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La NASA met la pression pour la réussite d’Artemis III : SpaceX et Blue Origin devront bientôt prouver laquelle est capable d’emmener des humains sur la Lune

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Même si ce n’est pas lors d’Artemis III que l’être humain posera de nouveau son pied sur la Lune, SpaceX et Blue Origin doivent tout de même montrer patte blanche auprès de la NASA pour la convaincre que leurs atterrisseurs respectifs sont prêts à transporter des astronautes.

Lors d’une présentation au Congrès international d’astronautique d’Antalya, en Turquie, le 5 octobre, Steve Creech, directeur par intérim du programme Human Landing System (HLS) de la NASA, a dévoilé la feuille de route de SpaceX et Blue Origin (qui a d’ailleurs interrompu son activité de tourisme spatial) concernant leurs deux atterrisseurs. Les deux entreprises, partenaires de la NASA, sont en concurrence pour le même objectif : poser des astronautes sur la Lune dans le cadre du programme Artemis et les douze prochains mois s’annoncent décisifs.

Pour celles et ceux qui auraient perdu le fil : en premier lieu, Artemis III était prévue comme la sacro-sainte mission du retour de l’Homme sur la Lune, mais elle a été avancée d’un an et reprogrammée en mars 2026. S’ils ne toucheront pas le régolithe lunaire, les quatre astronautes s’envoleront tout de même pour l’orbite basse en 2027.

Comme ce fut le cas lors d’Artemis II, ils seront à bord de la capsule Orion, qu’ils devront amarrer tour à tour, aux versions de test des deux atterrisseurs en compétition : le Starship HLS de SpaceX et le Blue Moon MK2 de Blue Origin. Ces deux engins sont les candidats au rôle de « taxi lunaire » du programme Artemis : celui que la NASA choisira sera chargé de récupérer les astronautes à bord d’Orion en orbite, de les descendre jusqu’à la surface de la Lune et de les ramener en orbite après leur séjour. C’est au terme de cette mission que la NASA désignera celui qui emmènera l’équipage sur la Lune lors d’Artemis IV, début 2028 : les dés sont jetés !

Le mastodonte de Starbase face au chronomètre de la NASA

SpaceX, dont le Starship a atteint l’orbite pour la première fois le 28 septembre, enverra pour Artemis III un exemplaire modifié de la troisième génération de l’étage supérieur de sa méga-fusée (dit V3), équipé d’un système d’amarrage et d’une nouvelle coiffe. En revanche, il ne disposera pas de cabine pressurisée : les astronautes pourront s’amarrer au Starship depuis Orion pour tester la compatibilité entre les deux véhicules, mais pas y pénétrer.

Le « vrai » Starship qui devra un jour déposer des astronautes sur la Lune est encore en construction. La NASA attend de SpaceX une efficacité industrielle sans faille : l’entreprise doit achever la cabine d’équipage d’ici fin 2026, et au premier semestre 2027 elle devra avoir terminé l’intégration des systèmes de communication avec Orion, le simulateur de cabine, son premier ravitaillement en carburant cryogénique en orbite (du jamais vu) et le test du train d’atterrissage. L’objectif étant que SpaceX puisse réaliser un alunissage sans équipage avec son vaisseau pour la fin de l’année 2027 : un calendrier d’une densité extrême, pour ne pas dire un brin utopique.

Le chemin de croix de Blue Origin pour refaire son retard

Côté Blue Origin, c’est tout aussi serré et les équipes de l’entreprise de Jeff Bezos n’auront pas droit à l’erreur et devront cravacher dur pour ne pas se faire distancer. Son Blue Moon Mark 2 (MK2), haut de 16 mètres et équipé de trois moteurs BE-7, sera le seul des deux véhicules à arriver en version quasi complète en 2027 : il est déjà doté d’une cabine pressurisée, des systèmes de support de vie (en partie), et d’un logiciel de vol opérationnel.

Techniquement, les astronautes d’Artemis III s’amarreront aux deux véhicules au cours de la même mission : d’abord au Starship de SpaceX, puis au Blue Moon de Blue Origin (ou l’inverse), les deux atterrisseurs étant déjà en orbite basse au moment du lancement d’Orion. Ceux-ci pourront entrer dans le Blue Moon et y tester ses systèmes en apesanteur, ce que le Starship ne permettra pas : un avantage pour Blue Origin, à condition qu’elle y parvienne.

Pour réussir à envoyer son Blue Moon MK2, la firme devra déjà résoudre un problème plus qu’épineux : fiabiliser sa fusée New Glenn, seul lanceur capable d’emmener son atterrisseur en orbite, qui a explosé sur le pas de tir de Cap Canaveral au mois de mai lors d’un test statique. La déflagration a été tellement violente qu’une partie du pas a été gravement endommagée et les installations sont encore en cours de reconstruction.

La NASA espère un retour en vol de New Glenn d’ici la fin de l’année 2026, mais un récent rapport de Reuters suggère que ce ne sera probablement pas avant début 2027.

Quand bien même New Glenn serait de retour dans les airs, la liste des étapes à franchir reste (très) longue : Blue Origin devra terminer la qualification de son moteur BE-7 qui propulsera le Blue Moon lors de la descente vers la surface lunaire, finaliser l’intégration du MK2 avec son lanceur, construire un second pas de tir pour accueillir la version renforcée de New Glenn (baptisée 9×4), faire voler cette nouvelle variante fin 2027, et enfin tenter un alunissage inhabité du Blue Moon MK2 au premier trimestre 2028.

C’est la condition sine qua non pour qu’Artemis IV lui soit attribuée : si Blue Origin ne démontre pas que son atterrisseur peut se poser seul sur la Lune et en repartir, SpaceX ramassera la mise.

La NASA, de son côté, tient une conférence de presse aujourd’hui ; Jared Isaacman, son administrateur, y participera, aux côtés de son administrateur associé Amit Kshatriya et du directeur du programme Artemis, Jeremy Parsons. Il est prévu qu’ils fassent le point sur l’avancement des futures missions lunaires et abordent, par la même occasion, une potentielle « accélération du programme Artemis ». Quoi qu’il advienne, la dernière ligne droite de la course à la Lune ne laissera aucun répit aux équipes de Hawthorne et de Kent ; espérons que le terme « accélération » fait simplement référence à ce que nous venons d’énoncer, et non à un nouveau durcissement des délais.

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