Passer au contenu

Midterms 2026 : pourquoi Tesla et SpaceX ont-elles perdu 130 milliards de dollars en une nuit ?

4 min
0 commentaire
Partagez

Elon Musk a sorti le chéquier comme jamais pour ces élections de mi-mandat. Le lendemain, c’est la Bourse qui lui a présenté l’addition.

Pendant toute la campagne des midterms américaines, Elon Musk a arrosé le camp républicain à coups de centaines de millions de dollars, avec comme objectif de garder le Congrès dans le giron de ses alliés et protéger le Texas, l’État où il a installé une bonne partie de son empire. Les résultats sont tombés et Musk voudrait probablement être sur Mars à l’heure actuelle.

Le patron de Tesla et SpaceX a versé plus de 445 millions de dollars aux causes républicaines sur ce cycle électoral, ce qui fait de lui le premier donateur des midterms 2026, et de loin, puisqu’il a donné presque trois fois plus que le deuxième plus gros donateur. C’est tout simplement la somme la plus élevée jamais déboursée par un particulier qui n’était pas lui-même candidat dans une élection américaine.

Le gros de l’effort s’est concentré sur le Texas. Musk a injecté plus de 200 millions de dollars dans la course au Sénat pour soutenir Ken Paxton, le plus gros investissement de toute sa campagne. Problème, les électeurs texans ont choisi deux démocrates lors des scrutins majeurs : James Talarico a remporté le siège de sénateur face à Ken Paxton, tandis que Gina Hinojosa a battu le gouverneur sortant Greg Abbott. Au niveau national, les démocrates ont repris à la fois la Chambre des représentants et le Sénat.

Wall Street monte, Musk descend

Le plus curieux, c’est que le marché dans son ensemble a plutôt bien pris la nouvelle. Apple, Amazon, Google, Meta et Microsoft étaient en hausse au lendemain du scrutin, les investisseurs y voyant plutôt la fin d’une période d’incertitude. Par contre, les deux entreprises cotées de Musk ont fait exactement l’inverse.

Tout a commencé dans la nuit. Dans les échanges nocturnes, Tesla reculait de 4,43 % à 380,84 dollars, contre une clôture à 398,50 dollars la veille, et SpaceX perdait 4,15 % à 135,45 dollars, contre 141,31 dollars. Des baisses qui paraissent modestes, sauf qu’on parle de mastodontes. En multipliant par le nombre d’actions en circulation, on arrive à environ 149,4 milliards de dollars de valeur boursière envolée par rapport aux clôtures du 3 novembre. C’est de là que vient le fameux chiffre de 150 milliards repris un peu partout.

Il faut toutefois le nuancer, puisque la séance officielle a été un peu moins rude. À la clôture, Tesla finissait à 385,19 dollars, en baisse de 3,34 %, et SpaceX à 135,92 dollars, en baisse de 3,81 %. Avec ces cours, la perte combinée tombe aux alentours de 125 à 130 milliards de dollars. Ça reste énorme, mais le « 150 milliards » correspond au pire moment de la nuit, pas au bilan de la journée.

Côté fortune personnelle, les estimations varient selon l’heure de la journée, mais elles tournent autour de 30 à 35 milliards de dollars en moins pour l’homme le plus riche du monde. Rappelons que ce sont des pertes sur le papier : Musk n’a rien vendu, et ces montants peuvent remonter aussi vite qu’ils ont fondu.

Pourquoi les investisseurs s’inquiètent

Le Texas est au cœur du problème. Les entreprises de Musk dépendent des décisions de l’État en matière d’énergie, d’eau, de permis et d’avantages fiscaux, et Gina Hinojosa a fait campagne en visant les nouveaux data centers et la fin des avantages fiscaux pour ce secteur. Elle promettait même de bloquer toute nouvelle approbation de data center tant que l’État n’aurait pas adopté de lois pour encadrer le secteur. Pour un Musk qui mise gros sur l’IA, forcément il doit commencer à flipper un peu. C’est à nuancer, musique les républicains contrôlent toujours le parlement texan, ce qui limite la marge de manœuvre de la nouvelle gouverneure.

À Washington, le changement de majorité ouvre aussi la porte aux enquêtes, notamment sur les milliards de dollars de contrats publics attribués à ses entreprises depuis le retour de Donald Trump, et sur son passage à la tête du DOGE. Et il y a un autre dossier en suspens : le rapprochement entre Tesla et SpaceX. Les deux entreprises ont confirmé la création de comités indépendants chargés d’examiner une éventuelle opération, sans qu’aucun accord n’ait été conclu. Le Congrès ne pourrait pas bloquer seul une fusion, mais il pourrait sérieusement ralentir son examen.

Musk en profite pour blaguer

Il a réagi sur X en plaisantant sur ses « lasers spatiaux d’ingérence électorale » qui n’auraient « pas fonctionné cette fois ». Il n’a pas non plus dit qu’il raccrochait et il continuera de dépenser en politique à l’avenir, au besoin.

Donc, catastrophe pour l’empire Musk ? Il faut garder un peu de recul. Une baisse de 3 à 4 % sur une séance, ça arrive, et c’est loin du séisme de juin 2025, quand Tesla avait chuté de 14 % en une journée lors de la brouille avec Trump, effaçant 150 milliards de dollars de valeur à elle seule, la pire baisse quotidienne de son histoire. Rien n’est encore décidé non plus, puisque le nouveau Congrès ne prend ses fonctions que le 3 janvier, et qu’aucune restriction nouvelle n’a été adoptée à ce stade. Ce qui change vraiment, c’est le contexte. En 2024, la proximité de Musk avec le pouvoir faisait grimper ses actions. Cette fois, les marchés intègrent le risque inverse, et c’est probablement ça qui coûte le plus cher sur la durée.

Articles sauvegardés