Critique

[Alors on regarde ?] Narcos : Mexico : nouveau pays, nouvelles règles

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Allan Blanvillain le

Après trois saisons passées en Colombie, la série Netflix se rapproche de la frontière américaine pour nous raconter une nouvelle lutte entre DEA (Drug Enforcement Administration) et cartels de drogues. Le décor change, les personnages et l’époque aussi, mais l’ADN du show n’a pas bougé d’un pouce. Se renouveler sans se réinventer, voilà le défi que doit relever cette première incursion dans l’univers de Narcos : Mexico.

Alors qu’en Colombie, les cartels de Cali et Medellin se font la guerre, au Mexique Miguel Angel Felix Gallardo cherche à prospérer grâce à l’exportation de marijuana. Et tandis que son empire grandit, Kiki Camarena, un nouvel agent de la DEA détaché sur place, compte bien mettre un terme à son ambition. Entre histoire vraie – images d’archives à l’appui – et moments plus romancés, Narcos : Mexico ne change pas une stratégie qui gagne pour nous intéresser à ce duel entre les deux hommes.

Sauf qu’il y a une différence majeure entre cette série qui s’apparente à un spin-off et le Narcos qu’on connaît bien : la source du pouvoir. À l’inverse des barons de la drogue tout-puissants dont on a l’habitude, Felix débute en bas de l’échelle et va devoir s’imposer dans un milieu corrompu jusqu’à l’os.

Les scénaristes, qui prennent toujours soin de traiter les deux côtés de la barrière, mettent d’ailleurs en parallèle la situation de Felix et Kiki : deux hommes qui tentent de réussir alors qu’on n’aura de cesse de leur mettre des bâtons dans les roues au plus haut niveau.

Toi qui entre dans Narcos : Mexico ; abandonne toute espérance

L’ennemi n’est ainsi plus un homme, mais un système perverti avec qu’il y faut constamment négocier, peu importe de quel côté on se trouve. À aucun moment, Felix et Kiki ne semblent ainsi avoir leurs destins en main, toujours dépendants du bon vouloir d’une puissance supérieure, d’une organisation qui existait bien avant leur arrivée.

Et dans un pays où tout devient achetable, il en devient presque comique d’observer les querelles internes au cartel, qui se règlent à grands renforts de policiers ou de militaires corrompus. Le narrateur nous prévient d’emblée : ce n’est pas une histoire qui se termine bien ; et on comprend bien vite qu’on assiste à un combat perdu d’avance face à une pieuvre étatique dysfonctionnelle au plus haut niveau.

La réalité manque parfois de fiction

Malgré cette situation inédite, on ne peut s’empêcher un effet de déjà-vu par moments, lorsque la série embrasse ses clichés que l’on connaît si bien. Exécutions, argent sale, drogues, trahisons, espionnage… si dans la forme, Narcos : Mexico renouvelle sa narration, les procédés, eux, ne changent pas. Alors certes, ça correspond à une histoire malheureusement bien réelle, mais après trois saisons à observer les mêmes méthodes, on a du mal à ressentir le moindre étonnement face à des rebondissements attendus. C’est le problème avec la réalité, elle démontre toujours d’une certaine routine, même chez les cartels.

NARCOS: MEXICO

D’autant qu’il suffit d’une scène – qu’on ne spoilera pas – pour comprendre que la plus grande force de ce spin-off représente également sa grosse faiblesse : en faisant d’un système l’ennemi, le show manque d’incarnation. On ne saurait se plaindre de la prestation convaincante de Diego Luna, mais celui que l’on surnomme « le maigrichon » fait effectivement pâle figure face aux parrains colombiens et en particulier Escobar. Pour faire une bonne série, il faut un bon méchant, et Felix n’a pas encore l’envergure qu’il convient. On se gardera bien de juger la réalité des faits, mais il est indéniable qu’en commençant d’emblée avec deux saisons autour du très cinématographique cartel de Medellin, la série s’était tirée une balle dans le pied pour la suite.

Des femmes qui ont du chien

Bien que Félix ne soit pas au niveau de ses modèles plus au Sud, on ne peut néanmoins nier que Narcos : Mexico propose quelques belles choses au niveau de sa galerie de seconds rôles, notamment autour des femmes.

Dans ce monde d’hommes, on se plaît à constater la montée en puissance de Teresa Ruiz dans la peau de la sexy, mais dangereuse Isabella Bautista. Malgré des tenues mettant ses formes en valeur, sa sexualisation n’est pourtant jamais mise en avant, le show préférant insister sur l’ambition de celle qui veut « une place à la table ». En contre-pied de ce qu’on aurait pu attendre d’elle, son personnage joue ainsi le rôle de joker dont on ne sait jamais vraiment de quel côté il va aller.

Autre femme de caractère, Mika Camerana (Alyssa Diaz) dont le statut de femme du héros (Michael Pena, surprenant de nuance) laissait pourtant peu de place pour se développer. Sauf que, le scénario aidant, cette dernière se révélera un vrai atout émotion au fur et à mesure d’un récit qui en propose peu.

Notre avis

Narcos : Mexico se montre digne héritière de la série colombienne et malgré un manque de surprise causée par la réalité elle-même, on ne peut nier une certaine forme de renouvellement dans ce qu'elle cherche à nous raconter. Avec un casting solide pour l'appuyer, le show devrait avoir encore de beaux jours devant lui, notamment avec une saison 2 qui s'annonce plus musclée.

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