Telle est la voie, et celle empruntée par Star Wars est tout ce qu’il y a de plus étonnant. Sept ans après les adieux aux Skywalker et à la continuité principale, Lucasfilm s’engage sur des chemins de traverse avec The Mandalorian and Grogu d’abord, puis Starfighter l’an prochain. Deux films qui n’évoluent pas directement autour des Jedi, deux films qui entendent réinventer la recette Star Wars au cinéma. Jon Favreau a sans doute la mission la plus périlleuse, il doit concilier deux ambitions.
Son récit puisant sa source dans les aventures de Din Djarin et Grogu sur Disney+, il lui faudra plaire aux spectateurs de la série autant qu’attirer de nouveaux adeptes. Il a tout de même dans sa manche un argument de taille : Grogu et son adorable trogne verte. Le personnage est l’argument ultime du film, la promotion tourne essentiellement autour de la marionnette et de l’effet qu’il fait à ses partenaires à l’écran. Pedro Pascal, Sigourney Weaver et Jon Favreau ne tarissent pas d’éloges concernant la petite créature.

L’intrigue, elle, reste encore mystérieuse à quelques heures du grand lancement. On sait simplement que Mando effectue des missions pour la Nouvelle République, qu’il traque des reliquats de l’Empire. Dans le même temps, il forme son acolyte aux rudiments de la chasse aux primes, à la société mandalorienne. Les premières images immortalisent aussi un personnage inédit en prise de vues réelle, mais bien connue des adorateurs des séries animées : Rotta le Hutt.
Pas de grand méchant, pas de lien évident avec la trilogie originelle ou avec la postlogie, rien d’autre qu’une aventure pulp, plus proche du western que du space opera. C’était déjà l’approche de la série lancée en 2019 sur Disney+, elle avait surpris par sa manière de s’écarter des archétypes Star Wars tout en exploitant son format télévisuel pour construire un rythme plus proche de ce qui se faisait dans les années 90-2000. Mais avec le grand écran pour porte d’entrée, en IMAX même, The Mandalorian a-t-elle les épaules pour porter l’avenir de Star Wars au cinéma ?

Le beskar entre deux chaises
Cette difficulté à faire coexister l’envie de plaire aux fans et celle de draguer un nouveau public, The Mandalorian & Grogu la partage avec tous les projets développés sous l’ère Disney, à quelques exceptions près. Ici, pourtant, elle est plus prégnante que jamais. Jon Favreau n’a eu de cesse de répéter que ce film serait accessible aux néophytes… et il n’a pas menti. À bien des égards, il rejoue les mêmes thématiques et idées que sur Disney+, avec moins de temps pour s’en emparer correctement. On a toujours l’impression à la découverte de ce nouveau chapitre que le plus intéressant a déjà eu lieu.
On a déjà vu un lien fort se nouer entre nos héros. On a déjà vu Din Djarin renoncer à effectuer des contrats pour l’Empire sans se soucier des conséquences. On a déjà assisté à leur séparation et à leurs retrouvailles. Les scénaristes ont coutume de dire que la plus importante question avant de se lancer dans l’écriture d’une histoire est de savoir “pourquoi maintenant?”. Si Jon Favreau pouvait y répondre en 2019 avec la première saison de sa série, on est bien embêté à la sortie de ce nouveau projet tant il navigue constamment entre deux eaux. Si la série facilite ce genre de digression, le grand écran ne le pardonne pas.

Même les forces de la série ne transpirent pas dans ce film qui ressemble à une saison 4 qui ne dit pas son nom. Le choix du western, par exemple, un genre qui se construit sur l’idée de faire société et qui résonne particulièrement bien à une période où la galaxie se reconstruit après une longue période de tyrannie. Mais la thématique est diluée, dans un océan d’aventures. Le film avance de manière mécanique vers une résolution, multipliant les lieux et les ressorts narratifs sans jamais leur donner le poids nécessaire.
Lorsque Din Djarin est forcé d’enlever son masque, grand déshonneur pour les Mandaloriens, l’événement paraît traité par-dessus la jambe. The Mandalorian and Grogu conserve les symboles de la série mais n’arrive jamais à les faire exister tout à fait. La faute à une écriture fragmentée, on s’attend presque à voir un générique s’immiscer entre deux scènes. Un sentiment renforcé par une écriture des dialogues très littérale, trop quand il s’agit de Rotta le Hutt. Nos deux héros ont finalement la chance d’être des hommes de peu de mots, car ceux prononcés manquent cruellement de mordant.

Le bon, la brute… et le petit bonhomme vert
Tout n’est pourtant pas à jeter dans cette aventure aux allures de Star Wars dans un mouchoir de poche, c’est surtout vrai du côté de la mise en scène. Jon Favreau s’amuse avec différentes techniques du septième art pour rendre hommage aux premiers films. Qu’il s’agisse de l’attaque d’AT-AT ou d’une bataille contre des robots en stop-motion, The Mandalorian ne manque pas de ludisme. Certaines courses poursuites valent le coup d’œil, même si les combats sont rarement aussi lisibles qu’on pourrait l’espérer. Mais c’est finalement avec la technologie que la série a participé à faire naître que ce nouveau film s’en sort le moins bien.
En 2019, Lucasfilm présente un nouveau procédé qui consiste à entourer ses plateaux de tournage d’immenses panneaux LED capables de diffuser des décors en temps réel. À l’époque, Stagecraft est applaudi par la profession. On annonce ici et là la mort des fonds verts. Depuis, on a eu des catastrophes monumentales (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania) et de franches réussites (The Batman).

The Mandalorian and Grogu se situe pile entre les deux, parvenant à l’exploiter à certains endroits (surtout en extérieur) mais peinant tout à fait à faire vivre ses intérieurs pourtant nombreux. Plus largement, si certaines scènes ont des ambitions cinématographiques, le film apparaît plus comme un téléfilm pour Disney+ qu’une véritable proposition à la hauteur de la réputation Star Wars. Au fond, ce que l’on peut reprocher à The Mandalorian & Grogu, c’est de faire à peine plus que ce que faisait déjà la série sur Disney+. Le seul à avoir vraiment compris qu’une montée en puissance était nécessaire est Ludwig Göransson, compositeur des thèmes de la série qui rempile pour ponctuer cette nouvelle aventure. Sa partition est enlevée, épique et réinvente judicieusement les sonorités de l’univers. Bref, le monsieur ne déçoit jamais.
Prendre une vraie pause tu dois
The Mandalorian et Grogu est moins un échec chez Star Wars que le symptôme d’une maladie qui gangrène la franchise depuis plusieurs années. Lucasfilm ne sait plus par quel bout prendre l’imaginaire de George Lucas mais ne se résout pas à prendre le temps d’y réfléchir sérieusement. Entre L’Ascension de Skylwalker et The Mandalorian & Grogu, on a eu droit à sept séries en prise de vues réelles et presque autant en animation. Seulement deux sont parvenues à se démarquer, les autres ont écorné l’image d’une saga incontournable.
Star Wars n’est plus un événement, ne fascine plus autant qu’il y a quelques années et Grogu a beau être la créature la plus mignonne jamais conçue, il n’en reste pas moins le pur produit marketing d’une estampille incapable de s’arrêter assez longtemps pour redevenir désirable. Il faut bien vendre des jouets.
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