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[Dossier] Cowabunga ! L’incroyable histoire des Tortues Ninja (2ème partie)

Après avoir découvert les origines des Tortues Ninja, leur évolution jusqu'à la fin des années 80 et leur première apparition au cinéma (dans notre premier dossier...

Après avoir découvert les origines des Tortues Ninja, leur évolution jusqu’à la fin des années 80 et leur première apparition au cinéma (dans notre premier dossier dédié au phénomène), nous vous proposons tout de suite d’en apprendre plus sur le déclin et la renaissance des frangins à la peau verte. C’est donc parti pour la seconde moitié de notre gros dossier sur les Tortues Ninja !

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Teenage Mutant Ninja Turtles : The Movie sera suivi l’année d’après par Teenage Mutant Ninja Turtles II : The secret of the Ooze, qui n’aura pas un impact aussi fort et absolu auprès des fans. L’absence de Casey Jones, remplacé par un livreur de pizzas joué par Ernie Reyes Jr. (vous savez, le Chevalier Lumière, ce gamin qui passait tous les épisodes de sa série à fracasser des cambrioleurs chez lui, en criant « Aya ! Aya ! »), le côté cul-cul beaucoup plus accentué, de même que le choix de créer deux ennemis inédits (Tokka et Rahzar) au lieu de porter les archi-populaires Bebop et Rocksteady à l’écran, sont autant d’éléments qui font que ce second film est très loin d’être aussi apprécié que le premier. Même la présence du populaire (à cette époque, hein) Vanilla Ice n’y peut rien.

Kevin Eastman et Peter Laird sont d’ailleurs d’accord sur le fait que ce second film est un échec total, qui a desservi la popularité des tortues ninja. Lorsqu’il est décidé de lancer un troisième film pour rattraper les dégâts du second, des frictions ont déjà commencé entre Eastman et Laird, et ils sont alors en train de s’éloigner, aussi bien en amitié qu’au boulot. La faute à un changement de vie trop radical et trop rapide, à un succès incontrôlable et inattendu. TMNT 3 est un nouveau ratage, et l’idée d’un quatrième film, qui devait marquer l’arrivée d’une cinquième tortue nommée Kirby, passe à la trappe. De ce projet ne subsistent que quelques croquis, et un script, dont quelques fans possèdent une copie.

Mais 1990, c’est aussi le début des excès et des abus, avec notamment une tournée rock où l’on pouvait voir les 4 tortues se produire sur scène, en chantant des chansons et en jouant de la guitare électrique et autres instruments chers aux groupes de glam rock de la fin des années 80. Si les costumes étaient là encore de qualité, et que le concept était ambitieux, cela reste considéré comme l’une des pires exploitations de la licence. Avec le film produit par Michael Bay, mais nous allons y revenir.

[nextpage title=”Tout n’est pas bon, dans la tortue…”]

À trop abuser des bonnes choses, on finit par tarir la source. Si la citation est approximative, vous avez au moins compris le message. Trop de tortues tue la tortue et les années 90 vont être témoin du déclin de la folie autour des chevaliers d’écailles. L’échec des deux derniers films, la série télé qui n’arrive plus à réellement se réinventer et qui propose toujours la même chose, et les ventes de jouets en chute libre, font que Mirage cherche désespérément à redonner un coup de sang neuf au quatuor, avant qu’il ne soit trop tard. Bien décidés à faire ça sous forme de comic book, afin de rester fidèles aux origines, les ayants-droit décident de se tourner vers une bande de petits jeunes qui sont à ce moment-là au top de la hype : Todd McFarlane et sa clique, et leur maison d’édition Image Comics. C’est donc en 1996 que la publication du comic book Teenage Mutant Ninja Turtles passe chez Image Comics. Si le résultat est effectivement bien différent de ce qu’ont pu connaître les fans, ça ne va pas forcément être pour le mieux. Cela devient en effet grossier, vulgaire, et la violence n’est plus là ou on l’attend.

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[SPOILER ALERT pour la suite du paragraphe : Si vous comptez un jour lire les comics TMNT Image, passez directement au paragraphe suivant]

Notamment, les tortues vont y subir des traumatismes physiques visant à les différencier encore plus. Raphael va avoir toute une moitié du visage brûlé (un peu comme Harvey Dent) et perdre la vue d’un œil, avant de reprendre le contrôle du Foot Clan, devenant le nouveau Shredder et tuant Splinter par la même occasion. Leonardo, lui, se fera amputer d’une main (pratique, pour manier les katanas !), et Donatello sera carrément tué, après s’être fait briser sa carapace, et sera ressuscité sous la forme d’un cyborg qui arbore des membres en métal liquide. Seul Mikey semble ne pas trop mal se sortir de ce passage dans la boite de Todd McFarlane, le papa de Spawn. Le tout est desservi par des dessins d’une laideur innommable, et un scénario des plus décousus.

[FIN DE LA SPOILER ALERT]

Lorsque la publication reviendra entre les mains de Mirage, en 2001, Peter Laird déclarera que tout ce qui s’est produit chez Image ne fait pas partie de la continuité du comic book original, rassurant ainsi de nombreux fans, mais non sans en avoir encore perdu une partie en chemin.

