Critique

[Critique] Ralph 2.0 : film un peu déconnecté ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Allan Blanvillain le

On avait quitté notre casseur de briques pas si méchant et la Fast and Furious Vanellope bien au chaud dans leurs bornes de jeux d’arcade. C’est désormais à plus grande échelle que notre duo va sévir dans un Ralph 2.0 qui s’attaque à un monde aux mille et une possibilités : internet. Un univers qui permet beaucoup, mais qui comporte tout autant de risque de faux pas. Quand la magie de Disney se confronte à un sujet casse-gueule, soit on a droit à un feu d’artifices, soit à un pétard mouillé…

Si suite des Mondes de Ralph il y avait, internet en était le passage obligé, logique, désiré. Le tandem de réalisateurs Rich Moore et Phil Johnston rempile et trouve dans le web le terrain de jeu idéal pour les nouvelles aventures de Ralph et Vanellope. Ici, nos amis doivent se lancer dans l’infiniment grand pour récupérer une pièce de rechange rare afin de réparer le Sugar Rush de la pilote.

Les bandes-annonces nous annonçaient la couleur : on allait avoir droit à une bonne dose de « méta-titude » entre les firmes majeures d’internet et le studio. Une volonté confirmée par le duo de réalisateurs : « On voulait mettre autant d’easter eggs que possible ». Mais attention, le piège du « name dropping » (action de citer des noms, marques, institutions connus pour étaler son savoir) massif n’est jamais très loin.

On peut néanmoins respirer. Si étalage d’enseignes il y a – mention spéciale à eBay et BuzzTube alias YouTube – , elles ne sont jamais gratuites et s’incorporent à l’histoire. Pour le coup, toute l’équipe du film a rivalisé d’imagination pour nous donner à voir un monde foisonnant où ce que nous connaissons prend vie de manière originale.

Des oiseaux Twitter au petit personnage barre de recherche en passant par la chambre des commentaires, la personnification de cet univers fait de 1 et de 0 est l’une des grandes réussites du film. Même son de cloche chez les nouveaux personnages avec Yesss, reine de BuzzTube ou encore notre coup de cœur, Spamley, incarnation de nos « chères » pubs spams (celles qui vous proposent, entre autres, de parler à des filles peu vêtues de votre région). Au passage, le rôle sied à merveille à Jonathan Cohen, doubleur de notre version française.

Ralph 2.0, produit commercial ?

Néanmoins, on regrette le manque d’intérêt autour de cet univers. Quand on tombe dans le name dropping volontaire, soit on se lance dans la parodie, soit on s’en sert pour délivrer un message, soit les deux. Ralph 2.0 fait les deux, mais jamais de manière suffisamment percutante pour qu’on en rigole ou qu’on en ressente la portée.

Oui, eBay est un élément scénaristique, mais l’usage de la marque tient finalement davantage du placement de produit tant il est répété à l’excès. Amusantes deux secondes, les références, trop nombreuses, en deviennent rapidement déplaisantes, voire désagréables. Un constat qui peut s’appliquer à beaucoup d’usages méta du long-métrage. Il semble y avoir un double discours dénonçant à la fois notre usage d’internet tout en, paradoxalement, lui accordant du crédit. Parfait exemple, la séquence de monétisation de BuzzTube assume l’idiotie de la chose, mais ne l’invalide jamais ou que très timidement.

Il y a une sorte de retenue dans cette volonté de se moquer du net, de refus de se positionner pour ne froisser personne, qui empêche Ralph 2.0 d’imposer sa propre marque dans notre esprit. Le dark-web est ainsi à l’image du film : trop sage. La folie d’un Phil Lord et d’un Chris Miller (La Grande Aventure LEGO) nous manque terriblement.

Disney à la rescousse

Il faudra bien un passage par Disney pour que le métrage paraisse enfin plus à l’aise. Chez lui, le studio donne enfin l’autorisation de se moquer ouvertement et, comme teasé dans la promo, le moment des princesses est effectivement l’un des meilleurs du film. Une séquence qui a connu de nombreuses modifications comme nous l’ont affirmé les réalisateurs Rich Moore et Phil Johnston, mais dont plusieurs itérations devraient se retrouver dans la galette vidéo.

Une fois débarrassé des clins d’œil aux copains, Ralph 2.0 semble d’ailleurs libéré, délivré, et trouve un nouveau souffle en s’intéressant à son vrai sujet : l’amitié. Mieux traité, moins pataude que dans le premier volet, la thématique débouche sur une réflexion que chacun appréciera ou non selon ses propres convictions. Pour Phil Johnston, le message, bien que mélancolique, n’en reste pas moins « un reflet de la vie », preuve d’une certaine maturité.

Évidemment il ne faudrait pas oublier l’excellent travail sur l’animation – une constante chez Disney – qui donne lieu à une suite bien plus généreuse et ambitieuse dans sa mise en scène. On savoure chaque détail, chaque lieu, chaque nouveau personnage et, sans spoiler, la fin nous offre une ou deux claques visuelles. Et rien que pour le principe, voir autant de figures du net, y compris nos deux héros, réunis au sein d’un même organisme graphiquement cohérent, ça démontre d’un certain talent qui mérite d’être salué. Surtout qu’il faut se rappeler qu’au final, peu importe notre avis, seul le plaisir des enfants prévaut ici, et on ne doute pas une seule seconde qu’ils y trouveront de quoi passer un bon moment.

Notre avis

Alors feu d'artifices ou pétard mouillé ? Ralph 2.0 n'est ni l'un ni l'autre. Le film ne manque pas d'idées et à bien compris le potentiel comique d'internet. Mais la mise en œuvre, trop maladroite, peine à convaincre au-delà des quelques saillies bien trouvées.

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