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Space X : le Starship atteint enfin l’orbite lors de son 14e vol… mais tout ne s’est pas passé comme prévu

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Le méga-lanceur de SpaceX a décroché sa première orbite terrestre et déployé 26 satellites Starlink V3, mais un moteur récalcitrant a contraint l’entreprise à écourter une mission qui devait, normalement, durer dix heures. Mission réussie pour le Starship, mais en demi-teinte : le plus dur reste à faire.

Hier était un grand jour pour SpaceX et son lanceur lourd, qui avait rendez-vous avec l’histoire pour sa mission IFT-14, son 14e essai durant lequel il devait pour la première fois effectuer un vol orbital. Le lanceur a décollé de Starbase, dans le sud du Texas, à 14 h 48 heure française (12 h 48 UTC), soit une trentaine de minutes après l’ouverture de la fenêtre de lancement. Les 33 moteurs Raptor 3 du Super Heavy se sont allumés sans incident apparent, mais l’un d’entre eux s’est éteint prématurément pendant la phase de montée initiale, un souci devenu presque routinier sur les derniers vols du programme. Deux minutes et demie plus tard, la séparation s’est déroulée comme prévu et les six moteurs du Ship 41 ont pris le relais.

C’est à ce moment-là que la tension est montée d’un cran : l’un des six Raptor du Ship s’est coupé à son tour avant la fin de la phase propulsive d’ascension. Pendant plusieurs minutes, les contrôleurs de vol ont pesé le pour et le contre. SpaceX avait conçu le profil de mission de façon à pouvoir annuler l’insertion orbitale et faire retomber le véhicule dans l’océan Indien en cas de problème ; l’option a été sérieusement envisagée. Finalement, environ 22 minutes après le décollage, les équipes ont jugé que le moteur défaillant n’était plus nécessaire et que le reste de la propulsion fonctionnait correctement.

Le Ship a exécuté son insertion orbitale avec brio, même si le déroulement de la mission, en raison de cette défaillance moteur, allait radicalement changer dans les heures suivantes.

Starship : lancement orbital réussi

Une fois en orbite à 275 kilomètres d’altitude, le Ship 41 a bien déployé ses 26 satellites Starlink V3, qui ont tous établi le contact avec la constellation existante. Contrairement aux 20 satellites largués lors du vol 13 en juillet (qui avaient brûlé dans l’atmosphère puisque la trajectoire était suborbitale), ceux-ci sont bel et bien opérationnels et ajoutent 26 Tb/s de capacité au réseau.

Pendant que le Ship entamait sa croisière orbitale, le Booster 21 avait déjà accompli sa propre mission, bien plus bas. Après avoir rallumé 31 de ses 33 Raptor pour la manœuvre de rétropropulsion (le moteur éteint lors de la montée étant évidemment hors jeu), il a enchaîné avec un freinage d’atterrissage sur 11 moteurs, réduits progressivement à cinq puis à trois, avant de réussir son amerrissage dans le golfe du Mexique. Le porte-parole de SpaceX, Dan Huot, a estimé que la manœuvre s’est déroulée « plutôt en douceur ».

Puis, à l’instant même où les moteurs se sont éteints, une explosion s’est produite : non pas à cause d’une défaillance, mais parce que SpaceX l’a délibérément fait sauter. L’entreprise a déclenché le système d’autodestruction du booster (FTS, pour « Flight Termination System »), le détruisant volontairement dans le golfe. C’est un dispositif pyrotechnique, embarqué sur tous les lanceurs orbitaux et exigé par la FAA (Federal Aviation Administration), conçu pour neutraliser la fusée en vol si elle venait à dévier de sa trajectoire et menacer des zones habitées.

En le déclenchant sur un booster qui venait d’achever sa séquence de freinage sans incident, SpaceX a validé en conditions réelles le bon fonctionnement de cette procédure. Une démonstration indispensable pour obtenir le feu vert des autorités sur les prochains vols depuis Cap Canaveral.

Un exploit terni : SpaceX a encore du pain sur la planche

Vous vous souvenez de la défaillance moteur qui a eu lieu au début de l’ascension ? Celle-ci a tout de même eu de lourdes conséquences sur le déroulé de la mission, puisque SpaceX ne pouvait plus garantir, avec un Raptor en moins, que le système de propulsion disposerait d’une redondance suffisante pour exécuter la manœuvre de désorbitation au terme des dix heures de vol initialement prévues. Si un deuxième moteur avait lâché en cours de croisière, le Ship 41 (un mastodonte de 52 mètres de long) aurait pu rester coincé en orbite sans aucun moyen de le ramener au sol de manière contrôlée.

L’entreprise a préféré ne pas jouer avec le feu et a donc appliqué la première procédure de renoncement prévue au plan de vol, après la deuxième orbite seulement. Au lieu de poursuivre sa croisière pendant huit heures supplémentaires et d’amerrir au large du Chili comme prévu, le Ship 41 a rallumé un unique moteur Raptor pour exécuter sa toute première manœuvre de désorbitation dans l’histoire du programme, puis a été redirigé vers l’une des deux zones d’amerrissage de secours, située dans le nord de l’océan Pacifique, au large de Hawaï.

Le véhicule a ensuite entamé la rentrée atmosphérique à près de 28 000 km/h, encaissant les quelque 1 500 degrés grâce à son bouclier thermique, avant d’exécuter son retournement, sa phase de freinage et de toucher la surface de l’océan aux alentours de 17 h 58 heure française.

Comme vous pouvez le voir sur la vidéo YouTube ci-dessus, il a basculé sur le flanc avant d’exploser sous l’effet de l’inflammation du carburant résiduel. Rien d’anormal, puisque le véhicule était consommable dès le départ : tant qu’il a survécu à sa rentrée, s’est retourné convenablement, a freiné pour atteindre la zone d’amerrissage ciblée, la mission est remplie à 100 %.

Durée totale de la mission : trois heures et neuf minutes, la plus longue jamais réalisée par un Starship, mais amputée de sept heures par rapport à ce que prévoyait le plan de vol.

Coïncidence temporelle que nous relevons avec amusement : le 28 septembre 2008, soit exactement dix-huit ans jour pour jour, la Falcon 1 de SpaceX devenait la première fusée privée à carburant liquide à atteindre l’orbite. On pourra dire tout ce qu’on veut sur SpaceX, mais elle a toujours eu le sens de la communication et le don pour la mise en scène. Il n’empêche : malgré le succès indéniable de l’IFT-14, il faudra absolument que les équipes de l’entreprise planchent sur la fiabilité des moteurs Raptor. Des petites merveilles d’ingénierie encore bien trop capricieuses pour que la NASA ne compte, pour l’instant, sur le Starship pour assurer sereinement la suite du programme Artemis, dont le prochain atterrissage lunaire habité est prévu en 2028.

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