Passer au contenu

Critique Pluribus : le créateur de Breaking Bad rend-il encore tout le monde heureux ?

Bien qu’il soit mondialement renommé pour Breaking Bad ou Better Call Saul, Vince Gilligan a longtemps oeuvré sur X-Files. Il tente aujourd’hui un retour à la science-fiction avec Pluribus, nouvelle série Apple TV.

La personne la plus misérable de la Terre doit sauver le monde du bonheur. Voici comment se résume elle-même Plur1bus, écrit Pluribus, la nouvelle série de science-fiction d’Apple TV. Une curiosité que l’on doit à Vince Gilligan, dont le nom sert de déclencheur à orgasmes à beaucoup de sériephiles après avoir signé l’une des plus grandes séries de son temps, puis son spin-off : Breaking Bad et Better Call Saul.

Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’il a fait ses armes sur un petit show de science-fiction trop méconnu : X-Files. Bref, le CV du bonhomme nous impose de jeter un œil gourmand sur son nouveau bébé. D’autant que la plateforme de streaming cumule déjà pas mal de pépites du genre comme For All Mankind, Severance, Silo, et on en passe.

Critique Pluribus : le créateur de Breaking Bad rend-il encore tout le monde heureux ?
© Apple TV

Carol Sturka (Rhea Seehorn, Better Call Saul) est la romancière d’une saga romantique particulièrement blasée, malgré le soutien de sa femme et agent. Soudain, un mystérieux virus transforme tous les individus de la Terre en une seule conscience collective. Tous, sauf Carol, étrangement immunisée. Et alors que cette « ruche » semble ne souhaiter que le bonheur de l’humanité, l’autrice va se mettre en quête d’un remède.

Pluribus se raconte énormément…

Si Pluribus débarque maintenant sur Apple TV, la série existe depuis bien longtemps dans la tête de son créateur. Celui qui cherchait jusqu’alors à éviter de retomber dans de la science-fiction avant de se rendre à l’évidence, la vérité n’était pas ailleurs pour raconter une telle histoire. Une histoire presque personnelle puisque de son propre aveu, le personnage de Carol ressemble plus à Gilligan qu’il n’y paraît. Lui qui se décrit comme une personne négative se forçant au paraître pour pouvoir apprécier le sourire des autres. Pluribus est-elle une forme de thérapie où le showrunner mettrait en scène son propre sentiment d’exclusion face à un optimisme populaire ?

Thérapie est le mot clé de ce show puisque malgré son genre, l’humain reste au cœur du sujet. Carol a un but, celui de rendre son individualité à l’humanité. Mais surtout, Carol souffre. Au long des sept épisodes mis à disposition (sur les neuf qui composent la saison), c’est un portrait fort en misérabilisme qui nous est présenté. Dépression, chagrin, deuil, marchandage, ennui, alcoolisme… le reste du monde semblant être débarrassé de tous ces maux, Carol paraît en avoir hérité. Pluribus se penche sur le sentiment de solitude, d’isolement, qu’il soit volontaire ou non. Carol n’a pas eu droit au bonheur, elle ne le veut pas, elle le rejette, pour ne pas perdre ce qu’elle est. Du dramatique ? Il y en a.

Critique Pluribus : le créateur de Breaking Bad rend-il encore tout le monde heureux ?
© Apple TV

Vince a beau être Gilligan, il n’évitera pas les mêmes soucis que beaucoup de ses confrères ces derniers mois / années : celui d’avoir imaginé un monde que depuis la réalité a rattrapé. Dans son idée d’une conscience collective toujours affable, serviable, sans jugement ni ironie, on peut facilement y voir une vision de l’IA telle qu’elle se présente de nos jours. Et ce que cela donnerait si demain, cette même intelligence artificielle dirigeait nos vies. Quelque chose de faussement chaleureux, hermétique à la nuance et incapable de nous protéger de nous-mêmes. Pluribus est la confrontation d’un double danger : celui des désirs humains soudainement assouvis et d’une IA connectée sur le monde, déconnectée de l’individu.

