Critique

Critique Bullet Train : l’anti-John Wick de Brad Pitt 🚅

Bénéficiant d'une autoroute avec une période estivale délaissée par les grosses machines hollywoodiennes, Bullet Train entend bien nous offrir notre dose de pétarade décomplexée. Et en plus, il y a Brad Pitt.

© 2022 CTMG. All Rights Reserved.

Au sein d’un Ă©tĂ© bien morne en blockbusters made in Oncle Sam oĂč seuls Top Gun : Maverick et Thor : Love & Thunder se disputent le bout de gras dans les salles obscures, Sony y a vu l’opportunitĂ© de s’y tailler une belle part de lion et dĂ©ploie, face Ă  la concurrence en perte de vitesse, son film d’action Ă  320 km/h : Bullet Train.

Un titre qui s’inspire de l’expression utilisĂ©e par les Anglo-saxons pour dĂ©signer le Shinkansen, le fameux train haut de gamme japonais. Jusqu’Ă  lĂ , rien d’excitant nous direz-vous, sauf que le rĂ©alisateur David Leitch a placĂ© Ă  bord Brad Pitt et une flopĂ©e d’assassins. Et si, on ne sait par quel miracle, vous avez rĂ©ussi Ă  esquiver le matraquage promotionnel entre affichages en ville, pubs tv, sur les rĂ©seaux sociaux, au cinĂ©ma, etc. (on serait curieux de connaĂźtre le budget marketing) et que vous ne savez toujours pas de quoi ça parle, on vous rĂ©sume le dĂ©lire.

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Coccinelle est un mercenaire persuadĂ© d’ĂȘtre particuliĂšrement malchanceux. Il se voit confier une mission en apparence toute simple : dĂ©rober une mallette Ă  bord du Shinkansen. Ce qui tombe plutĂŽt bien puisqu’il entend dĂ©sormais accomplir son travail le plus pacifiquement du monde, sans arme ni violence. Sauf que plusieurs assassins aux intĂ©rĂȘts divergents se trouvent Ă©galement dans le train et qu’ils sont tous intĂ©ressĂ©s par la mallette. Pour Coccinelle, le plus dur commence : parvenir Ă  descendre.

AprĂšs le succĂšs de John Wick, le duo d’anciens cascadeurs devenus rĂ©alisateurs Chad Stahelski et David Leitch se sĂ©parent. Le premier continue de diriger un Keanu Reeves flinguant le monde entier (le quatriĂšme opus sort en mars 2023) tandis que le second multiplie les projets avec pour seule ligne de conduite un cinĂ©ma d’action dĂ©sinhibĂ© oĂč on doit y avoir la punchline facile et un pĂšte au casque.

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On ne saurait dire si David Leitch est un sorcier vaudou ou si notre passion pour le plomb et la gaudriole au cinĂ©ma nous aveugle constamment, mais chacun de ses films s’annonce toujours comme une dĂ©licieuse promesse sur le papier (Atomic Blonde, Deadpool 2, Fast & Furious : Hobbs & Shaw) avant de se rendre compte que le rĂ©sultat final n’atteint, dans la douleur, qu’un tiers de son potentiel (Atomic Blonde, Deadpool 2, Fast & Furious : Hobbs & Shaw). DĂ©sillusion, frustration et surtout mĂ©moire de poisson rouge puisqu’on repart pour un tour, et avec envie en plus.

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Faut secouer, sinon la pulpe, elle reste en bas !

Bullet Train est un pur produit d’Hollywood de ces quinze derniĂšres annĂ©es avec toute la panoplie qui va avec. Une camĂ©ra qui joue sur le zoom pour l’effet comique, des digressions verbeuses qui parviennent Ă  camoufler que niveau sĂ©quences d’action, tout a Ă©tĂ© vu pendant la promotion du film, une bande-son pop pour le sens du dĂ©calage et des ralentis pour le style.

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Le long-mĂ©trage continue ainsi de prouver que David Leitch est plus un commercial qu’un rĂ©alisateur, parvenant Ă  nous vendre une contre-façon qui mĂ©lange tout le travail des copains en s’inspirant allĂ©grement des Tarantino, Gunn, Snyder, Rodriguez et tout ceux qui ont posĂ© les bases de la pop-culture cinĂ©matographique moderne. Une sorte de melting pot oĂč on a conservĂ© les idĂ©es, mais pas le talent puisque mĂȘme niveau baston, la mise en scĂšne clipesque de Leitch nous laisse penser que Stahelski Ă©tait le vrai chef d’orchestre de l’ancien duo (ce dont les opus suivants du Baba Yaga nous avaient dĂ©jĂ  convaincu en vĂ©ritĂ©).

Brad Train

Avant que vous nous traitiez de pisse-froid ou d’agents Ă  la solde du lobby du jean dĂ©lavĂ©, Bullet Train n’est pas un mĂ©trage ratĂ© pour autant. Et cela ne tient pas Ă  la prĂ©sence de Joey King dont chaque apparition agaçante semble crier « Regardez moi, je suis dans un film avec Brad Pitt ! Â», mais en celle de ses partenaires. En premier lieu, le duo Aaron Taylor-Johnson et Brian Tyree Henry monte Ă©tonnamment en puissance au fil des minutes et on finit par s’y attacher. Dans une pluie de stars, ils parviennent Ă  briller bien au-dessus de leurs camarades fantomatiques.

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Et puis il y a Coccinelle, mieux connu sous le nom de Brad Pitt. Est-ce que Bullet Train aurait la mĂȘme saveur sans sa tĂȘte d’affiche ? La rĂ©ponse est Ă©vidente. Brad joue le parfait looser qui s’amuse avec dĂ©lectation Ă  Ă©gratigner son statut de sex-symbol. Bob sur la tĂȘte, grosse lunettes, pacifiste, maladroit, un brin lĂąche et complĂštement Ă  cĂŽtĂ© de la plaque, Coccinelle est l’anti-hĂ©ros par excellence, celui qu’on ne remarque pas et qui se fait tuer minute une dans le scĂ©nario classique. Un rĂŽle de type ordinaire Ă  contre-emploi qui aurait pu devenir une Ă©pine dans le pied en le confiant Ă  une star dont le charisme n’est plus Ă  prouver, mais qui, au contraire, ne fait que dĂ©montrer, encore une fois, quel formidable acteur Brad Pitt est.

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Avec lui en tĂȘte de gondole, le film parvient Ă  faire son petit effet, notamment parce que l’entreprise ne semble pas dirigĂ©e par cynisme, mais par un gamin amoureux du cinĂ©ma d’action des annĂ©es 80-90 qui, mĂȘme s’il n’a pas le talent, a l’envie de nous divertir avec la plus grande dĂ©sinvolture. Si on accepte de mettre au placard tout ce qu’on a dĂ©jĂ  vu ailleurs (la fameuse mĂ©moire de poisson rouge) et qu’on prend quelques substances hallucinogĂšnes, Bullet Train s’apprĂ©cie comme le divertissement estival honnĂȘte et sans prĂ©tention dont on ne ressortira pas plus intelligents, mais qui ne nous aura, au moins, pas pris pour des idiots.

Notre avis

Bullet Train est un pot-au-feu de tout ce que la culture du divertissement hollywoodienne nous cuisine depuis des années. Ce n'est pas le plus indigeste, ce n'est pas le plus savoureux, mais il remplit l'estomac pendant cette période de régime estivale. Et s'il ne tient quasiment aucune de ses promesses, il a le mérite de nous offrir un Brad Pitt exalté. Et ça, c'est exaltant.

L'avis du Journal du Geek :

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