C’est l’une des Sept Merveilles du monde moderne. Le 1er décembre 1990 à 12 h 12, Philippe Cozette, côté français, et Graham Fagg, côté britannique, se serraient la main sous la Manche, concrétisant l’exploit de relier la Grande-Bretagne à la France, et donc au continent européen. Ce jour-là, le tunnel de service du tunnel sous la Manche était percé.
Pour y parvenir, les ingénieurs français et britanniques ont œuvré durant près de trois ans à creuser dans la couche de la craie bleue, à 40 mètres de profondeur sous le fond de la mer. Pas à la pelle, bien sûr, mais avec onze tunneliers situés de part et d’autre, destinés à faciliter le forage dans ces couches épaisses de roche terrestre sur plus de 148 km de long. A la fin du chantier, un des tunneliers français sera entièrement démonté tandis qu’un autre sera revendu en avril 2004 pour 39 999 livres … sur eBay. Un autre est exposé sur un rond-point à Coquelles, en France.
Mais ce que l’on sait moins, c’est que les tunneliers britanniques sont, eux, restés ensevelis sous terre. Concrètement, un tunnelier est incapable de reculer, car les anneaux de béton qu’il pose se referment derrière lui. Impossible pour lui de faire marche arrière donc et, à moins de le démonter comme l’ont fait les Français, le seul moyen est de le laisser sur place. Ainsi, chaque fois qu’un tunnelier britannique rencontrait son homologue français, décision a été prise de le dévier dans la roche, de le sceller dans du béton et de l’abandonner, là où les appareils français étaient démontés et remontés à la surface.
Recyclés de manière originale
Au total, ce sont trois tunneliers britanniques qui sont, à l’heure d’écrire ces lignes, encore présents dans les trois tunnels sous la Manche. La manœuvre a été effectuée trois fois, la première pour le tunnel de service en 1990, les deux autres pour les tunnels ferroviaires les 26 mai et 28 juin 1991. Les Britanniques avaient initialement utilisé 6 tunneliers, dont trois présentes sur terre.
Heureusement, l’histoire nous explique que ces appareils n’ont pas été totalement abandonnés à leur triste sort. Selon certaines sources, les machines britanniques auraient servi de prise de terre électrique par la suite, représentant un point d’évacuation idéal pour des courants électriques de défaut.
Fabriqués par les constructeurs Robbins, Kawasaki et Mitsubishi, les tunneliers français portaient tous un nom et un numéro d’identification. Ceux fabriqués par Robbins et Kawasaki s’appelaient T1 Brigitte, T2 Europa et T3 Catherine, tandis que les appareils de Mitsubishi portaient les noms T4 Virginie, T5 Pascaline et T6 Séverine. On ne connaît malheureusement pas le nom des tunneliers britanniques enterrés sous terre, qui ne reverront probablement jamais la lumière du jour…