Un centre de données avec des neurones humains à l’intérieur : dit comme ça, on pourrait croire à un script de science-fiction. Pourtant, le projet existe bel et bien. Il a été lancé par la Yong Loo Lin School of Medicine de la National University of Singapore, en partenariat avec DayOne, un développeur de centres de données, et Cortical Labs, une start-up australienne spécialisée dans l’informatique biologique.
Des cellules vivantes dans un rack serveur
Le prototype, installé au NUS Life Sciences Institute, repose sur 20 unités CL1. Cortical Labs présente le CL1 comme le premier ordinateur biologique commercial capable d’exécuter du code. Chaque unité fonctionne grâce à des neurones humains cultivés à partir de cellules souches. Ces cellules sont reliées à du matériel informatique par des réseaux de microélectrodes, qui permettent aux signaux électriques de circuler entre le vivant et la machine.
Le système a été présenté le 6 août devant plus de 80 invités venus du monde académique, de la tech et des infrastructures numériques. Ils ont pu voir les unités CL1 et Cortical Cloud en fonctionnement, l’intégration des microélectrodes et l’activité des réseaux neuronaux en temps réel.
Selon le professeur Rickie Patani, spécialiste des neurosciences à NUS Medicine, il s’agit du premier rack serveur biologiquement intégré exploité de façon indépendante dans le monde. Il estime que cette approche peut à la fois offrir une alternative plus efficace au silicium et aider les chercheurs à mieux comprendre l’apprentissage et l’adaptation à leur source biologique.
L’intérêt du projet tient aussi à un problème très concret : les centres de données consomment beaucoup d’électricité, et l’essor de l’intelligence artificielle accentue la pression. Selon l’Agence internationale de l’énergie, leur demande électrique a augmenté de 17 % en 2025.
Le calcul biologique pourrait, selon ses promoteurs, fonctionner avec une fraction de l’énergie nécessaire aux ordinateurs numériques traditionnels. La promesse reste à démontrer à grande échelle, mais elle explique l’attention portée à ce prototype. Pour DayOne, il s’agit de voir comment ce type d’infrastructure pourrait passer du laboratoire à des usages plus pratiques.
NUS Medicine sera chargé de cultiver et d’entretenir les cellules vivantes sous la supervision du professeur Patani. Au-delà de l’efficacité énergétique, le système pourrait aussi servir à la recherche médicale, notamment pour étudier des maladies neurologiques ou accélérer la découverte de médicaments.
Cortical Labs voit également un intérêt pour l’IA. D’après son fondateur et directeur général Hon Weng Chong, les systèmes neuronaux vivants pourraient être utiles quand les données disponibles sont limitées, car ils peuvent apprendre avec peu d’informations et s’adapter à des conditions changeantes.