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Le télescope spatial Swift de la NASA vient de s’écraser sur Terre : ses débris ont-ils atteint le sol ?

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Après 22 ans de bons et loyaux services pour l’astronomie, le Neil Gehrels Swift Observatory est revenu d’où il était parti : hier, l’engin a plongé dans l’atmosphère, brûlant quasiment intégralement durant sa descente infernale. Comme l’avait prévu la NASA, certains de ses composants ont certainement survécu.

C’en est terminé : le télescope Swift, dont nous annoncions la chute imminente il y a deux jours, s’est consumé le 4 novembre 2026 à 12 h 39 UTC (13 h 39, heure française) au-dessus du nord de l’île de Sumatra, en Indonésie. C’est Jonathan McDowell, astrophysicien au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics et traqueur d’objets orbitaux, qui a confirmé le lieu de la rentrée en s’appuyant sur les données de l’U.S. Space Force. Plusieurs vidéos publiées dans la foulée sur les réseaux sociaux montreraient la traînée incandescente provoquée par sa désintégration au-dessus de l’Asie du Sud-Est (voir vidéo YouTube plus bas), sans qu’aucune n’ait été formellement authentifiée à ce stade.

« Swift a offert au pays un retour sur investissement incroyable et durable. Conçu à l’origine pour une mission principale de deux ans, il est resté opérationnel plus de dix fois plus longtemps », a déclaré Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division Astrophysique au siège de la NASA à Washington, dans un communiqué officiel de l’agence daté du 23 octobre. Il ne lui manquait que 16 jours pour souffler son 22e anniversaire, mais toutes les données qu’il a récoltées depuis son lancement lui ont survécu ; un pactole de 12 To d’archives dans lequel les astrophysiciens pourront continuer de fouiller pendant de longues années.

La fin de Swift

La NASA estimait la probabilité qu’un des débris de Swift blesse quelqu’un à 1 sur 2 100, soit bien au-dessus de son propre seuil réglementaire de 1 sur 10 000. L’essentiel de la structure du télescope (aluminium, câblage, électronique, panneaux solaires) a fondu lors de la descente, mais certains composants denses à haut point de fusion ont résisté au brasier. Selon Jonathan McDowell, « il ne serait pas surprenant qu’une centaine de kilogrammes ait survécu à la rentrée », soit environ 7 % de la masse totale de Swift, qui pesait 1 450 kg.

Même si aucune des pièces qui auraient pu survivre n’a été officiellement confirmée ou retrouvée, les six volants d’inertie du télescope, de lourds disques rotatifs en acier qui servaient à l’orienter dans l’espace, et les optiques de ses instruments X et ultraviolet, logées dans des structures en alliages robustes, comptent parmi les composants les plus susceptibles d’avoir résisté à la rentrée.

À ce stade, aucun dommage matériel ou corporel n’a encore été recensé et il est probable que ce bilan provisoire n’évolue pas puisque la zone d’impact était circonscrite à une bande tropicale couvrant pour l’essentiel des étendues océaniques.

Un sauvetage raté

Même si la fin de la mission de Swift s’est bien déroulée, le télescope n’a pas connu la fin que la NASA lui avait prévue. En septembre 2025, face à l’accélération imprévue de la chute du télescope sous l’effet du 25e cycle solaire, qui a gonflé l’atmosphère supérieure, l’agence américaine a signé un contrat de 30 millions de dollars avec Katalyst Space Technologies, une startup de Flagstaff, en Arizona, pour monter une opération de sauvetage sans équivalent dans l’histoire spatiale américaine. En moins d’un an, elle a dû construire un véhicule spécialement dédié à cette mission, le LINK.

Un engin de 425 kg de la taille d’un réfrigérateur muni de trois bras robotisés d’un mètre chacun, conçus pour s’agripper aux brides de manutention utilisées lors du transport au sol de Swift avant son lancement en 2004 (le télescope n’ayant jamais été prévu pour être saisi en orbite par quoi que ce soit).

Le 3 juillet 2026, LINK a quitté l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, largué à 12 000 mètres d’altitude par une fusée Pegasus XL de Northrop Grumman. Un mois de mise en service devait précéder le rendez-vous avec Swift. Malheureusement, trois semaines plus tard, le week-end des 25 et 26 juillet, tout a déraillé : deux des trois roues de réaction du vaisseau (composants qui servent à l’orienter et à le stabiliser) ont cessé de fonctionner à cause d’un défaut dans l’électronique embarquée conçue en interne par Katalyst.

LINK est parti dans une vrille incontrôlable pendant plus de deux semaines, avant que les ingénieurs de l’entreprise ne parviennent à le stabiliser de nouveau grâce à ses propulseurs et une mise à jour logicielle pour actualiser ses algorithmes de contrôle. Le vaisseau est tout de même parvenu à s’approcher de Swift à une distance comprise entre 12 et 15 km : il a pu collecter des images détaillées du télescope et déployer ses trois bras robotisés dans le vide spatial.

Mais le recours prolongé aux propulseurs pour compenser les roues défaillantes avait dévoré le carburant nécessaire à la capture et au rehaussement orbital de Swift. Le 19 août, la NASA et Katalyst ont officiellement jeté l’éponge. « Nous savions que c’était une mission à haut risque et à forte récompense, une tentative inédite développée sur un calendrier sans précédent dicté par l’activité du Soleil », a reconnu Domagal-Goldman. LINK est retombé sur Terre le 25 septembre, après 85 jours en orbite, sans avoir réussi à sauver Swift.

« Pour continuer à intervenir en urgence sur les phénomènes cosmiques après l’ère Swift, nous cherchons à exploiter et renforcer la flotte actuelle de la NASA : cela va du recours au privé pour des déploiements express en orbite au lancement de nouvelles missions plus agiles et novatrices. Sans compter que Swift nous laisse un héritage colossal d’observations multi-longueurs d’onde, une mine d’or d’archives qui nourrira la recherche pendant encore des décennies. » a déclaré la NASA dans son communiqué. Elle n’a toutefois pas annoncé de successeur à ce vétéran de l’observation spatiale, et son budget n’a jamais été aussi serré qu’aujourd’hui. Même si le télescope Fermi (NASA) et les observatoires Einstein Probe et SVOM (Space-based Multi-band Variable astronomical Objects Monitor), respectivement chinois et franco-chinois assurent une veille de substitution, aucun des trois ne pourra remplacer Swift, qui a marqué l’âge d’or du suivi express des sursauts gamma.

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