9 septembre 2021. Le Playstation Showcase touche presque à sa fin, quand Insomniac Games décide de nous propulser, le temps de 44 secondes, dans un bar. Ce dernier a été transformé en champ de bataille. Un homme peine à se relever, sort un couteau et s’approche tout doucement d’un autre, assis au bar. Gros plan sur les mains de ce dernier, d’où jaillissent des griffes en adamantium. Voilà comment Playstation a choisi d’annoncer l’arrivée de Wolverine, l’un des super-héros les plus populaires de la maison Marvel Comics. Et l’un des plus populaires tout court, aussi.
Il aura donc fallu cinq ans pour que Logan débarque enfin sur Playstation 5 et Playstation 5 Pro après cette annonce, avec toute l’attente que ce laps de temps conséquent a généré depuis. Après avoir passé deux heures jugées excellentes et prometteuses dans les locaux du bureau français de Playstation, il était temps de rentrer dans le vif du sujet et de tailler une critique digne de ce nom d’un jeu qui doit non seulement convaincre pour ce qu’il est mais aussi s’affirmer aux côtés de la saga Spider-Man du même studio. Double examen de passage loin d’être facile sur le papier. Et dans la pratique ?
Je suis Logan de toi
Alors que Marvel 1943 : Rise of Hydra ne donne plus trop signe de vie et mise sur 2027 pour, enfin, montrer le bout de son nez, Wolverine s’inscrit dans une lignée de jeux plutôt flatteuse pour les super-héros. La saga Batman Arkham et Spider-Man ont donc installé un standard de qualité, aussi bien technique que graphique, que le membre le plus populaire des X-Men se doit de suivre, quoi qu’il en coûte. Sur le plan visuel, le bourru Logan de Marvel’s Wolverine est d’une fidélité exemplaire au personnage de comics qu’il est censé sublimer dans le jeu.

Contrairement aux films, le mutant est bien petit et costaud, un changement de taille qui est très clair, par rapport à la grandeur de certains ennemis ou des autres protagonistes que Logan va rencontrer tout au long de son périple. Sa coupe de cheveux légendaire est bien présente et il présente une quantité de poils abondante sur le torse, les épaules, les bras et le dos. Le réalisme est également poussé dans d’autres détails.
Un animal, un vrai
Logan n’a pas seulement un look animal, il en a aussi le comportement, ce qu’il affirme très vite. Le jeu multiplie les phases de saut de plateforme, ce qui permet au personnage de montrer toute l’étendue de sa palette de mouvements. Il peut s’agripper (presque) partout et à n’importe quelle paroi et surface. Il se déplace parfois à quatre pattes, peut bondir d’une plateforme à une autre, réalise des bonds griffes en avant, peut glisser le long de câbles à la manière d’une tyrolienne, se balancer de tuyaux en tuyaux, quand il ne grimpe pas directement le long de ces derniers ou d’un mur avec des prises pour ses griffes.

On pourrait regretter un manque de liberté dans le dernier cas et le fait, donc, de ne pas pouvoir planter réellement ses griffes où on veut et là où on veut mais la mise en scène est suffisamment bien faite pour pallier cet aspect dirigiste du jeu. Wolverine grogne et hurle très souvent, autant après avoir déclenché une attaque spéciale qu’après avoir fait recours à son facteur auto guérisseur, élément sur lequel on reviendra bien sûr.
Une mise en scène qui ne déçoit jamais. Au contraire
Réaliste dans son attitude, Logan l’est également au niveau de son environnement. Les décors du jeu sont vraiment très beaux, avec un travail sur l’ombre et la lumière particulièrement bluffant. C’est bien simple, on a pu jouer au jeu dans les deux formats, Playstation 5 et Playstation 5 Pro et ceux qui ne détiennent pas la console la plus puissante des deux ne seront franchement pas lésés. Marvel’s Wolverine est magnifique en tout point, ce que l’on vous disait déjà lors de notre preview d’ailleurs. Mais si les reflets sont particulièrement magnifiques, si les cinématiques et les phases in game ne souffrent d’aucune perte visuelle, grâce à une transition des plus fluides entre les deux, c’est certainement sur les visages que le jeu est le plus bluffant.

