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C’est le jour J pour SpaceX : le Starship s’élance pour son premier grand vol orbital

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Après treize vols d’essai, la plus grande fusée jamais construite par l’Homme tentera d’atteindre l’orbite pour la première fois de son histoire. Un cap décisif pour SpaceX, qui validera (ou non), la capacité de son colosse d’acier à devenir le premier système de transport spatial véritablement réutilisable à l’échelle industrielle.

Depuis son tout premier décollage en avril 2023, un vol inaugural qui s’était soldé par une autodestruction quatre minutes après avoir quitté le sol texan, le Starship de SpaceX a enchaîné treize campagnes d’essais à une cadence que l’industrie spatiale n’avait plus connue depuis les grandes heures du programme Apollo. Si toutes ne se sont pas passées comme prévu, certaines sont définitivement rentrées au Panthéon de l’exploration spatiale, à l’image de la mission IFT-5 de 2024, durant laquelle son booster Super Heavy avait été rattrapé en pleine redescente par les bras mécaniques Mechazilla de sa tour de lancement. Un exploit hors norme, réitéré trois fois depuis.

Le Starship est le lanceur le plus imposant jamais assemblé : gigantesque cylindre d’acier de 124 mètres de haut, il est propulsé par 33 moteurs Raptors qui lui confèrent 80 800 kN de poussée au décollage. Un monstre, qui n’a toutefois pas encore bouclé la moindre orbite terrestre. Ses treize précédents vols, volontairement suborbitaux, l’ont propulsé aux alentours de 200 km d’altitude maximum.

Aujourd’hui, c’est le grand saut : le 14e essai (IFT_14) propulsé par le Booster 21 et le Ship 41 (tous deux de troisième génération, dite Block 3), doit placer l’étage supérieur sur une orbite circulaire à 275 kilomètres d’altitude, y larguer 26 satellites Starlink V3, boucler six révolutions autour de la Terre en près de dix heures, puis rentrer dans l’atmosphère et amerrir dans l’océan Pacifique, au large du Chili. Une mission historique pour l’entreprise comme pour le Starship, puisque sa réussite prouverait, pour la première fois, qu’il est possible de déployer une armada de satellites de nouvelle génération en un seul tir tout en ouvrant l’ère du fret spatial interplanétaire à bas coût.

Le Starship, pour la première fois à l’assaut de l’orbite

Le décollage est prévu à 12 h 15 UTC (soit 14 h 15 en France métropolitaine) depuis le pas de tir Pad B de Starbase, dans l’extrême sud du Texas, avec une fenêtre de lancement de 75 minutes. Les 33 moteurs Raptor 3 du Super Heavy s’allumeront en même temps pour arracher du sol le lanceur qui pèse environ 5 000 tonnes à pleine charge de carburant, puis la séquence de séparation à chaud (où les six moteurs du Ship s’allument alors que le premier étage est encore attaché) interviendra comme lors des vols précédents.

Le Booster 21, une fois séparé, exécutera un retournement suivi d’une manœuvre de rétropropulsion pour revenir amerrir dans le golfe du Mexique environ sept minutes après le décollage. Pas de capture par les bras mécaniques de la tour cette fois-ci, et la raison tient aux déboires des deux vols précédents : en mai, le Booster 19 a rencontré des anomalies lors de sa phase de rétrofreinage et n’a jamais atteint sa zone d’amerrissage ; en juillet, le Booster 20 a vu sa rétropropulsion écourtée par des cristaux de glace obstruant ses turbopompes, puis n’a réussi à rallumer que dix de ses treize moteurs au freinage final. La priorité, aujourd’hui, est de valider un amerrissage nominal avant d’envisager le retour à la tour.

Le Ship 41, lui, poursuivra sa montée jusqu’à l’extinction des moteurs (Second Engine Cut-Off), prévue environ huit minutes après le décollage, sur une trajectoire qui serpente entre la Jamaïque et Cuba, traverse les Petites Antilles, puis s’incurve au-dessus de l’Atlantique à une inclinaison orbitale de 32 degrés. À ce stade, le véhicule sera encore sur une trajectoire suborbitale : un filet de sécurité voulu par SpaceX, qui lui permettrait de le faire retomber dans l’océan Indien en cas de problème détecté pendant la phase de vérification postérieure à l’extinction.

