Resident Evil est une licence sinistrée. Ce monument vidéoludique a plusieurs fois tenté une incursion sur le grand écran, mais a, bien malgré lui, participé à faire circuler l’idée qu’adapter un jeu vidéo est presque mission impossible. Les films portés par Milla Jovovich ont beau avoir rapporté des millions, ils ont largement été reniés par les fans pour les nombreuses libertés qu’ils prenaient avec le matériel source. En 2021, Bienvenue à Raccoon City adoptait le parti-pris inverse, il convoquait tous les personnages pour un déluge de fan service franchement stérile.
Après ces échecs notables, on pensait sérieusement que Capcom s’abstiendrait de retenter le coup. La firme ne se laisse pas démonter et invite un réalisateur qui a le vent en poupe : Zach Cregger. Son Barbare avait fait forte impression malgré une sortie en streaming, Évanouis a confirmé son importance pour une scène de l’horreur en pleine mutation. Avec un véritable artisan aux manettes, une envie d’honorer l’ambiance Resident Evil plutôt que de donner dans le copier-coller et de jolies scènes dans les bandes-annonces, on avait confiance. Alors, ça donne quoi ?
Histoire inédite
Zach Cregger ne mise pas sur des personnages emblématiques de la saga ou un des opus en particulier pour construire son récit. Il s’agit de suivre Bryan, livreur médical qui se voit confier une mission : apporter en urgence un organe à l’hôpital de Raccoon City. Dehors, la neige rend les routes impraticables, mais le prix de la course suffit à le convaincre. Surtout que notre protagoniste vient d’apprendre une nouvelle qui risque de mettre à mal son budget mensuel. Sa petite-amie est enceinte. Tout argent est donc bon à prendre.

Reste que ce qui devait être une livraison tout ce qu’il y a de plus en ordinaire vire au cauchemar lorsqu’il renverse une vieille dame. Désorientée, sa victime adopte un comportement étrange. C’est le début d’une course effrénée pour Bryan. Le monde s’enfonce dans un chaos total et il n’est clairement pas préparé à affronter toutes les créatures qui vont croiser sa route.
Une solide entrée en matière
Ce qui frappe à la découverte de ces trente premières minutes, c’est l’impressionnant travail sur l’ambiance. Après un plan séquence dans un hôpital, où la caméra du réalisateur pourrait tout aussi bien être celle guidée par le joueur, le film ne tarde pas à entrer dans le vif de son sujet.
Débute une course contre la mort pour Bryan, où la nature isolée et enneigée constitue l’environnement idéal pour faire naître la tension. Les communications sont coupées, le terrain est impraticable (pour les humains) et le silence règne. Il n’est brisé que par le bruit d’un moteur, de pas dans la neige et de cris étranges.
S’il est encore trop tôt pour dire si Resident Evil est un film survivaliste et d’horreur réussi, force est de constater qu’il a déjà de solides arguments pour nous effrayer. C’est particulièrement vrai dans sa gestion du rythme, oscillant entre découverte des lieux explorés et pic d’adrénaline lorsqu’une des créatures apparait.
En une demi-heure, on a déjà dû se couvrir la bouche deux fois pour éviter de déranger nos voisins avec nos hoquets de surprise (ou pour ne pas passer pour une faible).

La réalisation de Cregger n’a aucun mal à faire monter l’angoisse, toujours en mouvement et avec son héros en point d’ancrage. Des plans en caméra subjective, des rotations et des changements de valeur de plan qui rappellent les jeux, Zach Cregger sait y faire… pas de doute là-dessus. On retrouve même le goût du cinéaste pour les ruptures comiques, de véritables respirations dans ce film oppressant au possible.
Du survival avec un skin Resident Evil ?
Maintenant qu’on va évoquer les arguments de cette proposition horrifique se pose la question de savoir si Resident Evil est une bonne adaptation… de Resident Evil. Depuis quelques semaines, les fans s’écharpent sur la question. Pour certains, les images présentées et le choix de miser sur un personnage inédit suffisent à faire de ce nouveau film un affront à la communauté. Les joueurs voulaient voir Leon affrontant Umbrella, ils devront se contenter d’un héros non entrainé, complètement dépassé par les évènements.
Pour autant, si le film ne semble pas vouloir explorer le lore en profondeur ou s’adonner très franchement au fan-service, il est infusé de références et de clins d’œil. Déjà, outre la mention de Racoon City et la promesse de s’y rendre plus tard, Resident Evil fait la part belle aux créatures emblématiques. Oui, on aura droit à un chien qui course notre héros comme le ferait un canidé classique avec le facteur, on commence à nous montrer que les monstres sont résistants aux balles et se réaniment après quelques minutes.

Mais c’est surtout dans ses scènes d’action que le film émule l’esprit du jeu. Une scène dans une grange et avec une échelle rappelle évidemment les énigmes qui ponctuent le jeu, tandis que chaque nouveau lieu permet au personnage de s’équiper un peu plus. On nous parle aussi de la gestion de ressources, avec un nombre de balles limité pour faire monter la tension.
Finalement, c’est plutôt dans son approche de l’horreur et dans son rythme que ce Resident Evil rend hommage à la saga de Capcom. Et son ambition modeste, celle de faire du survival horreur et rien de plus, que le film de Cregger pourrait se démarquer de ses prédécesseurs. On se laisse convaincre par la démo, reste à voir désormais ce que vaut le film dans sa totalité. Pour le savoir, il faudra en revanche patienter jusqu’au 16 septembre avec notre critique du film.