Liam McIntyre, que l’on a vu notamment dans la série Spartacus, prête magnifiquement ses traits à Logan. Les mimiques de son visage, les rictus, les émotions transmises sont d’une qualité folle et cette qualité est partagée pour tous les autres personnages que Logan sera amené à rencontrer. Les dialogues n’en prennent que plus de valeur, les cinématiques plus de force et l’ensemble nous offre une mise en scène incroyable, preuve qu’Insomniac Games mange bien à la même table que Naughty Dog (The Last of Us) ou Santa Monica Studio (God of War) en matière d’immersion et de pouvoir narratif. Justement, l’histoire proposée par Marvel’s Wolverine se détache de celle que l’on connaît dans les comics ou dans les films, sans pour autant renier certains aspects de l’un et de l’autre. Ici, Logan évolue dans un univers dans lequel les X-Men n’existent pas. Les mutants ne sont pas safe pour autant.
Une histoire surprenante, qui mélange gentils d’hier et méchants de demain
Un certain Bolivar Trask, dont le nom ne peut vous être inconnu si vous avez suivi les films de feu la Fox et plus précisément Days of The Future Past, leur en veut et a conçu le programme Sentinelles pour les éradiquer. Trask et ses méchantes machines de combat, c’est la partie la plus reliée à l’univers des X-Men tels qu’on les connaît. Mais en l’absence de ces derniers, c’est une autre équipe, la Team X, qui est chargée de défendre les mutants.

Celle-ci est composée de méchants héréditaires des X-Men ou de personnages amenés à évoluer dans les deux camps, comme Mystique, Dents de Sabre et le plus surprenant de tous, Nathaniel Essex. Si ce nom ne vous dit rien – il s’agirait de vous mettre sacrément à jour quand même – il ne s’agit d’autre que de Mister Sinister, un méchant iconique des X-Men. Présent dans la série animée X-Men 92 et X-Men 97, Essex n’a encore jamais eu les joies d’une apparition en live action. L’erreur sera prochainement réglée puisqu’Adam Driver a été casté pour l’incarner dans le futur film X-Men, réalisé par Jake Schreier (Thunderbolts).

On ne vous spoilera rien, mais la présence de ces personnages va engendrer un certain nombre de rebondissements, plutôt bien vus pour notre part, compte tenu du contexte choisi comme point de départ. Logan est toujours amnésique, il ignore toujours tout de son passé et le jeu va évidemment s’évertuer à le lui rappeler, aussi bien à travers la trame principale que l’on va suivre, des souvenirs que ce dernier va devoir affronter. La mécanique est intéressante. Appelée Cauchemars, elle consiste à proposer des défis au joueur, comme battre un certain nombre d’ennemis ou finir un niveau dans un temps imparti, pour ensuite débloquer des fragments du passé de Logan. Ces quêtes secondaires peuvent toutes se réaliser une fois l’histoire finie et viennent apporter, au mieux, un souffle au déroulement principal du jeu, sinon un prétexte à la rejouabilité.
Jean Grey, l’autre superstar du jeu
Les interactions avec les autres personnages sont plutôt bien pensés même si elles ne tournent, finalement, qu’autour d’un seul autre mutant : Jean Grey. Le jeu se concentre majoritairement sur la relation entre Logan et elle et s’inscrit en ça dans la droite lignée des produits X-Men que nous connaissons. On ressent la tension sexuelle entre les deux et le lien particulier qui les unira par la suite, et cela se traduit lors des phases de combat par des combos avec un finish à deux ou à une aide précieuse de Jean pour favoriser la progression de Logan dans un niveau.

