Donald Trump a réglé un problème qui préoccupait manifestement la Maison-Blanche : l’intelligence artificielle porte un nom beaucoup trop, heu, artificiel. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le président américain a donc proposé une appellation jugée plus flatteuse : « super intelligence », ou « SI ».
Pas super
À l’entendre, le mot « artificiel » ferait passer cette technologie pour quelque chose de faux. Or, a-t-il assuré, elle est au contraire « incroyable ». Les documents du gouvernement américain devront par conséquent employer le nouveau terme. Après tout, c’était le problème le plus urgent à régler pour cette technologie.
Le département d’État, équivalent américain du ministère des Affaires étrangères, n’a pas tardé à suivre la consigne. Dans un courriel obtenu par l’Associated Press, Michael Drager, responsable adjoint au Bureau des affaires des organisations internationales, demande aux diplomates de remplacer toute mention de l’IA par la SI dans leurs discours, positions officielles et éléments de langage.
Des représentants américains ont appliqué la nouvelle règle dès mercredi, pendant une réunion du Conseil de sécurité consacrée à l’intelligence artificielle. Pardon : à la super intelligence. On ignore encore si toutes les agences fédérales devront participer à ce grand exercice de correction terminologique. L’« AI Force » annoncée récemment par Donald Trump pourrait, elle aussi, devoir changer de plaque.
Le président américain n’en est pas à son premier renommage intempestif. Il avait déjà fait modifier certaines appellations géographiques dans les communications fédérales. Après les cartes, le dictionnaire technologique. La formule choisie par Donald Trump présente toutefois un petit inconvénient : elle existe déjà. Dans le milieu scientifique, la « super intelligence » désigne généralement une intelligence hypothétique qui dépasserait les capacités humaines dans tous les domaines. Autrement dit, pas exactement les outils actuels, malgré l’enthousiasme de leurs fabricants.
Dans l’entourage de Donald Trump, personne ne semble partager les scrupules des scientifiques. Ethan Klein, directeur de la technologie des États-Unis, a salué le « président de la Super Intelligence ». L’ambassadeur américain à l’ONU, Michael Waltz, a lui aussi adopté la formule.
Cette bataille de mots accompagne un désaccord plus sérieux. Donald Trump refuse de ralentir le développement de l’IA par une réglementation trop stricte, notamment pour conserver l’avantage des États-Unis sur la Chine. Le sujet a été abordé avec Xi Jinping, le président chinois, à Washington. D’ici là, les machines n’ont pas changé. Par contre, elles doivent modifier leurs cartes de visite.