Le show se lit de bien des manières et on ne peut que féliciter Gilligan pour en dire autant avec un plot qui ne réinvente pas la poudre depuis L’Invasion des profanateurs, The Faculty, etc. Parce qu’au-delà de l’angle biographique, individuel ou technologique, il y a tout simplement l’angle politique, philosophique. Car au fond, que donnerait une société qui agirait de concert pour le bien commun avec un partage absolu des connaissances ? Pluribus peut être vu comme une vision utopiste d’une unité disparaissant au sein d’une union. Pour rendre l’autre heureux, faut-il s’oublier soi-même ? Vous avez quatre heures.

… sans rien dire pour autant

On connaît la proportion de Vince Gilligan de prendre son temps pour construire ses récits. L’aura de Breaking Bad s’est construite année après année et il l’a dit lui-même, si Pluribus a déjà obtenu sa saison 2, il souhaite idéalement une troisième saison pour achever son histoire. De base, on aurait tendance à lui faire confiance. Mais après sept épisodes, et avec deux restants pour conclure, ou au moins faire avancer significativement l’intrigue, on se demande sérieusement s’il ne s’est pas vu trop ambitieux.

Critique Pluribus : le créateur de Breaking Bad rend-il encore tout le monde heureux ?
© Apple TV

Comme nous le disions au-dessus, Pluribus raconte beaucoup. Ce qu’on n’a pas encore dit, c’est que Pluribus raconte trop souvent la même chose. Il n’y a pas besoin de nombreuses séquences pour dresser la liste des sujets abordés, et avec une efficacité redoutable. Sauf que les épisodes font quasiment une heure chacun et la durée est loin d’être pertinente.

D’un épisode à l’autre, on va tourner autour des mêmes thèmes sans investir le fond de la pensée du show, le scénario créant un rebondissement (systématiquement en fin d’épisode, à l’ancienne) pour annoncer la solution (lambda) peu après et rebelote. Et jamais l’histoire globale ne connaît de tournant majeur, changeant notre façon d’aborder la série. Au contraire. Comme si Pluribus se voulait généreuse en thématiques, sans chercher à les approfondir. Et le temps devient long, très long.

Critique Pluribus : le créateur de Breaking Bad rend-il encore tout le monde heureux ?
© Apple TV

Le plus frustrant, c’est ce sentiment que Gilligan se trompe constamment de sujet, ou du moins de façon de l’aborder. Même avant le début des problèmes, Carol n’est jamais vue comme quelqu’un de sympathique ou attachant et sa situation personnelle l’éloigne de certaines considérations pratiques. De sorte que malgré son but légitime, elle n’acquiert jamais cette noblesse qui nous pousserait à la soutenir. En résumé, le personnage est imbuvable. Alors que la Ruche est tout son contraire. Gilligan critique-t-il ou soutient-il ? Le propos est flou, alors que chaque action de Carol nous pousse dans l’autre camp et que l’auteur n’aborde jamais un point essentiel pour la défense de l’individualité : l’art.

Dans le même ordre d’idées, on ne compte plus les petites surprises nous laissant entendre qu’il y a des sous-intrigues beaucoup plus intéressantes du côté des personnages secondaires que cette non-héroïne au regard constamment renfrogné. Un terrain sur lequel on ne va jamais. Alors certes, il reste au minimum deux épisodes et une saison 2, mais le temps perdu ne sera jamais rattrapé.

Pluribus raconte en 60 minutes de misérabilisme ce que des shows comme The Good Place ou The Last Man on Earth racontaient en moins de temps et davantage d’humour doux-amer. On a l’impression qu’on veut nous vendre une série de la marque Vince Gilligan, alors que lorsqu’on gratte un peu en profondeur, on en ressort (pour l’instant) avec un grand sentiment de vide bien rempli en surface. Au premier épisode, on est intrigués, au septième, on est un brin ennuyés. Et après ?

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Notre avis

On a envie d'aimer Pluribus, et d'un certain côté, on l'aime. Car Vince Gilligan. Car un concept porteur. Car de nombreuses idées ne demandant qu'à être exploitées. De l'autre, on attend. On attend Vince Gilligan. On attend l'exploitation de ces idées. On attend que Pluribus justifie sa durée et arrête de tourner autour du pot. On n'est juste pas certains d'attendre encore bien longtemps...

L'avis du Journal du Geek :

Note : 5 / 10

Mode