Le monde du doublage français est secoué par une affaire qui illustre toutes les craintes liées à l’usage croissant de l’intelligence artificielle dans les industries créatives. Françoise Cadol, comédienne de renom et voix française historique de Lara Croft, a annoncé qu’elle mettait en demeure Aspyr Media, l’éditeur derrière la compilation Tomb Raider IV-VI Remastered. En effet, l’entreprise aurait cloné sa voix par IA sans son accord, dans une mise à jour déployée à la mi-août.
Une découverte brutale grâce aux fans
Tout commence le 14 août dernier, avec la sortie de la mise à jour de cette compilation de jeux culte. Rapidement, des fans interpellent Françoise Cadol sur les réseaux sociaux. De nouvelles répliques apparaissent dans le jeu, alors même que l’actrice n’a rien enregistré. Pire encore, elle avait déjà exprimé publiquement son refus d’autoriser l’utilisation de sa voix à des fins d’entraînement algorithmique. L’actrice fait alors constater les faits par huissier, avant d’annoncer sa volonté de saisir la justice.
Pour la comédienne, ce clonage n’est pas seulement une violation de ses droits, mais une atteinte directe à son identité artistique. Elle rappelle que sa voix est son outil de travail principal, une composante de sa personnalité protégée par le droit français et européen. Dans un communiqué, elle remercie sa communauté : “Je remercie mes fans, véritables gardiens des voix.”
Un contexte brûlant pour le jeu vidéo et l’IA
Cette affaire survient dans un climat déjà tendu. L’été dernier, le syndicat américain SAG-AFTRA a mené de longues négociations autour de l’usage de l’intelligence artificielle dans le secteur du jeu vidéo, après plusieurs mois de menaces de grève. L’accord trouvé impose désormais un cadre plus strict aux studios américains, notamment sur l’obligation d’obtenir le consentement explicite des artistes pour toute reproduction vocale. L’affaire Cadol montre que ce type de dérives n’est pas théorique, il s’agit exactement du scénario que redoutent les comédiens.
Selon son avocat, le cas est clair : Aspyr Media a méprisé le droit européen. La voix est considérée comme un attribut de la personnalité par l’article 9 du Code civil, et le RGPD la qualifie de donnée biométrique sensible. De plus, l’IA Act, récemment adopté en Europe, impose aux éditeurs de mentionner tout recours à des algorithmes de ce type. Pour les avocats de la comédienne, l’affaire est d’autant plus grave qu’elle concerne une exploitation commerciale assumée, dans une licence mondialement connue.
Un combat symbolique pour l’avenir du doublage
Voix attitrée d’Angelina Jolie, Sandra Bullock et Patricia Arquette, mais aussi d’héroïnes de licences comme Resident Evil, Assassin’s Creed ou Overwatch, Françoise Cadol est une figure du doublage français. Militante active de l’association Les Voix et du mouvement “Touche pas à ma VF”, elle entend faire de ce combat un exemple. Elle exige le retrait de la mise à jour incriminée et espère surtout alerter sur le danger d’une “reprise sauvage” de la voix des comédiens.
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