Critique

[Critique] Assassin’s Creed

Cinéma

Par Pierre le

Après Warcraft, 2016 se dote d’un deuxième blockbuster adapté d’une célèbre licence de jeu vidéo. Malheureusement, le long-métrage de Justin Kurzel parlera aux fans mais beaucoup moins aux autres.

6

L’accent est mis sur 2016

Assassin’s Creed met en scène Callum Lynch (Michael Fassbender), un condamné à mort qui se voit offrir une deuxième chance par la société Abstergo. Néanmoins, cette rédemption n’est pas gratuite, puisqu’en échange, Callum doit utiliser l’animus, machine lui permettant de revivre les souvenirs de ses ancêtres. Il doit ainsi se plonger dans la vie d’Aguilar, assassin espagnol pendant la prise de Grenade en 1492, pour localiser un objet mystérieux nommé la Pomme d’Eden.

La méta-histoire, c’est à dire la partie du scénario se déroulant dans le présent, a toujours été le point faible narratif de la saga vidéoludique Assassin’s Creed. Et les trois scénaristes (Lesslie, Cooper et Collage) ont fait le choix de l’exploiter dans le film ; l’exploiter pleinement, même, puisque plus des trois quarts de l’histoire se déroulent dans le présent. Et c’est dommage. Les scènes se déroulant dans le passé sont en effet les meilleures du film. Malheureusement, elles se montrent trop peu nombreuses.

Les scènes dans le passé sont les plus intéressantes
Les scènes dans le passé sont les plus intéressantes

Bon point pour le film, il respecte presque religieusement l’esthétique de la licence , que ce soit dans les locaux épurés d’Abstergo ou dans les rues espagnoles de la fin du moyen-âge. Il est d’ailleurs amusant de retrouver des gimmicks du jeu dans certaines scènes, comme les bâtiments aux prises évidentes pour le parkour ou les bottes de foin salvatrices. Les jeux ont pour habitude de nous plonger entièrement dans les époques qu’ils mettent en scène, en reproduisant les villes, le contexte, mettant en scène des personnages historiques…

Malheureusement, le film oublie complètement cet aspect, se contentant d’une histoire basique où l’époque importe peu. Si le film avait choisi un contexte historique autre, cela n’aurait pas fondamentalement changé le produit final. Dommage, car la prise de Grenade est un événement majeur de l’histoire occidentale qui devient ici un terrain de jeu désincarné.

Le personnage de Marion Cotillard pourrait être intéressant, mais manque d'épaisseur
Le personnage de Marion Cotillard pourrait être intéressant, mais manque d’épaisseur

Manque de sobriété

Mais le plus gros défaut du film, c’est bien sa mise en scène épileptique et décousue. Assassin’s Creed est le genre de film qui manque cruellement de sobriété, n’hésitant jamais à en faire trop dans les plans censés nous impressionner (en utilisant une 3D un peu grossière), dans les cascades improbables dignes de la prélogie Star Wars ou même dans la mise en scène épileptique. On aurait aimé que Kurzel pose un peu la caméra, nous fasse sentir l’ambiance de l’Inquisition au lieu de se focaliser uniquement sur l’action.

Les dialogues se montrent plats
Les dialogues se montrent plats

Un scénario à la ramasse

Le scénario se laisse suivre dans une relative indifférence, la faute à un manque de montée en puissance. Les sous-intrigues ne débouchent sur rien – voire terminent dans une impasse -, les relations entre les personnages sont survolées, si ce n’est les personnages eux-mêmes. Difficile de s’attacher à Callum, trop lisse, à Aguilar, trop peu exploité, ou même à la scientifique incarnée par Marion Cotillard, disposant pourtant d’un potentiel intéressant. Bref, le spectateur assiste à la mise en place d’un univers, mais vidé de sa substance et de ses enjeux. Ajoutez à cela des acteurs peu impliqués pour donner une impression d’inachevé.

Les relations entre les personnages sont trop pauvres
Les relations entre les personnages sont inexistantes

L’assassin manque sa cible

Passant à côté de son sujet, Assassin’s Creed arrive à adapter l’univers des jeux avec respect mais manque de caractère pour aller au-delà. Dommage !