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J’ai vu le premier film intégralement fait en IA et c’est exactement ce que vous imaginez

Jeudi dernier, j’étais invité à assister à la projection de The Future 2320, le premier film au monde à avoir été entièrement conçu par l’IA, entre les mains du photographe français Philippe Shangti. Les mots me manquent, mais je vais tenter de les écrire quand même.

Le Grand Rex, un lieu devenu le rendez-vous des stars du septième art qui a accueilli des icônes comme Margot Robbie, Meryl Streep, Brad Pitt ou encore, il y a quelques jours à peine, Pedro Pascal, ne savait pas encore qu’une autre étoile allait s’ajouter sur leur célèbre plafond.

Jeudi dernier, il n’est même pas 18 heures qu’une foule se presse déjà, dans l’attente que les portes s’ouvrent. Il faut dire que, dans quelques dizaines de minutes, un événement va bouleverser des vies. La projection de The Future 2320, le premier film intégralement fabriqué par l’intelligence artificielle. Une prouesse que l’on doit à Philippe Shangti. L’artiste français est la star de la soirée. La foule était finalement là pour une séance de Billie Eilish – Hit Me Hard And Soft Tour. Tant pis pour elle.

Jésus de Nazareth et Philippe de Toulouse

De mon côté, à cet instant, je ne savais pas encore ce que j’allais voir. Les rangées de la salle Infinite se remplissent petit à petit avant la séance avec du beau monde habillé sur son 32, bien qu’une distance de sécurité de 7 sièges semble avoir été tacitement prévue avec la population clairsemée. Et soudain, l’obscurité envahit l’espace et de véritables androïdes débarquent sur scène, venus du futur (l’année 2320 sans doute) pour réaliser des pas de danse sur un clip IA reprenant du Michael Jackson. Je n’étais pas au bout de mes surprises.

J'ai vu le premier film intégralement fait en IA et c'est exactement ce que vous imaginez
© Philippe Shangti / IA

Il y a des événements qui changent une vie. Pour moi, il y en a eu trois. Mon mariage. La naissance de mon fils. Philippe Shangti. Dès la vidéo de présentation du monsieur, avant son arrivée puis le lancement du dit film, je me rends compte de la chance que j’ai. Le clip LinkedIn, le réseau social des professionnels, nous présente un homme d’une humilité rare. Le croisement entre Gandhi et Jésus-Christ, la huitième merveille du monde. Comme il le dit sur son profil Instagram, il est une icône et certainement pas le genre de mec à faire une story de la file pour Billie Eilish en sous-entendant que c’est pour lui.

Puis, dans un silence religieux, la salle attend la parole du 13ᵉ apôtre, que dis-je, du nouveau Messie. Il s’avance. Ceci est mon corps, dit-il en nous présentant son projet. Oui, l’IA n’est pas un ennemi, elle peut aussi transmettre la parole divine.

Au nom du Père, du Fils, et du Shangti

Le film n’est pas sans rappeler un certain Orson Welles, coécrivant, réalisant, produisant et tournant dans l’oublié Citizen Kane. Ici, Shangti est un nom visible pas moins de trois fois sur l’affiche officielle avec, évidemment, l’image de l’homme au premier plan. Une image faite par l’intelligence artificielle. Les mauvaises langues pourraient dire qu’il y a un écart de masse musculaire entre la réalité et la fiction. Des jaloux.

J'ai vu le premier film intégralement fait en IA et c'est exactement ce que vous imaginez
© Philippe Shangti / IA

Deux heures, c’est le temps que dure The Future 2320. Deux minutes, c’est le temps que les inconscients mettent à réprimer leurs premiers fous rires. Pourtant, tout est propre dans ce récit amenant la copie de Philippe Shangti, en panne d’inspiration pour sa prochaine exposition consacrée au futur, à voyager dans ce dit futur pour y ramener le fruit de son travail acharné. Il suffit de voir cette séquence de cinq minutes sur une population heureuse de recevoir le ticket d’or, y compris en plein milieu d’une glace à la vanille, pour se convaincre de l’importance de notre héros dans le monde entier.

Les minutes défilent sur des visages admiratifs, des étoiles plein les yeux, de collaborateurs vraiment très, très contents de travailler avec Philippe, tellement il les inspire et les pousse constamment à donner le meilleur d’eux-mêmes. Et si l’IA elle-même semble parfois prendre le dessus sur le prompt pour souligner que le Messie a besoin d’elle, elle sait où se situe sa position.

J'ai vu le premier film intégralement fait en IA et c'est exactement ce que vous imaginez
© Philippe Shangti / IA

Elle place ainsi, au moins une fois par scène, le nom de Shangti dans la bouche d’un admirateur ou à l’écran. D’autant que la morale du récit nous donne une leçon de vie : falsifier l’art, c’est mal, mais le mettre entre les mains de l’IA, c’est bien. Alors oui, la nuance peut paraître fine, mais uniquement si vous n’êtes pas Philippe Shangti.

On voit régulièrement sur les réseaux des petites vidéos faites par IA, parfois trompeuses, il faut le reconnaître, pour ne pas saluer la performance de voir ce qu’on est capable de faire sur une durée bien plus longue. Certes, cela nécessite sans doute des sacrifices, des choix, et oui, le futur peut se passer d’expressions faciales, de cohérence d’image, de symétrie, de texture, de vivant, de réalisme, de mouvement, d’intrigue et de tellement d’autres éléments basiques.

J'ai vu le premier film intégralement fait en IA et c'est exactement ce que vous imaginez
© Philippe Shangti / IA

Parce que l’important, au fond, c’est quoi ? D’avoir quelque chose de beau, de regardable, répondant aux logiques élémentaires, ou de savoir qu’un Français est parvenu à transformer un plaisir en solitaire tout en se regardant dans le miroir sous la forme d’un premier film mondial en IA juste un peu sexiste ?

PS : pour parvenir à rester dans l’ironie de l’article, nous ne parlerons pas de la séquence en « 3D » qui nous a rappelé les grandes heures de Picsou Magazine avec nos lunettes à verres rouge et bleu.

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