Critique

[Critique] Nightflyers : piège à geeks ou série prometteuse ?

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Manon le

Le pari semblait peu risqué mais la série Nightflyers était attendue au tournant. Le show de science-fiction/horreur adapté du roman Le Volcryn de Georges R.R. Martin semblait avoir toutes les cartes en main pour réussir une irruption fracassante sur nos écrans. Mais l’entrée est aussi ratée que l’accueil est mitigé. Vous voilà projetés en 2039 à bord du vaisseau spatial, le Nightflyer, qui doit vous emmener dans un voyage d’une durée de deux afin d’essayer d’établir un contact avec des extra-terrestres. En effet, la Terre se meurt et le seul espoir résiderait dans ces créatures capables d’apporter une technologie nouvelle qui pourrait soigner la planète bleue. La série est prometteuse mais elle est loin de renouveler le genre.

Si la série Game of Thrones nous avait ramené dans un passé très lointain, Nightflyers nous projette dans un futur des plus apocalyptiques. Attention, la série n’est pas comparable avec Game of Thrones, vous serez difficilement happés de la même manière. Si les intrigues sont aussi alambiquées, le scénario ne relève pas le niveau. La nouvelle série Netflix a du mal à convaincre.

Un huis-clos oppressant

C’était ambitieux, il faut le dire. Quoi de mieux que de s’inspirer d’un des huis-clos les plus réussis du cinéma pour la scène d’ouverture de sa série ? Les connaisseurs de Stanley Kubrick auront très vite assimilé la première scène de Nightflyers à la célèbre poursuite à la hache qui nous montrait un Jack Nicholson au sommet de son art dans Shining. Ici, on retrouve le même type de scénario avec cette fois-ci, une femme essayant d’échapper à l’homme à la hache. Rowan (Angus Sampson) tente vainement d’imiter les mimiques de Jack Nicholson au lieu d’essayer de réinventer la scène, c’est dommage. Agatha se sachant condamnée lance un dernier message en direction de la Terre « C’est un avertissement, pas un appel de détresse. Ne montez pas à bord du vaisseau. Ne ramenez pas le Nightflyer sur Terre ». Les dés sont lancés, la série peut commencer.

Après cette pâle imitation d’une des œuvres les plus emblématiques du cinéma, on reviendra six mois en arrière pour essayer de comprendre comment les personnages ont bien pu en arriver-là. Au contraire de l’Overlook qui était perdu au milieu d’une nature aussi glaciale qu’inquiétante, nous sommes ici enfermés dans un vaisseau spatial où l’obscurité pèse sur les personnages autant que sur les spectateurs.

Tout est sombre, de la couleur du vaisseau jusqu’aux vêtements des personnages, l’air est irrespirable. L’expression « du génie à la folie, il n’y a qu’un pas » prend ici tout son sens. L’atmosphère confinée va mener les personnages dans les abîmes les plus torturés de leur personnalité. Plus la série avance dans les épisodes, plus les personnages perdent le contrôle. La bassesse de l’humanité est illustrée dans ses travers les plus affligeants. Cette ambiance cloîtrée va pousser tout le monde à se méfier de tout le monde. Le Nightflyers prend progressivement l’apparence d’un vaisseau hanté où les personnages sont pourchassés par des visions du passé qui viennent troubler la réalité. Et on doit reconnaître que c’est plutôt réussi, vous aurez besoin de prendre un grand bol d’air frais à chaque nouvel épisode terminé.

Un scénario chaotique

Nous sommes en 2039 et la Terre se meurt à cause d’un manque de ressources et d’une mystérieuse maladie qui ravage la planète. Une équipe de scientifiques embarque alors dans un vaisseau spatial appelé le Nightflyers pour essayer d’aller établir un contact avec le Volcryn, une race d’extraterrestre très avancée qui a réussi à exploiter une source d’énergie encore inconnue de l’espèce humaine. Les membres de l’équipe prennent place à bord du vaisseau spatial en ayant, chacun, bouclés dans leur valise, des secrets qui éclateront plus ou moins au grand jour au fur et à mesure des épisodes. Premier faux pas. Le docteur Karl D’Branin (Eoin Mackin), la tête pensante de la mission, laisse derrière lui sa femme en plein deuil de leur fille, Skye.

