L’information a été révélée jeudi 22 octobre 2026 par le site Axios. Dans la plupart des cas, les agents se connectent avec l’accord du client, qui leur a donné son identifiant et son mot de passe. Cela va pourtant à l’encontre des règles de la plupart des banques, qui exigent que ce soit le titulaire lui-même qui se connecte à son compte. Certaines banques ont aussi repéré des agents qui appelaient leurs centres d’appels, ou qui semblaient agir sans instruction de l’utilisateur. Un dirigeant bancaire explique qu’il est difficile de distinguer les agents entre eux, et de savoir si un agent agit pour le compte du client ou s’il a échappé à son contrôle. Les dirigeants interrogés ont qualifié la situation d’”horrifiante”, en pensant surtout à ce que pourrait faire un agent qui a le droit d’acheter ou de déplacer de l’argent.
Meta, OpenAI et Anthropic ont lancé leurs agents cet automne
Ces agents se sont multipliés depuis la rentrée. Meta a lancé Muse début septembre aux États-Unis, un agent capable d’envoyer des e-mails, de réserver un voyage, de remplir des formulaires ou de négocier une facture à la place de son utilisateur. Le 21 octobre, Meta a annoncé plus de 10 millions de téléchargements américains en 40 jours, alors que ChatGPT en avait compté environ 3,7 millions sur la même durée après son lancement en novembre 2022. OpenAI a de son côté présenté fin septembre ses agents Dots, qui fonctionnent en permanence, et Anthropic a ouvert le 21 octobre un aperçu de recherche limité de son agent Duet. Amazon et de nombreuses compagnies aériennes bloquaient déjà les agents de ce type sur leurs sites.
Morgan Stanley, JPMorgan et Citi ferment la porte
Morgan Stanley a commencé à bloquer les agents tiers sur ses plateformes, tandis que JPMorgan, Bank of America et Citi les limitent, et que Wells Fargo cherche lui aussi à contenir le risque. Un porte-parole de Morgan Stanley assure toutefois que la banque n’a observé aucun cas d’”agents IA incontrôlés accédant à nos plateformes”. Chez Charles Schwab, le PDG Rick Wurster explique que le courtier bloque des agents non autorisés plusieurs dizaines de fois par semaine. Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, avait dès la présentation de ses résultats, le 13 octobre, jugé que c’était “tout simplement trop risqué pour les clients et pour JPMorgan”. Deux jours plus tard, le 15 octobre, William Demchak, PDG de PNC, a qualifié les transactions faites par des agents d’”incroyablement dangereuses”, en précisant que “pour que cela se fasse un jour, il faudra que des lois soient votées sur le transfert de responsabilité”.
La plupart des banques réécrivent donc leurs conditions d’utilisation en urgence, et beaucoup choisissent un accès en lecture seule. Un agent peut alors consulter le solde ou les dépenses, comme le fait déjà le logiciel de gestion Quicken, mais pas faire de virement. JPMorgan, Citi, Bank of America et Charles Schwab affirment qu’aucun agent ne peut déplacer l’argent de leurs clients. Chase rappelle aussi à ses clients de ne jamais partager leur identifiant et leur mot de passe.
En Europe, Muse n’est pas encore arrivé
En France, la question ne se pose pas encore pour Muse, puisque Meta ne le propose qu’aux États-Unis et n’a annoncé aucune date pour l’Europe. Les utilisateurs français n’ont accès qu’à Meta AI, l’assistant intégré à WhatsApp, Instagram, Facebook et Messenger depuis mars 2025, qui ne peut pas faire d’achat ni de démarche. Côté justice, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé le 15 octobre 2026 (affaire C-70/25) qu’une banque devait rembourser immédiatement une opération non autorisée, même lorsque le client a fait preuve de négligence grave en laissant ses codes à un fraudeur, quitte à lui réclamer l’argent ensuite. L’affaire concernait une cliente polonaise qui avait saisi ses identifiants sur une fausse page imitant celle de sa banque.