En juin dernier, Meta avait dû supprimer en urgence un système de reconnaissance faciale caché dans l’application de ses lunettes Ray-Ban. L’entreprise avait alors parlé d’un simple « projet exploratoire », tout en tentant vainement de se dédouaner. Sauf que le brevet déposé mi-août auprès de l’office américain des brevets, et repéré par le site spécialisé 404 Media, montre que l’exploration continue, et que Meta n’a pas du tout abandonné son projet.
Le principe décrit dans le document est assez vertigineux. Un assistant intelligent, embarqué dans les lunettes, analyserait en temps réel les visages des personnes présentes dans le champ de vision. Chacune se verrait attribuer un « score d’intérêt », calculé par l’intelligence artificielle selon des critères que Meta ne détaille pas publiquement. Sur cette base, le système recadrerait automatiquement les vidéos et les photos pour ne conserver que les personnes jugées pertinentes, en floutant les autres.
Une mémoire biométrique consultable à la demande
Le brevet ne s’arrête pas à un montage automatisé. Il décrit également la possibilité, pour le porteur des lunettes, d’interroger directement son assistant vocal pour savoir s’il a déjà croisé une personne en particulier. L’intelligence artificielle irait alors piocher dans un historique de photos, de publications et de commentaires associés à ce visage pour reconstituer le contexte. Pas génial pour la vie privée des gens qui vous entourent.
Sollicité par nos confrères, Meta a botté en touche, expliquant qu’il ne s’agissait « pour l’instant que d’une idée » et qu’« aucune décision finale n’a été prise sur ce qu’il convient d’en faire, si tant est qu’il faille en faire quelque chose ».
Un contexte déjà tendu pour les lunettes connectées
Ce nouveau brevet tombe à un moment particulièrement mal choisi pour Meta. Plus de 70 organisations de défense des libertés civiles, ont déjà signé une lettre ouverte réclamant l’abandon pur et simple de toute reconnaissance faciale sur les lunettes connectées de l’entreprise. L’État de New York est même allé plus loin en votant, cet été, les premières restrictions américaines sur l’usage de ces appareils dans l’espace public.
Contrairement à un smartphone qu’on sort ostensiblement de sa poche, des lunettes connectées ressemblent à n’importe quelle monture. La seule protection prévue par Meta, une petite LED qui s’allume pendant l’enregistrement, a déjà été contournée de plusieurs manières, ce qui a poussé l’entreprise à renforcer sa détection cet été. Ajouter une couche de reconnaissance faciale capable de noter et catégoriser des inconnus dans la rue ne fait qu’amplifier un problème de confiance que Meta n’a, pour l’instant, jamais vraiment résolu.
Là où l’entreprise de Mark Zuckerberg a raison en revanche, c’est qu’un dépôt de brevet n’est pas automatiquement synonyme de commercialisation d’un produit ou d’un service. Les entreprises technologiques protègent régulièrement des idées qui ne verront jamais le jour, ne serait-ce que pour empêcher un concurrent de le faire à leur place. C’est d’ailleurs l’argument bien pratique que Meta ressort systématiquement dès qu’un projet sensible refait surface.
Reste que dans le cas de Meta, l’historique récent invite tout de même à la méfiance. Le NameTag existait bel et bien dans une application distribuée à des dizaines de millions d’utilisateurs avant sa découverte, et le New York Times avait même évoqué ce projet dès février, avant que Wired ne le retrouve concrètement implémenté quatre mois plus tard.
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