L’usage des griffes en adamantium est particulièrement réussi. Le côté fan service est poussé à fond, puisque Logan pourra sortir et rétracter ses griffes quand on le souhaite, les enflammer au contact du feu ou encore changer de type de griffes aussi, ce qui va nous permettre d’arborer celles en os – qu’il déploie dans les comics une fois que Magnéto a arraché son squelette en adamantium – ou d’autres qu’on vous laisse le soin de découvrir et de débloquer. Les tenues de Logan épousent la même logique, avec tout un dressing à découvrir, rempli de vêtements et de looks cultes du personnage, comme celui du Projet X, le costume marron des années 90 et j’en passe. Bref, tout y est et tout se débloque assez facilement au cours de l’histoire.
Classique dans son approche, comme dans son exécution
Il en va de même pour les compétences de Wolverine. Si le personnage qu’on incarne au début du jeu est puissant, il n’a pas encore libéré toute sa furie meurtrière. On va pouvoir déclencher quatre attaques spéciales, que l’on aura le soin de débloquer et de choisir, puis d’améliorer ces mouvements spéciaux au fur et à mesure, afin de diminuer leur cooldown et de les rendre les plus efficaces possibles. On pourra aussi modifier la génétique de Logan, pour le rendre plus fort selon notre façon de jouer, à savoir agressive ou plutôt passive, avec un penchant pour l’infiltration.

Tout cela repose sur des mécaniques vues et revues, tout cela est classique au possible mais c’est finalement là l’ambition d’Insomniac Games avec le personnage : contrairement à Spider-Man, l’idée ici est d’offrir une expérience à l’ancienne, dirigiste et couloir mais avec un potentiel immersif intéressant et une écriture particulièrement travaillée. En cela, rien à dire, le pari est grandement réussi. D’autant qu’on voyage pas mal dans le jeu. Tokyo, le Canada, Madripoor, les lieux d’action sont plutôt nombreux et variés, au point de faire oublier l’absence d’un monde véritablement ouvert ?
Tout n’est pas taillable et c’est (bien) dommage
Oui et non. Dans chacun des lieux cités, Wolverine se déplace dans un environnement avec des zones semi-ouvertes. Cette ouverture n’est finalement prétexte qu’à une chose : flairer les bouteilles de whisky dont raffole Logan – nécessaires pour finir le jeu à 100 % – débloquer la route des Cauchemars de tel ou tel chapitre et récupérer les caisses de matériaux, qui vont vous permettre d’acheter certains costumes, ceux que vous n’aurez pas besoin de débloquer.

Dans ces zones, Logan peut presque tout tailler et c’est là que se pose un premier problème : la cohérence des éléments destructibles à l’écran. Il n’y en a pas. On peut trancher des palettes, des murs, des portières mais pas la voiture dans son entièreté. Certains éléments sont forcément destructibles pour le besoin de l’histoire, alors que d’autres, similaires, ne le sont pas. On chipote peut-être mais vu le plaisir qu’on a à bondir partout avec le personnage et à couper tout ce qui bouge, il y a quand même une certaine frustration qui se dégage.
Wolverine peut mourir oui. Et sa régénération est bien pensée
On se demande parfois pourquoi Insomniac a fait le choix d’un jeu couloir et la minute d’après, on est rattrapé par la puissance de la mise en scène. Un élément pouvait aussi être problématique : le fait que Wolverine puisse mourir. Dans les comics, seule une altération de son facteur auto guérisseur peut mettre fin à ses jours. Là, il était évident qu’il fallait trouver une toute autre mécanique pour rendre le mutant moins immortel. Logan peut donc passer l’arme (ou la griffe) à gauche si son facteur auto guérisseur ne se déclenche pas.

Pour que ce dernier puisse être activé, il faut avoir mis Wolverine dans un certain état de rage. Une fois atteint le tiers 2, Logan peut se régénérer s’il tombe au combat. Une fois le tiers 3 atteint, l’écran devient gris et le sang, qui coulait déjà à flot, peut littéralement jaillir en geyser. Wolverine peut alors abattre ses ennemis en un coup, offrant à nos rétines des finish move particulièrement bien sanglants. Le jeu est gore, on le savait avant de s’y plonger mais Marvel’s Wolverine est avant tout un immense défouloir, dans lequel trancher de l’ennemi a rarement été aussi jouissif.
Jouissif oui. Répétitif ? Dans certains cas
Le jeu n’est pas pour autant un one-man show constant de Logan pour autant. Les ennemis ont du répondant, certains sont équipés pour lui faire mal et bien mal et la réussite des combats repose sur un savant équilibre entre attaque de mêlée, esquive et parade. Enfoncer une épée dans le ventre de son ennemi après se l’être arraché du torse, couper un bras ou une jambe, ou taillader de rage le plexus d’un adversaire, voilà autant de mouvements stylisés, travaillés et agréables que nous propose Wolverine au menu. Seule la décapitation manque au programme, mais honnêtement, ce que le jeu nous propose est bien suffisant comme ça. Suffisant pour être l’un des jeux de la rentrée et l’un des jeux de cette année 2026 ?

