Il y a le discours, et il y a la carte bleue. Sensor Tower vient de mettre les deux face à face, et le résultat montre l’hypocrisie court-termiste des joueurs. 89 % des précommandes de GTA 6 partent sur l’édition Ultimate à 100 euros, pas sur la standard à 80 (un tarif qui lui même est déjà au-dessus des standards de l’industrie). Au moment de payer, la quasi-totalité des joueurs choisit donc la version la plus chère du jeu le plus attendu de la décennie pour un code dans une boîte. Bien joué la cohérence.
Le physique ? On le pleure, puis on achète une boîte vide
Petit rappel du contexte, Rockstar a confirmé que la version « physique » de GTA 6 ne contiendra pas de disque, mais un simple code de téléchargement dans la boîte. Concrètement, vous payez pour un bout de carton emballé autour d’une licence numérique. Impossible de revendre, de prêter, ou d’installer hors ligne. Et l’Ultimate Edition, elle, est carrément 100 % dématérialisée, sans même l’illusion d’un boîtier.
Le tollé a été immédiat. Sauf que dans les faits, les copies « physiques » se sont arrachées et la version numérique a trôné en tête des meilleures ventes du PlayStation Store. Autrement dit, on hurle contre la dématérialisation, et on valide la bascule tout numérique sur le jeu le plus visible de l’histoire du média. C’est exactement le signal qu’attendait toute l’industrie, Sony en tête, qui pousse le sans-disque depuis des années. Quand le plus gros jeu de la planète zappe le disque, le disque est mort. Et devinez qui a signé l’acte de décès en précommandant les yeux fermés.
Vers un tarif réglementaire de 80 euros droit devant
Rappelons aussi que la standard à 80 euros est déjà au-dessus du tarif « normal » de 70 qu’on nous vend depuis quatre ans. Bref, le point de départ est déjà cher. Et pourtant, entre cette version et une Ultimate à 100 euros qui planque des boutiques, un salon de coiffure, des fringues, des flingues et des voitures derrière son paywall, la masse fonce sur la plus onéreuse.
Et pas qu’un peu. Sur Xbox, environ 90 % des précommandes visent l’Ultimate, contre 88,5 % sur PlayStation. Karl Kontus, l’analyste de Sensor Tower, résume : il n’avait jamais vu une part premium à 90 %, alors que la norme du secteur tourne entre 10 et 20 %. Pour lui, atteindre ne serait-ce que 50 % serait déjà un chiffre énorme. De son côté, Take-Two a parlé de précommandes « inédites et stupéfiantes ». On veut bien les croire.
Kontus s’attend à ce que ce ratio dégringole vers du 50/50 d’ici la sortie, quand le gros de la campagne marketing démarrera et que les acheteurs casual, plus regardants sur le prix, débarqueront (notamment après l’extended look prévu sur Netflix le 27 août). Sauf que même une part premium à 50 %, ce serait toujours deux à cinq fois la normale du secteur.
Voter avec son porte-monnaie, version malaise
L’adage qui revient régulièrement à l’encontre d’une industrie aux choix discutable, c’est qu’il faut voter avec son porte-monnaie. Eh bien le vote est tombé, la majorité est en train de dire à l’industrie que le tout numérique, c’est ok. Que 80 euros minimum, c’est ok. Que rajouter 20 balles pour des boutiques exclusives, c’est ok aussi.
Le monde qu’on prétend détester est complètement validé par les chiffres. Et vous pouvez être sûrs que chaque éditeur regarde ces chiffres avec des étoiles dans les yeux, un tableur ouvert et une hausse de prix déjà à moitié rédigée. GTA 6 sera le précédent que tout le monde citera. Alors la prochaine fois qu’on râlera parce qu’un jeu coûte 80 balles et arrive sans disque, il faudra se souvenir d’un truc, c’est que tout le monde a validé.
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