Critique

Critique : La Belle et la Bête

Cinéma

Par Elodie le

Disney recycle ses plus grands classiques et enchaine les films live. Après Le Livre de la jungle de Jon Favreau, auréolé de l’Oscar des meilleurs effets visuels, et avant Dumbo, Le Roi lion ou Aladdin (de Guy Ritchie), La Belle et la Bête signe son grand retour dans une comédie musicale orchestrée par Bill Condom (Dreamgirls, Mr. Holmes) et menée par Emma Watson, en Belle plus vraie que nature. Pari réussi ?

belle-bete-critique-disney
La Belle et la Bête – “L’histooooire éterneeeelle”

Depuis sa première version en 1899, La Belle et la Bête a eu droit à de multiples versions, dont l’une des plus récentes, librement inspirée du conte, mettait en scène Léa Seydoux et Vincent Cassel, pour un résultat largement décrié, mais fidèle à l’histoire originale. Aujourd’hui, Disney revisite l’un de ses dessins animés culte en live action donc, avec Emma Watson et Dan Stevens dans les rôles-titres. Autant le dire de suite : si vous avez aimé le dessin animé, vous avez peu de chance d’être déçu par cette mouture.

“Copier-coller” en live action

La Belle et la Bête version 2017 est un quasi parfait « copier/coller » du dessin animé. Tous les ingrédients ayant fait son succès sont au rendez-vous. Bien évidemment, quelques arrangements scénaristiques ont été opérés de-ci de-là, mais rien qui ne trahit véritablement l’œuvre de 1991 : de la photographie lumineuse tout de bleu et d’or, aux chansons entêtantes (ici en anglais, mais les paroles en français reviennent instinctivement à l’esprit), en passant par les décors, les habitants du château, qui bénéficient d’un casting vocal 5 étoiles (Kevin Kline, Ewan McGregor, Emma Thompson, Stanley Tucci, Ian McKelklen), etc.

Cette version apporte tout de même son lot de petits plaisirs. Le duo Gaston/Le Fou est à ce titre particulièrement savoureux. Le bellâtre Gaston est plus ego maniaque et vaniteux que jamais (sois loué Luke Evans) et son acolyte est certes moins loufoque (pour ne pas dire débile) et vil, mais finalement plus intéressant que la précédente version (parfait Josh Gad).

Un duo Gaston/Le Fou savoureux

josh-gad-luke-evans-gaston-le-fou-la-belle
Le Fou et Gaston

De la même manière, l’atmosphère lugubre et inquiétante de la forêt où s’enfonce le père de Belle, pisté par des loups, est très bien restituée : la photographie, et plus encore les décors d’orfèvres, sont une réussite : le château sous la neige, son intérieur hanté par ses anciens habitants, le village de Belle ou les objets vivants notamment – qui nous réservent certaines des meilleures scènes du film.

Bon, devons-nous vraiment évoquer LA polémique, ou le coup de com’ (au choix), autour du premier personnage ouvertement gay de Disney, Le Fou, interprété par Josh Gad ? Non. C’est une tempête dans un verre d’eau. Si le réalisateur ne l’avait pas évoqué, personne ne s’y serait attardé. On pourrait très bien penser qu’il idolâtre un peu trop Gaston. Point. Il n’y a que quelques secondes qui peuvent apparaitre explicites et encore, elles tiennent plus du comique qu’autre chose. Même chose avec l’un des villageois rhabillé par la commode et qui lui lance « Sois libre ! ».

belle-bete-critique-disney-

Une polémique survendue et inexistante

En revanche, évoquons Belle, qui justement refuse l’expression à laquelle tout le monde voudrait la cantonner : « Sois Belle et tais-toi ». On voit bien l’envie des scénaristes d’en faire une féministe douce et téméraire, mais ils préfèrent quand même l’exiler dans un château chaperonnée par un prince, car le village, inculte, la rejette.

Disney oblige et malgré une polémique somme toute très exagérée (le film a été interdit en Russie aux -16 ans et censuré en Malaisie), l’histoire reste très lisse, sans aspérité ou mystère. À l’exact opposé du chef-d’œuvre de Jean Cocteau (1946) dont je garde un souvenir empreint de magie, de tension (sexuelle ici pour le coup) et de poésie.

rose-belle-bete-critique-disney

Les costumes magnifiques de Jean Marais, les robes de princesse de Belle, l’ambiance mouvante et angoissante du château, et une certaine ambiguïté des sentiments, à l’instar du Peau d’âne de Jacques Demy. Bref, un film avec plusieurs niveaux de lecture qui ne racontait pas seulement, voire pas du tout, l’histoire d’amour entre une jeune femme fragile et un prince cupide devenu bête immonde, qui ne trouvera le salut que par l’amour de sa Belle.