Honnêtement, pour nous, oui. Tout d’abord parce que Marvel’s Wolverine est efficace dans ce qu’il propose. Oui, quand on voit Wolvie bondir d’un ennemi à un autre ou de toit en toit, on regrette que le jeu n’ait pas adopté le format du monde ouvert. Mais d’autres grandes licences (Uncharted, The Last of Us, God of War) ne le sont pas. La différence, c’est que leurs zones semi-ouvertes sont un peu plus conséquentes.
Le jeu est agréable à prendre en main, facile et jouissif et on n’en attendait pas moins de la part d’un produit centré sur un personnage aussi furieux dans son expression. Est-ce que le jeu est répétitif pour autant ? Oui et non. L’arbre de compétences permet de débloquer de nombreuses mécaniques intéressantes à utiliser, comme la vrille avec les griffes, durant laquelle Logan tourne sur lui-même et tranche tout ce qui bouge.
Des boss intéressants à rencontrer, moins à jouer
On peut renforcer la résistance de son squelette en adamantium, balancer un coup de genou pour casser, et la distance et la garde d’un ennemi, tout en servant d’ouverture pour un combo. Non, là où pêche principalement Marvel’s Wolverine, c’est dans certains grands moments et par moments, on pense aux combats de boss. Si les méchants affrontés sont vraiment incroyables et réussis, comme la Sentinelle Géante, on ne peut que constater que les affrontements contre ces derniers sont longs, très longs. Et c’est là où la répétitivité du jeu se fait sentir et ce, à vitesse grand V.

On aurait aimé des patterns plus variés pour les méchants, qui font alors plutôt office de sacs à PV et moins d’une adversité vraiment intéressante à défier. Le jeu se rate aussi sur les phases en véhicule et notamment celle à moto qui n’est pas particulièrement sympa, en termes de ressenti, à jouer. La caméra a elle aussi envie de se battre et de trancher tout ce qui bouge par moments, tant elle a du mal à nous accompagner sur certaines phases d’action. Et, finalement, c’est dans son atout le plus fort, l’histoire et la fidélité au personnage, que Marvel’s Wolverine perd quelques points précieux.
Une histoire bourré de réfs et qui en fait un peu trop par moments
A vouloir s’écarter du terreau de base – Wolverine et les X-Men – pour raconter une histoire indépendante mais bourrée de clins d’oeil aux produits existants (films, comics, séries animées), le jeu se perd en chemin et nous perd aussi. On apprécie les références comme la Team X, que l’on voit dans le film X-Men Origins : Wolverine ou dans la série X-Men 97, les Sentinelles et Trask, mais le reste, qu’on ne peut citer sans vous spoiler sacrément le jeu, s’entremêle d’une façon un peu bizarre. Autant le dire tout de suite, on a voulu faire entrer beaucoup trop d’éléments et parfois au chausse-pied, surtout dans le final.

Ce qui nous est proposé au menu est cool, ce n’est pas le propos, mais pas toujours digeste. Ceux qui connaissent l’histoire de Logan ne seront pas perdus mais plutôt amusés de voir comment les développeurs ont choisi d’intégrer certains éléments connus et moins connus dans leur intrigue. En revanche, pour les non-initiés, cela risque de faire beaucoup de choses à assimiler, d’autant que ce ne sont pas toujours les éléments les plus mainstream du personnage qui sont mis en avant. D’ailleurs, restez bien jusqu’à la fin. Comme tout bon produit Marvel, oui, il y a une scène post-générique et elle vaut le coup.