Nous avons ensuite le mystérieux capitaine du vaisseau, Roy Eris (David Ajala), qui refuse d’apparaître autrement que sous la forme d’un hologramme devant son équipage. Cela lui permet d’espionner ses subordonnés en toute impunité et notamment Mel Jhirl (Jodie Turner-Smith), une femme génétiquement modifiée pour devenir une super-humaine. Puis intervient la psychologue de l’équipe, Agatha Matheson (Gretchen Mol) embarquée sur le vaisseau pour veiller sur Thale (Sam Strike), un L-1 télépathe qui serait capable d’établir une communication avec le Volcryn. Dans le futur, les L-1 sont considérés comme des êtres dangereux, capables de vous transmettre des images qui pourraient vous conduire à la mort. Thale est d’ailleurs plus considéré comme un monstre qu’un humain mais comme souvent dans un huis-clos, l’humanité se cache toujours où on l’attend le moins…

On vient de vous exposer les prémisses de l’histoire telle qu’elle se présente dans le premier épisode mais accrochez-vous, la série n’aura cesse de vous faire passer d’une intrigue à une autre sans vraiment de transition et encore moins de coordination. L’expression passer du coq à l’âne prend ici tout son sens. Il y avait pourtant des idées intéressantes, des choses à exploiter mais tout n’est que survolé et rien n’est approfondi. Où est passée la logique ? La série ne fait que jouer sur les effets chocs. Mais trop de surprise tue la surprise.

Tous les classiques du genre vous sont servis sur un plateau : de la télépathie, des spores toxiques dont on ne connaît pas l’origine, une ingénierie génétique, des personnages torturés et une nouvelle espèce d’extraterrestre qui semble contrôler l’espace et le temps. Mais rien n’y fait, le scénario n’exploitera aucune de ses thématiques assez profondément. Nightlfyers est un ramassis d’histoires commencées sans jamais se terminer de manière pertinente.

Elle se veut originale en utilisant les codes de l’horreur mais là encore, c’est un échec cuisant. Certes, on y trouve quelques scènes gores qui feront tourner le regard des âmes les plus sensibles mais rien de terrifiant au point de couper l’écran. Il y a bien un peu de sang et quelques scènes angoissantes mais encore une fois, la sauce ne prend pas.

Des personnages superficiels et apathiques

Côté personnages, on décèle du potentiel mais jamais la série ne prend le temps de s’attarder sur eux. Impossible de s’y attacher dans ce contexte. Karl D’Branin est le seul dont le passé est un peu exploré, ce qui dessine le portrait d’un homme dévasté par la mort de sa fille. Il est l’un des seuls dont on réussit à obtenir des souvenirs précis de sa vie sur Terre mais son comportement est si décousu qu’il est difficile de se rallier à sa cause. Il y a bien quelques moments poignants mais aucun personnage n’arrive à susciter une réelle émotion.

Encore une fois, c’est dommage. L’intensité dramatique ne tient pas ses promesses. Les personnages manquent d’épaisseur. De plus, l’hypersexualisation des femmes et notamment de Mel aura tendance à titiller les plus féministes. Une fois de plus, on a le cliché de la femme vitrine. Elle pourrait avoir un rôle plus profond mais non, on préfère la montrer dans le plus simple appareil en train de faire chavirer les cœurs aussi bien de la gente masculine que féminine. Le fait qu’elle soit une super-humaine ? Secondaire, les explications sont bâclées en dix minutes. Encore un loupé.

La série essaye d’enfiler tout un tas de masques différents sans jamais que l’on y adhère réellement. Peut-être a-t-elle été trop ambitieuse ? Nightflyers est une série de science-fiction qui se veut différente de toutes les autres mais ne convainc pas. La saison 1 se finissant sur un cliffhanger, on espère que la (probable) saison 2 saura combler tous les vides laissés par ces premiers épisodes. La saison 1 manque le coche mais espérons que la saison 2 saura sauver les meubles.

Notre avis

Mitigé. C’est le mot qui semble convenir le mieux à la fin du visionnage de cette première saison. Non, ce n’est pas du niveau de Game of Thrones mais on ne peut pas gagner à tous les coups, n’est-ce pas ? La série a du potentiel mais n'a, pour l'heure, pas su tenir toutes ses promesses. On lui reproche notamment sa tendance à vouloir toucher à tout sans prendre le temps d'aller au fond des choses. La tonalité générale de la série n’est pas mauvaise mais il lui manque une cohésion certaine pour arriver à convaincre son public. En bref, cette saison 1 nous laisse sur notre faim sans vraiment laisser de goût de « revenez-y ».

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