Critique

[Critique] Ferdinand, le film d’animation de Noël ?

Cinéma

Par Mathieu le

L’Âge de glace a longtemps été le fer de lance des studios BlueSky et de la Fox en ce qui concerne l’animation. Après l’énorme succès de la saga portée par Manny, Diego et Sid au Box-Office (les épisodes 3 et 4 ont rapporté plus d’un milliard et demi de dollars dans le monde à eux deux), il était grand temps de réussir à se renouveler et apporter un peu de sang neuf. Eh quoi de mieux que de faire appel au réalisateur des trois premiers Âge de glace, mais aussi des deux films Rio et de Robots pour tenter de réussir un nouveau coup, dans l’ombre de Pixar et Disney. C’est avec cette idée bien précise qu’arrive Ferdinand, un taureau pas comme les autres qui compte bien vous faire déplacer dans les salles obscures à l’occasion des fêtes de Noël.

Une histoire et un message

Lorsque Ferdinand est venu au monde, un destin tout tracé l’attendait. Plus grand, il devait faire ses preuves et prouver à ses maîtres qu’il peut entrer dans l’arène afin de participer à la célèbre corrida. Mais ce taureau n’est pas comme les autres. Encore enfant, il voit son père partir combattre le torero, ne jamais en revenir et décide de fuir pour échapper à la fatalité. Ferdinand est alors recueilli par un père et sa petite fille dans une grande ferme où il apprend à vivre et à aimer dans un univers joyeux qui correspond parfaitement à son grand cœur. Jusqu’au jour où tout bascule…

Adaptée de l’histoire courte de Munro Leaf nommée « L’histoire de Ferdinand » (qui avait déjà fait l’objet d’une adaptation en 1938 par…Disney dans un court-métrage), la réalisation de Carlos Saldanha surprend. D’une part, le sujet qu’elle aborde est bien plus mature qu’il n’y parait et derrière les mille couleurs d’une Espagne joliment représentée se cachent des sujets plus graves et dans l’ère du temps. Ainsi, c’est bien la pertinence de la corrida et la cruauté faite envers les animaux qui ressort. Une volonté de prise de conscience émerge vis-à-vis de cet événement annuel qu’on peut voir en Espagne, mais aussi en France, et qui est aujourd’hui de plus en plus remis en cause, notamment à cause de son but final : la mise à mort du taureau. C’est avec cette idéologie constante qu’évolue Ferdinand, un animal aussi aimant qu’aimable, qui cache sous un physique imposant, une véritable volonté d’aimer ses congénères mais aussi les autres êtres qu’il rencontre. On le voit donc se lier d’une amitié profonde avec une chèvre, des hérissons mais aussi une petite fille pour qui il devient un compagnon de jeu et de vie. L’idée est donc de dé-diaboliser l’image que l’Homme peut avoir du taureau, un animal souvent symbolisé comme colérique et impulsif.

Quelques défaillances

Comme c’est souvent le cas avec les films d’animation qui mettent en vedette des animaux de notre quotidien, le but est de raconter une histoire tout en humanisant ses héros. Ferdinand y parvient plutôt bien même si tout est mis en scène et raconté avec un certain classicisme. Il n’y a pas vraiment de surprise de taille lorsqu’on regarde pour la première fois la réalisation de Carlos Saldanha qui aurait peut-être mérité des dialogues plus fins et des situations un poil plus drôles. Si la mise en scène est maîtrisée, on aurait ainsi apprécié plus de spectacle dans les situations qui sont présentées mais aussi dans l’histoire qui est contée. Ce qui est étrange, c’est qu’autant le sujet principal abordé par Ferdinand nous paraît mature, autant la légèreté avec laquelle le récit est raconté se destine aux plus jeunes. On est donc parfois un peu désarçonné, se demandant finalement si petits et grands y trouveront leur compte.

Bien heureusement, le film se rattrape avec ses personnages, tous réussis. On pense bien sûr à Ferdinand, doublé en version originale par le catcheur John Cena, qui nous séduit très vite par sa bonne humeur ambiante et son irrémédiable envie de découvrir le monde qui l’entoure. Lupe la chèvre ou ses collègues taureaux Valiente, Bones, Angus ou Guapo ont tous des personnalités distinctes qui apportent une âme au film. Même les chevaux, qui ont pour une fois un rôle discriminant, mené par Hans et son accent allemand, insufflent une certaine gaieté très communicative au long-métrage. Les trois hérissons, Un, Dos et Cuatro sont eux la fameuse carte humour du film mais sont malheureusement trop vite effacés et oubliables.

Techniquement, Ferdinand est en tout cas l’une des plus belles réalisations des studios BlueSky et notamment de Carlos Saldanha. Profitant de décors parfois somptueux et d’un Madrid fidèlement retranscrit, le film oscille, comme pour ses sujets, entre couleurs et noirceur. On constate ainsi d’un rapide coup d’œil les différences de traitement entre la ferme et ses plaines verdoyantes par rapport aux cages où sont enfermés nos amis taureaux. Un soin tout particulier a été apporté au character design des héros et, bien évidemment de Ferdinand qui profite de traits soignés et généreux. Si on note une certaine simplicité dans la modélisation globale des humains, gageons que l’objectif était surtout de réussir les animaux qui ont la part belle de l’aventure.

Conclusion

Ferdinand est un film d’animation très correct qui aurait néanmoins mérité un meilleur traitement, notamment dans sa mise en scène. S’il aborde un sujet sensible et étonnamment assez mature, le long-métrage ne s’y engouffre pas suffisamment et laisse quelque peu sur sa faim les adultes. Assez convenu et pas aussi drôle que les premiers épisodes de L’Âge de glace, il devrait plaire aux plus jeunes qui passeront malheureusement peut-être à côté de son vrai grand message en faveur des animaux et surtout des taureaux.