Critique

[Critique] Passengers : Ennui à bord ?

Cinéma

Par Henri le

Alors que Denis Villeneuve a séduit la presse et les spectateurs avec Premier Contact (notre critique), Morten Tyldum s’essaye lui au voyage interstellaire pour les fêtes de fin d’année. Mais en vaut-il la chandelle ?

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La fin de l’année 2016 est propice à la science-fiction comme le souligne la sortie simultanée de Premier Contact et Passengers. Le premier a réussi à se démarquer grâce à un récit original et une photographie superbe, mais Passengers est pour l’instant resté relativement discret malgré ses 110 millions de dollars de budget. Un constat étonnant puisqu’il rassemble Jennifer Lawrence et Chris Pratt, qui font partie des acteurs les plus bankables du moment, mais aussi le réalisateur Morten Tyldum découvert en 2015 grâce à son solide Imitation Game (la critique). Ce silence spatial avait donc de quoi inquiéter.

Le récit laisse pourtant le choix des armes aux scénaristes, en mêlant romance et aventure. Endormis avec 5000 autres passagers dans un vaisseau en direction d’une planète lointaine, un homme et une femme se réveillent 90 ans trop tôt. Conscient qu’ils n’atteindront jamais l’endroit paradisiaque qu’on leur a promis, ils apprennent à se connaitre et à s’apprécier. Mais leur idylle naissante va être bouleversée par les dysfonctionnements majeurs de la station, qui mettent en péril la vie de l’ensemble de l’équipage.

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Sur près de deux heures, Tyldum va ainsi osciller entre comédie romantique et film d’aventure sans jamais choisir sur quel pied danser. Cette frilosité à véritablement ancrer le récit le pousse à enchaîner les événements de manière mécanique. L’élément perturbateur amenant au réveil de Jim (Chris Pratt) est assez difficile à comprendre, tout comme son errance dans le vaisseau. Ce dernier bénéficie en revanche d’une belle direction artistique, et rend un hommage appuyé à l’oeuvre de Kubrick (2001, l’odyssée de l’espace pour la structure, Shining pour le bar…)

Comme Ridley Scott dans le récent The Martian, le réalisateur à du mal à donner du sens au temps. Réveillé avant Aurora, Jim s’occupe comme il peut, mais le montage ne fait jamais ressentir la terrible épreuve physique et surtout psychologique qu’il est censé traverser. Au lieu de poser des questions fondamentales sur la patience et la solitude, Pratt se contente de boire et de se laisser pousser la barbe, un grand classique de la narration visuelle. Un manque de profondeur dommageable, alors que l’épreuve aurait pu donner une tout autre dimension à la rencontre des deux acteurs.

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Cette dernière donne une nouvelle tournure au récit, mais ici encore, tout va trop vite. Inévitablement attirés l’un par l’autre, les deux acteurs transforment un tiers du film en une comédie romantique qui n’avait pas besoin de se dérouler à des millions de kilomètres de la Terre. On aurait aimé croire à ses nouveaux Adam et Eve, mais les dialogues sonnent creux. Ironie du sort, c’est l’androïde qui fait office de barman (incarné par un Michael Sheen plutôt inspiré) qui s’en sort le mieux.

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Qu’on l’apprécie ou non, Jennifer Lawrence supplante largement son partenaire, qui manque de charisme, mais surtout de caractère. La bonhommie de Pratt sied peut-être parfaitement à Jurassic World ou Les Gardiens de la Galaxie, mais Passengers requerrait un peu plus qu’un sympathique ersatz de Bob le bricoleur. Jennifer Lawrence ne réitère pas non plus les performances d’Hapiness Therapy ou de Joy. Mais c’est sans doute car son personnage, dont l’objectif initial est difficilement concevable, manque avant tout de profondeur.

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Tyldum tente d’insuffler du rythme au récit en insérant quelques scènes d’action bien pensées. Son académisme appuyé (déjà remarqué dans Imitation Game) permet de profiter de certains tableaux intéressants. On pense notamment à une scène de perte de gravité, qui transforme un élément anodin en piège mortel. Comme le reste du film, ces moments liés à la perte de contrôle de la station ont du mal à trouver des explications plausibles. Le spectateur reste confus, malgré l’intensité visuelle de la dernière demi-heure.

Le script de Passengers donnait matière à réaliser plusieurs bons films de genre. En voulant tous les faire à la fois, Morten Tyldum se perd rapidement en route. Le duo Lawrence/Pratt manque clairement de profondeur et a du mal à créer l’empathie. Au lieu de se focaliser pleinement sur un sentiment comme la solitude ou l’amour, le film tente un numéro d’équilibriste pour finalement rester dans les poncifs de la production hollywoodienne. Le résultat manque clairement d’originalité, surtout face à la concurrence actuelle. Aussitôt vu, aussitôt oublié.