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PS6 : est-ce que les prix des jeux vont baisser avec l’arrêt du format physique ?

Sony arrête la production de disque, est-ce que ça veut dire que l’on peut s’attendre à une répercussion positive sur le tarif des jeux dématérialisés ? Étudions ça ensemble.

À partir de janvier 2028, plus aucun nouveau jeu PlayStation ne sortira sur disque ni les productions maison, ni celles des éditeurs tiers. Autant dire que les sorties de la future PS6 seront 100 % dématérialisées dès le premier jour. Et forcément, la question qui va fâcher Sony revient en boucle, sans boîte à fabriquer, sans transport, sans marge de revendeur, on devrait enfin payer nos jeux moins cher non ?

La théorie qui fait rêver

Elle vient de Jacob Navok, ancien responsable commercial chez Square Enix. Son idée : tant qu’il y avait des disques en rayon, le prix affiché en magasin servait d’ancre. Une fois cette ancre disparue, les éditeurs se retrouvent tous sur le même terrain de jeu, le PlayStation Store, face à un catalogue quasi infini. Pour capter l’attention, ils n’auraient donc plus d’autre choix que de se livrer une guerre des promos, façon soldes permanentes à la Steam. Plus d’éditeurs sur la plateforme, plus de concurrence, donc des prix qui dégringolent.

Sur le papier, c’est bien joli, sauf que Navok lui-même reconnaît qu’il s’agit d’une hypothèse. Et quand on gratte un peu, plusieurs détails coincent sérieusement.

Pas de disques, moins d’intermédiaires, pas de logistique… Donc c’est forcément moins cher non ?

L’argument logistique paraît imparable. Un jeu dématérialisé, ça ne coûte ni plastique, ni boîtier, ni camion, ni marge de Micromania. Moins d’intermédiaires, donc moins de coûts, donc un prix plus bas. Sauf qu’on a déjà la réponse sous les yeux, et elle est brutale : aujourd’hui, les versions numériques sur PS5 coûtent en moyenne 47 % plus cher que leurs équivalents physiques.

Le format qui n’a aucun coût de fabrication est le plus cher des deux. Toutes ces économies de production existent depuis dix ans côté digital, et elles n’ont jamais atterri dans la poche du joueur. Elles ont gonflé la marge de l’éditeur et de Sony, qui prélève au passage sa commission sur chaque vente du Store. La disparition du disque ne crée pas une nouvelle économie, elle supprime juste la seule version qui restait bon marché.

Il faut aussi rappeler un truc que la théorie oublie complètement : sur le Store, c’est l’éditeur qui fixe ses prix, pas la concurrence entre boutiques. Steam est agressif parce que Valve a l’Epic Games Store, GOG et les revendeurs de clés sur le dos. Est-ce que ça sera le cas de Sony également ? Difficile d’imaginer une guerre des prix quand il n’y a plus qu’un seul magasin dans toute la rue.

Et la grande distribution dans tout ça ?

Bonne nouvelle en apparence, Sony a confirmé que les enseignes continueront de recevoir des codes de téléchargement après 2028. Carrefour, Auchan et Leclerc ne vont donc pas disparaître du paysage, et on sait très bien qu’ils représentent l’exception française en proposant d’excellents tarifs sur les jeux. Mais là encore, il faut regarder ce qu’il y a vraiment derrière le mot « code ».

Ce que la grande distribution brade déjà, ce sont les cartes PSN, le crédit dématérialisé. Une carte de 50 € à 42 €, ça arrive régulièrement chez Cdiscount, Carrefour ou Leclerc. C’est une vraie économie, mais indirecte. On gratte 10 à 15 % sur le moyen de paiement, pas sur le prix du jeu lui-même. Ce mécanisme existe depuis des années et n’a jamais fait bouger d’un centime le tarif affiché sur le Store.

Le jeu vidéo est historiquement un produit d’appel en grande surface. L’enseigne casse le prix d’un gros AAA à sa sortie, non pas pour écouler un stock, mais pour attirer du monde dans ses rayons. Le joueur vient chercher son jeu, et repart avec un caddie plein de courses. Cette logique-là n’a strictement rien à voir avec le disque : elle fonctionne aussi bien avec un code qu’avec une galette, tant que le produit fait suffisamment saliver pour générer du trafic. Sur ce point, la disparition du physique ne devrait donc rien changer.

Sauf qu’un détail décide de tout : la marge que Sony laisse aux revendeurs sur les codes. Avec un disque, c’est simple, l’enseigne possède la marchandise, la perte est pour sa pomme, elle brade comme elle veut. Avec un code, tout dépend du bon vouloir de Sony. Soit l’éditeur vend le code en gros et laisse le revendeur libre de son prix de revente, et là le produit d’appel survit sans souci. Soit Sony impose un prix contrôlé, un tarif plancher sur les codes, et les magasins perdent la possibilité d’en faire des produits d’appel.

Alors, on paiera moins cher sur PS6 ?

Honnêtement, rien ne le garantit, et à peu près tout indique le contraire. La théorie Navok suppose une concurrence qui n’existe pas dans un écosystème verrouillé où Sony tient à la fois la boutique, la commission et les règles du jeu. Les chiffres actuels racontent l’histoire inverse : 85 % des ventes de jeux complets étaient déjà dématérialisées en fin d’exercice 2025 selon Sony, et malgré ça, aucune guerre des prix n’a jamais pointé le bout de son nez.

Le disque n’était pas qu’un support. C’était le dernier contre-pouvoir tarifaire : on pouvait le prêter, le revendre, l’échanger, le trouver moins cher ailleurs. En le supprimant, Sony ne se débarrasse pas d’un vieux format encombrant. Il supprime la seule chose qui l’obligeait encore à surveiller ses prix. Et le seul espoir qui reste, le produit d’appel en grande surface, dépendra entièrement de la laisse que Sony voudra bien lui laisser.

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