Critique

Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile : Que vaut le biopic Netflix sur Ted Bundy ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Amandine Jonniaux le

Quelques mois seulement après la diffusion de son documentaire Ted Bundy : Autoportrait d’un tueur, le réalisateur Joe Berlinger revient avec un film coup de poing centré sur l’histoire d’un des serial killers les plus emblématiques des États-Unis.

Crédits Netflix

Tristement célèbre pour avoir assassiné et torturé au moins 36 jeunes femmes dans les années 1970, Theodore Bundy avait déjà fait l’objet d’une mini-série documentaire poignante réalisée par Joe Berlinger en début d’année. Cette fois, le cinéaste est de retour sur Netflix avec Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, un long-métrage fictionnel inspiré de l’histoire de Ted Bundy, depuis ses brillantes années à l’université de Washington jusqu’à son exécution le 24 janvier 1989 en Floride.

Une (presque) rom-com

Ted Bundy (Zac Efron) est beau, intelligent et charismatique. À 20 ans, le jeune américain est étudiant en droit, et participe à la campagne Républicaine pour l’élection de Nelson Rockefeller. En 1969, il rencontre Elizabeth Kloepfer (Lily Collins), une jeune mère célibataire en mal de relation amoureuse. À première vue, le film Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile débute comme une comédie romantique. Mais le bonheur apparent de la petite famille s’effondre en 1975, quand Ted est arrêté pour enlèvement et tentative d’agression criminelle dans l’Utah. Pendant près de 15 ans, les procès et les accusations vont s’enchaîner à l’encontre du personnage, qui persiste à clamer son innocence malgré les témoignages et les preuves qui s’accumulent contre lui. Une innocence à laquelle Bundy va tenter de nous faire croire jusqu’aux dernières heures de sa vie, entraînant sa compagne Liz dans des années de calvaire et de doute.

Crédits Netflix

Pendant tout le film, c’est par le prisme du personnage et de ses rapports aux femmes (vivantes) qui l’entourent que la narration va se construire. Qu’il s’agisse de Liz, de la mère de Ted ou de Carol Ann Boone, qui deviendra sa femme quelques années avant son exécution, Joe Berlinger fait exister le personnage de Ted Bundy au travers ses relations. Le dénouement du film est particulièrement intense, et s’il prend quelques libertés avec la réalité historique, il permet surtout d’entrevoir une lueur d’espoir dans la tentative de reconstruction de Liz, victime collatérale de son ex-conjoint.

Du documentaire à la fiction

L’histoire de Ted Bundy a terrorisé l’Amérique dans les années 1970, et force est de constater qu’elle suscite encore de nombreux fantasmes. Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile est tourné de manière frontale, presque détachée de la vie de ses protagonistes. Une fiction qui porte clairement les stigmates du documentaire, également réalisé par Joe Berlinger, et diffusé en janvier sur Netflix. S’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir vu le reportage avant de découvrir le film, les deux œuvres sont étroitement liées, et il est vraiment indispensable de visionner la série documentaire en complément. L’occasion de découvrir que sous couvert d’une œuvre fictionnelle, de nombreux détails ou répliques du film sont rigoureusement fidèles à la réalité. Un réalisme presque didactique, rendu possible grâce au traitement médiatique sans précédent réservé aux procès de Ted Bundy à l’époque.

Crédits Netflix

Pour endosser le rôle du charismatique Ted Bundy, Joe Berlinger nous offre un Zac Efron étonnamment convaincant. Étiqueté égérie Disney depuis ses débuts dans High School Musical, et plutôt habitué aux comédies absurdes, l’acteur signe ici une prestation juste et efficace, à l’image du reste du casting, incarné par Lily Collins, John Malkovich ou encore Kaya Scodelario.

Extremely Wicked

Malgré l’atrocité des meurtres perpétrés par Ted Bundy, le film réalisé par Joe Berlinger prend le parti de la sobriété. Aucune scène de violence ou d’agression n’est montrée avant la 98e minute du film, moment où le personnage passe enfin aux aveux. Une sobriété dans le traitement narratif qui contribuerait presque à semer le doute sur la réelle culpabilité de Ted Bundy, pour finalement se terminer en apothéose. Dans la même lignée que la série documentaire, la conclusion du film s’articule autour de plusieurs explications complémentaires et didactiques sur l’affaire, ainsi que sur quelques images d’archives des procès, qui constituent une porte d’entrée assumée vers le documentaire Ted Bundy : Autoportrait d’un tueur. Le titre du film Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, constitue lui-même une référence directe aux paroles prononcées par le juge Edward Cowart au moment de la condamnation à mort de Ted Bundy.

Notre avis

Après 5 biopics au cinéma, deux documentaires et même une bande dessinée, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile nous offre une percée moderne et glaçante dans l’histoire de Theodore Bundy. Manipulateur et charismatique, le personnage se battra jusqu’au bout pour (nous) convaincre de son innocence, et il faut bien admettre que même si l’issue du film est connue à l’avance, le plaidoyer est efficace. Loin du voyeurisme qu’on pouvait redouter d’un film aussi sensible, le long-métrage est une vraie réussite, mais constitue surtout une porte d’entrée (de choix) vers le documentaire Ted Bundy : Autoportrait d’un tueur, dont il porte l’inévitable héritage.

L'avis du Journal du Geek :