Critique

[Critique] La Mémoire Assassine : Le retour du bon vieux thriller coréen ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Lauréat du prix du Jury à Beaune, La Mémoire Assassine se présente comme un thriller dans la lignée de Memories of Murder et J’ai rencontré le Diable. Mais fait-il hommage à son glorieux héritage ?

Nul besoin d’être cinéphile reconnaître la Corée du Sud comme une grande terre de cinéma. Et si une bonne partie de la production reste confidentielle dans l’hexagone, l’aura qui entoure certains grands succès comme Old Boy ou Memories of Murder a permis de créer un véritable engouement au fil du temps. Tant et si bien que le pays du Matin calme est rapidement devenu une marque de fabrique du film de genre, érigeant Park Chan-Wook, Na Hong-Jin ou Bong Joon-ho en apôtre du polar asiatique.

La Mémoire Assassine ne renie d’ailleurs pas ses influences. Il n’est donc pas étonnant de retrouver Jo-Yun Hwang, scénariste de Old Boy, aux commandes de l’histoire. Comme souvent, la relative simplicité du postulat de base laisse rapidement lieu à une narration délicieusement tortueuse.

Byung-su est un ancien tueur en série rongé par la maladie d’Alzheimer. Alors qu’un serial killer s’attaque aux jeunes femmes de la région, il émet rapidement des doutes sur le petit ami de sa fille unique. Conscient de son trouble, il s’interroge également sur sa propre implication dans ces meurtres. Il décide alors d’enregistrer ses avancées sur un dictaphone.

Bien qu’il conserve une forme de déférence quant aux maitres du genre, Won Shin-Yun livre une mise en scène très propre, dont les quelques audaces servent toujours le scénario. On pense notamment à la triple vision d’un même accident de voiture, qui se complète comme un puzzle dans le récit. Les tons sombres dominent, laissant entrevoir une Corée semi-industrialisée à mille lieues de Séoul. Seule une belle forêt de bambous, d’ailleurs fertile en mystères, détonne au milieu de la grisaille généralisée.

Tout en prenant du plaisir, les amateurs de ce genre de production se sentiront en terrain connu pendant la première heure. Avec la même habileté que ses ainés, le long-métrage arrive à jongler entre les genres tout en gardant son sérieux. Un numéro d’équilibriste qu’il est rare de retrouver en occident.

Et si le film a une tendance à cocher un peu trop sagement les cases du thriller coréen réussi, notamment dans sa description d’une police incapable, il se permet quelques fantaisies humoristiques qui font retomber la pression. Des personnages comme un prof de poésie déluré ou une cougar en mal d’affection traversent le film comme des bulles d’oxygène au milieu de la noirceur ambiante. Elles semblent même irréelles pour Byung-Su, qui se met à douter de tout.

Il faut à ce sujet noter la très belle prestation de Seol Kyeong-gu, qui porte littéralement le film. Grimé en vieil homme, il arrive à jouer avec une belle palette d’émotion, faisant passer le spectateur de l’empathie à l’inquiétude.

Épaulé par des seconds rôles convaincants, il arrive bien à faire transparaître le sentiment de perte de repères induit par la maladie. C’est la grande réussite du film. La pitié qu’il inspire fait oublier ses crimes passés et jette sans cesse un flou sur le véritable coupable.

Forcé de faire avancer son récit, le réalisateur met rapidement en place un diabolique jeu du chat et de la souris, laissant penser qu’un autre tueur se sert de sa maladie pour commettre ses méfaits. Sans trop en dévoiler, cette idée insuffle un rythme effréné à l’histoire, mais Won Shin-Yun, trop gourmand, l’a fait traîner en longueur.

Au lieu de finir sur un coup d’éclat, il relance sans cesse le même twist, ce qui a tendance à ternir l’intensité globale du film. Un défaut qui suit l’oeuvre jusque dans ses derniers instants. Mais on ne lui en tiendra pas trop rigueur, tant on a aimé se faire mener par le bout du nez.

Le film est disponible en exclusivité sur le site e-cinema.com. L’abonnement coûte 5,99 euros pour profiter de l’intégralité du catalogue.

Notre avis

La Mémoire Assassine fait honneur au glorieux héritage des meilleurs polars coréens. Sa mise en scène efficace et son scénario retors lui permettent de tenir le spectateur en haleine pendant la majorité du récit. C’est aussi l’occasion de découvrir un acteur chevronné (Seol Kyeong-gu), dont la prestation impressionne. Une dernière demi-heure assez artificielle et un gout immodéré pour le twist l’empêchent de se comparer aux chefs-d’œuvre du genre, mais on est bien loin de bouder notre plaisir.

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