Évidemment, il n’y a pas de bonne réponse à notre question d’en-tête. Déjà, parce que pour le prix d’une place de ciné dans un multiplexe, Il vaut mieux s’offrir un voyage d’une semaine à Barcelone que d’aller voir n’importe quel film. Ensuite, parce que si vous avez envie de vous faire votre propre avis sur Largo Winch : le prix de l’argent, ce n’est pas l’auteur de ses lignes qui vous empêchera de vous rendre en salles. Contrairement à un judoka de 120 kilos à qui vous devriez des sous.
Bref, on n’est pas payé à la ligne ici (oui, l’argent sera la thématique de cet article) donc parlons un peu de ce troisième volet qui se sera fait attendre – du moins pour les six fans de la licence, dont un qu’on connaît bien — puisque treize ans séparent l’opus précédent de celui-ci. Tout le monde a eu le temps de prendre de la bouteille, que ce soit Tomer Sisley dans des productions TF1 ou James Franco dans les couloirs des tribunaux. La fameuse cancel culture.
On est tous réunis ici pour assister à l’enlèvement de Noom, le fils de Largo. Recherchant désespérément celui-ci, notre héros doit faire face à une machination tentant de détruire le groupe W (pour la millième fois) et va devoir affronter les démons de son passé (pour la millième fois).
Largo Winch fait partie de ces très rares sagas qui ont davantage été appréciées par la presse que par le public, c’est peut-être ce qui explique cet écart entre le second et ce troisième épisode. Le temps de prendre du recul, de s’essayer à d’autres expériences (coucou Franco), et, surtout, de remplacer Jérôme Salle, réalisateur et scénaristes des deux premiers métrages, par Olivier Masset-Depasse au même poste.
Tomer ciselé
Heureusement, les fans peuvent se rassurer, si notre Largo Winch s’était vu comparé à un certain Jason Bourne en son temps par des critiques très amicales, son introduction, ici, prouve bien qu’il se veut toujours Bournable. Torse nu, abdos huilés et biceps tendus, Tomer Sisley nous fait une Matt Damon dans l’ultime opus consacré à l’espion plus trop amnésique douze ans plus tard. Et puisqu’on n’est pas à une coïncidence près, là où l’Américain Damon affrontait le Français Vincent Cassel, le français Tomer Sisley se coltine l’Américain James Franco. On ne dit pas que Largo Winch est Jason Bourne, juste qu’on n’a jamais vu les deux réunis dans une même pièce.

Le parallèle est flatteur (et ironique), mais on voulait surtout souligner que si notre Tomer Sisley n’a peut-être toujours pas trouvé l’identité de CopyComic, il tient la forme dans les scènes physiques. Au niveau de sa qualité de jeu, il faut admettre que, là aussi, il y a eu une amélioration, l’acteur parvenant à trouver la justesse et la subtilité sur des notes émotionnelles qui lui manquaient jusqu’alors. On ressent enfin le personnage touché par les événements là où la mort de son homme de confiance dans le second opus passait pour un simple jeudi.
Dans ses moments les plus défaillants, il peut compter sur un scénario qui lui laisse toute la latitude de briller en savonnant la planche des seconds rôles. Clotilde Hesme incarne un personnage fonctionnel dont l’attitude peut changer selon le vent de l’histoire. On aurait pu enlever le protagoniste incarné par Sharon Stone dans Largo Winch II sans que cela nuise à l’ensemble, l’actrice avait pour elle d’avoir l’attention de la caméra lorsqu’elle apparaissait. Ici, Hesme a bien un rôle à jouer, mais elle n’a aucune existence, aucune épaisseur, c’est un outil dont le film se sert et jette aussitôt. Un dédain représenté par des faux raccords visibles dès qu’il faut la reprendre en compte dans la mise en scène.

On passera rapidement sur Elise Tilloloy qui doit composer avec le cliché tendance hystérique de l’influenceuse / lanceuse d’alerte rebelle et juvénile dont l’intérêt est de poser Largo en héros protecteur de la jeunesse, altruiste, écologiste, et plein de qualificatifs qui font bien sur le C.V. Non, le seul capable d’exister au-delà de l’homme d’action milliardaire, c’est bien James Franco dont le magnétisme est intact malgré un temps d’exposition bien trop court. Il nous rappelle, ainsi, qu’il est dommage qu’un grand talent n’ait pas impliqué de grandes responsabilités et qu’il était le méchant dans Spider-Man.
Largo Wish
Mis bout à bout, cet ensemble d’éléments laisse entendre la suite de nos propos : malgré un changement à la caméra et à la plume, Largo Winch : le prix de l’argent ne sortira pas du lot au sein d’une trilogie qui n’a jamais particulièrement brillé. Les paysages sont jolis et on sent que Masset-Depasse à de l’envie en termes de séquences d’action chorégraphiées et de rythme, sauf qu’il est aussi mécanique dans son fond et dans sa forme que son prédécesseur.
La caméra va avoir tendance à abuser du gros plan, du montage épileptique là où le scénario va enfiler les lieux convenus, les grosses ficelles, les rebondissements paresseux. Largo Winch : le prix de l’argent n’est pas mieux ou pire que ses prédécesseurs, il se contente de faire la même chose comme s’ils trônaient déjà au sommet du thriller d’action à la française et, du coup, indépassables. Or, même les fans de la saga s’accorderont à dire que l’amplitude d’amélioration est particulièrement large.

C’est peut-être ce qui dérange le plus avec ce Largo Winch 3, cette sensation d’assister à un film correct du dimanche soir sur TF1, mais qui nous crie qu’il est autre chose. Une chose plus grande, plus ambitieuse, qui veut aller titiller des fleurons du genre outre-atlantique (la présence de Sharon Stone et James Franco dans la saga n’est pas anodine). Cette volonté perceptible alors qu’il n’a pas le talent de ses envies rend l’objet trop souvent comique malgré lui. À trop vouloir en faire, Le Prix de l’argent n’arrive pas à trouver sa propre énergie, son identité.
Là encore, un reproche qui pouvait être fait à ses aînés. Alors on en est là, Largo Winch est maintenant une trilogie et son succès pourrait même lui valoir un quatrième opus. Sauf que, hormis pour les six fans de la licence dont un qu’on connaît bien, cette trilogie aura échoué à rentrer dans les mémoires. De sorte que si un reboot se préparait dans une poignée d’années, on parie que peu y trouverons à redire. À l’avenir de nous donner tort ou raison.