C’est l’Internet Watch Foundation (IWF), organisation britannique chargée de recenser et de faire retirer les contenus pédocriminels en ligne, qui a tiré la sonnette d’alarme. Sur l’année 2025, elle a identifié 3 440 vidéos photoréalistes générées par intelligence artificielle représentant des abus sexuels sur mineurs, contre seulement 13 l’année précédente. Une progression de 26 362 %, portée par la démocratisation des outils de génération vidéo de plus en plus accessibles et de moins en moins coûteux à détourner.
Le plus préoccupant n’est pas seulement le volume. Selon l’IWF, 65 % de ces vidéos relèvent de la « catégorie A », le niveau de gravité le plus élevé de la classification britannique, réservé aux contenus les plus violents. Autrement dit, l’IA ne se contente pas de démocratiser la production de ce type de contenu : elle permet aussi de mettre en scène des situations toujours plus extrêmes. Le fait qu’aucun enfant réel n’ait besoin d’être physiquement présent au moment du tournage, ne rend pas le préjudice moins réel.
Au total, ce sont 312 030 signalements qui ont nécessité une intervention de l’IWF sur l’ensemble de l’année 2025, soit une hausse de 7 % par rapport à 2024. Un chiffre déjà élevé avant même l’irruption de l’IA générative, qui confirme que la technologie agit comme un multiplicateur plutôt que comme une cause isolée. Dès l’été 2025, l’organisation alertait sur une explosion de 400 % du nombre de pages web signalées contenant ce type de contenu généré par IA, avec 1 286 vidéos recensées sur le seul premier semestre.
Ces contenus ne naissent pas de nulle part. Dans plusieurs affaires documentées au Royaume-Uni, des photos d’enfants à l’apparence anodines, prises habillés, en famille ou à l’école (c’est le principe du sharenting), ont été récupérées puis transformées par des outils d’IA en images à caractère sexuel. La National Crime Agency et l’IWF ont d’ailleurs conjointement appelé les parents britanniques à cesser de publier des photos de leurs enfants en accès public, et à revoir les autorisations de diffusion signées avec les écoles ou les clubs sportifs, souvent rédigées avant l’apparition de ces outils.
Et la France dans tout ça ?
Face à ce constat, Londres a musclé son arsenal juridique. La détention ou la diffusion de matériel représentant des adultes se faisant passer pour des enfants devient elle aussi une infraction pénale à part entière, indépendamment de la nature réelle ou synthétique du contenu.
L’Union européenne a suivi un chemin voisin. En mars, le Parlement européen a voté l’interdiction des systèmes d’IA capables de générer ou de manipuler des images à caractère sexuel représentant une personne réelle sans son consentement, à moins que l’outil ne dispose de garde-fous techniques efficaces. La charge de la preuve repose désormais sur les développeurs, qui doivent démontrer que leur système ne peut pas être détourné à ces fins.
En France, le cadre existe mais reste plus flou. L’article 226-8 du Code pénal réprime déjà l’utilisation d’un système algorithmique pour créer un contenu à caractère sexuel sans le consentement de la personne représentée, sans viser spécifiquement les mineurs ni les contenus générés “de toutes pièces”. Contrairement au Royaume-Uni, aucune statistique nationale ne permet aujourd’hui de mesurer précisément l’ampleur du phénomène sur le territoire français.
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