Si tout se déroule bien jusqu’à cette phase, le Ship exécutera une brève impulsion orbitale d’environ 18 secondes, aux alentours de T+25 minutes, pour circulariser son orbite à 275 kilomètres d’altitude. Le déploiement des 26 satellites Starlink V3 (chacun ajoutant 1 térabit par seconde de capacité au réseau, soit dix fois ce qu’apporte un lancement classique de Starlink V2 par une Falcon 9) débutera alors à T+34 minutes et s’étalera sur une trentaine de minutes. Parmi ces satellites, trois embarquent des caméras destinées à photographier l’état du bouclier thermique du Ship depuis l’extérieur ; une astuce d’inspection en vol inaugurée lors du treizième essai, en juillet.

S’ensuivra une longue phase de croisière orbitale d’environ huit heures, durant laquelle les ingénieurs de SpaceX surveilleront l’ensemble des systèmes du Ship en continu. Des points de contrôle successifs sont programmés : si une anomalie est détectée après le déploiement des satellites, le véhicule pourra être désorbité de manière anticipée, soit au-dessus du Pacifique central (au nord de Hawaï, avant la fin du deuxième tour de Terre), soit lors du cinquième passage orbital. Si aucun problème n’est détecté, il sera autorisé à poursuivre jusqu’au bout.

La séquence de retour commencera aux alentours de T+8 heures 52 minutes par un rallumage d’un unique moteur Raptor pendant une dizaine de secondes (la manœuvre de désorbitation) avant une rentrée atmosphérique prévue à T+9 heures 29 minutes, puis un amerrissage contrôlé dans le Pacifique Sud, au large des côtes chiliennes, environ 9 heures et 50 minutes après le décollage. Le Ship 41 inaugure par ailleurs deux tuiles de protection thermique récupérées sur le Ship 40 après son amerrissage dans l’océan Indien en juillet : la toute première réutilisation de composants du bouclier thermique dans l’histoire du programme Starship.

Séquence Vol Starship
Schéma illustrant le profil complet de la mission IFTC 14. © SpaceX

Comment suivre le lancement ?

Pour ne pas en rater une miette, tenez-vous prêt à 13 h 45. Plusieurs options s’offrent à vous : en passant par la vidéo live YouTube (voir ci-dessous) partagée par la chaîne spécialisée VideoFromSpace. Si vous préférez les canaux officiels, rendez-vous sur la page dédiée de SpaceX ou sur le compte X de l’entreprise, où la retransmission débutera environ trente minutes avant le décollage. La couverture est prévue en continu jusqu’à l’amerrissage final ; si tout se passe comme prévu, SpaceX diffusera des images en direct depuis l’orbite terrestre pendant plusieurs heures, une première pour le programme.

NASASpaceFlight.com propose également une couverture indépendante très détaillée, alimentée par des caméras positionnées autour de Starbase et un commentaire technique en anglais, particulièrement recommandée si vous souhaitez suivre les aspects les plus pointus du vol via leur chaîne YouTube NASASpaceFlight ou directement sur leur site officiel.

Gardez toutefois en tête que la fenêtre de lancement s’étend de 14 h 15 à 15h30, heure française : un décollage repoussé de quelques dizaines de minutes n’aurait rien d’inhabituel étant donné la complexité de la mission. En cas de report, des créneaux de secours sont réservés quotidiennement du 29 septembre au 4 octobre.

La mission IFT-14 est d’une importance extrême pour l’entreprise de Musk : il s’agit tout de même de l’insertion orbitale du plus grand véhicule spatial jamais construit, qui part pour sa toute première mission opérationnelle, puisqu’il embarque une vraie charge utile commerciale. Si le Ship 41 boucle effectivement six orbites complètes et revient se poser en un seul morceau, SpaceX aura démontré que son concept de lanceur lourd tient la route sur une durée dix fois supérieure à celle de ses vols les plus longs, et que son bouclier thermique résiste à une rentrée orbitale à pleine vitesse. Une fois cet essai transformé, d’autres l’attendent : le transfert de carburant entre deux Starship en orbite (jamais encore tenté), les premiers vols habités, et surtout la mission Artemis IV de la NASA, qui prévoit de poser des astronautes sur la Lune à bord d’un Starship modifié à l’horizon 2028. Des ambitions pharaoniques qui exigent d’abord l’essentiel : survivre au grand vide spatial et décrocher cette satanée première orbite. Réponse aux alentours de minuit, si tout va bien : « Godspeed » !

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