la production en France, à l’heure où la norme est plutôt à la délocalisation.
Reste que Wheere évolue pour l’instant dans un univers résolument professionnel, loin des applications de navigation grand public. Pas de quoi remplacer Waze ou Google Maps sur le trajet du bureau, donc, mais l’espoir demeure : la technologie pourrait bien devenir essentielle partout où le GPS classique jette l’éponge.
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