Pour adapter l’œuvre de Mark Greaney, Netflix a dépensé sans compter. Avec un budget conséquent de 200 millions de dollars, le N rouge s’est offert la crème de la crème pour produire un film de taille. Derrière la caméra, on retrouve les frères Russo venant prêter main-forte à la plateforme de streaming après quatre films notoires chez Marvel. Devant leur objectif, un casting cinq étoiles vient jouer espions, agents de la CIA et autres organisations américaines dans un scénario d’action explosif.
Avec Ryan Gosling dans le rôle de Sierra Six, un taulard embauché par la CIA pour faire le sale boulot de l’agence et Chris Evans en grand méchant, autant dire que Netflix tient ici un duo hors du commun (surtout après l’image de bon samaritain d’Evans chez Marvel). D’autres grands noms comme Ana de Armas (Blade Runner 2049), Alfre Woodart (Annabelle) ou encore René-Jean Page (La Chronique des Bridgerton) viennent offrir leur talent d’acteur dans ce film de chasse à l’homme sous couvert de corruption gouvernementale. Malheureusement, de bons acteurs ne suffisent pas à sauver une écriture bancale et les fondations de The Gray Man n’ont rien à envier à la tour de Pise.

De vives scènes d’action
Avant d’attaquer le film sur ses nombreux défauts, il convient de parler de ses atouts. Ou plutôt, de son atout, puisqu’il s’agit du seul point plutôt positif de l’ensemble proposé ici par Netflix. The Gray Man est un film d’action, et le public attend donc un véritable spectacle face à ce titre réalisé par des habitués du genre. Et de ce côté-là, l’œuvre des frères Russo réserve quelques bonnes surprises.
En effet, le parcours du personnage de Gosling est semé d’embûches, et celui-ci se retrouve alors dans des situations improbables. Assassinat sous le feu d’artifice du Nouvel An, garde du corps en plein babysitting ou encore arrestation d’un tramway fou dans les rues de Prague, le travail d’agent (très) secret offre sa dose d’adrénaline quotidienne. Le jeu de la caméra et les différentes transitions permettent des enchaînements plutôt satisfaisants et dignes du genre. Les effets spéciaux sont également corrects à l’habitude de ce que propose Netflix pour ce genre de projet.

Certains moments font d’ailleurs une très bonne utilisation du son et de l’environnement sonore global pour réussir à capter un peu plus l’attention des spectateurs et créer la surprise alors que l’action s’ensuit. Cependant, bien que ces scènes répondent à nos attentes en termes de spectacle, elles sont bien trop peu nombreuses pour que tout le monde ait sa dose. Les chorégraphies de combat sont également à déplorer, avec peu d’affrontements physiques générant suffisamment de tension. Le film souhaite offrir du grand spectacle mais peine à trouver un rythme correct et une densité suffisante.
The Gray Man a bien du mal à trouver le bon mélange entre orgie de napalm au petit matin et casse-tête bureaucratique. Si action ne doit pas essentiellement rimer avec explosion, il convient de trouver d’autres artifices pour éviter la somnolence. C’est sans doute là que réside le principal défaut de The Gray Man : une balance déséquilibrée entre divertissements pied au plancher et récit d’enquête lent. Résultat : gris rime trop souvent avec ennui.
Un scénario en demi-teinte
Certains diront qu’un film d’action n’a pas besoin d’un bon scénario pour être un exemple de son genre, et c’est bien vrai. On pourrait citer de nombreux métrages qui ont marqué les esprits, et dont les scénaristes ne méritent sans doute pas un Oscar. Malgré tout, une œuvre se doit de respecter un certain équilibre que The Gray Man n’arrive pas à trouver. Inégale et manquant cruellement de rythme, la narration convoque de nombreux schémas et poncifs du genre sans jamais réussir à faire éclore un divertissement suffisamment prenant. La faute sans doute à une volonté de la part de la plateforme de cocher toutes les cases du succès.

Les productions de Netflix ressemblent de plus en plus à des pêle-mêles d’inspiration diverse, les données d’un algorithme qui rassemble tous les vecteurs d’un succès commercial. Le N rouge nous a habitués à pire, on en ressort presque soulagé. Mais les enjeux du scénario adapté par Joe Russo ne suffisent pas à nous tenir en haleine. En effet, les constructions narratives sont tellement éculées qu’il est bien difficile de réellement s’inquiéter et s’émouvoir pour toute la galerie de personnages.
La structure du film pose également problème du côté de la cadence de narration. Une flopée de flashbacks tente de nous rapprocher du personnage de Ryan Gosling, mais même ces éléments de développement essentiels viennent déranger le rythme déjà vacillant du film. Le lien émotionnel avec le casting est plutôt faible, et ce manque flagrant d’enjeu aussi bien dans la narration que dans le rapport aux personnages fait défaut au blockbuster que The Gray Man souhaiterait être.
Jusque dans sa conclusion, le récit s’avère prévisible et ajoute sans cesse une nouvelle couche d’un malaise presque risible. Les scènes sérieuses perdent de leur force alors que les moments de répit tournent en rond.