Autre carnage notable en 1996, l’anime Mutant Turtles : Choujin Densetsu-hen voit le jour au Japon, et nous présente les tortues comme des sortes de super héros, dotés de super pouvoirs qu’ils doivent à des Mutastones. Les tortues possèdent des armures dans le genre de Saint Seiya (les Chevaliers du Zodiaque) et elles peuvent se transformer en une sorte de super robot, comme dans les Super Sentai et autres Power Rangers. Tiens, c’est marrant qu’on parle de Power Rangers, c’est la transition parfaite.

[nextpage title=”Le (dé)goût d’une nouvelle génération”]

L’année suivante, en 1997, Saban, l’homme à qui l’on doit les Power Rangers, décide de lancer une série live sur les tortues ninja. Censée se placer après les trois films, et y faisant référence par de subtils détails tels que l’oreille coupée de Splinter, ou l’absence de Shredder, Les Tortues Ninja : La Nouvelle Génération proposera 26 épisodes d’une qualité assez… heu… bon. Imaginez les Power Rangers, mais sans robot géant, sans tout ce qui a été tourné au Japon, avec des créatures peu inspirées et des tortues à l’attitude limite ringarde. En gros, imaginez du Saban, mais avec les tortues ninja. Oui, vous pouvez rire. Ou vomir. Ça marche aussi.

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Notons tout de même que nos ninjas préférés se paieront le luxe d’un crossover avec Power Rangers In Space, dans un double épisode qui vaut son pesant de pizzas. Ah oui, et petite nouveauté de cette série tout de même : l’arrivée d’une cinquième tortue, Venus de Milo qui, comme son nom l’indique, est une fille (ou faut-il dire une femelle, vu que ce sont tout de même des tortues ?). Ce que son nom n’indique pas, par contre, c’est qu’elle est dotée de pouvoirs magiques. Plus genre Docteur Strange que Copperfield, pour vous aider à situer. Ce personnage, qui n’a aucun lien de parenté avec les quatre autres tortues, et qui n’a pas été formée aux arts du ninjutsu, ne parviendra pas à conquérir les fans. Certains lui reprochent son esthétique douteuse (une poitrine qui se dessine sous sa carapace), d’autres se plaignent de ses origines un peu trop faciles. D’autres encore ne voient pas l’intérêt d’ajouter une cinquième tortue.

Cette idée de cinquième tortue vient d’ailleurs de Eastman et Laird, qui voient sûrement là une opportunité de donner enfin vie à Kirby, après l’annulation du quatrième film. Quand la production insiste pour que cette cinquième tortue soit une fille, cela ne dérange pas Eastman, mais Laird s’oppose vivement à l’idée. La prod’ tranche alors : Une fille, ou pas de série. Sachant que si cette série ne se produit pas, il va devoir renvoyer la moitié de son équipe chez Mirage, Laird finit par accepter les conditions de Saban, à reculons. Lorsque la série prend fin, après une seule saison, Eastman et Laird ne se parlent déjà quasiment plus. Kevin Eastman est sur d’autres projets et gère notamment depuis peu le magazine Heavy Metal, et Peter Laird n’arrive pas à digérer la pilule Venus. Considérant alors que Eastman n’a plus rien à faire de bon pour les tortues ninja, il lui fait une proposition.
C’est ainsi qu’en 2000, Kevin Eastman cède ses droits créatifs concernant les Tortues Ninja, ainsi que ses parts de Mirage à Peter Laird, le laissant continuer seul l’aventure.
C’est la fin d’une époque.

Allez-y, vous pouvez chialer. Mais pas trop non plus, parce qu’après ça, ça redevient bien.

[nextpage title=”On n’est PAS là pour rigoler !”]

Libéré du stress de bosser avec quelqu’un devenu un étranger, Peter Laird peut se concentrer sur les solutions pour relancer la machine. Le quatrième cycle du comic book voit le jour, et occulte l’ère Image, reprenant là ou le second cycle s’était arrêté. Mais c’est surtout en 2003 que le phénix va renaître de ses cendres lorsqu’une nouvelle série animée va être produite par la Fox, pour sa chaîne pour enfants 4Kids. Comptant un total de 157 épisodes répartis sur 7 saisons, cette nouvelle série, au look plus moderne et plus agressif va dépeindre les tortues dans un monde plus proche de celui du comic book. On y retrouvera les angles scénaristiques tels que le voyage dans l’espace avec le Professeur Honeycutt, les Utroms, Shredder n’est plus une baltringue pathétique et les Purple Dragons, un gang de caïlleras, sème la terreur dans les rues. Baxter Stockman redevient afro-américain, et Bebop et Rocksteady sont absents. On sent alors un réel désir de coller aux origines des Tortues Ninja, plutôt que de reproduire le dessin animé qui a changé la vie de millions d’enfants dans les années 80. Et franchement, c’est pas plus mal.

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Une nouvelle fois, la série est un succès, et une nouvelle gamme de jouets est lancée dans les magasins en parallèle. Voilà comment on retourne dans le temps sans DeLorean.

Cette nouvelle série va se poursuivre jusqu’en 2009, avant de se conclure sur un téléfilm d’animation, intitulé Turtles Forever. Dans cette histoire, Shredder découvre qu’il existe des tortues ninja dans de multiples réalités parallèles, et décide de retrouver les versions originales et de les détruire, afin de provoquer une réaction en chaîne, qui anéantira toutes les autres tortues. Ce film est surtout un prétexte pour réunir les tortues de la série de 2003, celles de 87, mais aussi et surtout, pour la première fois à l’écran, les tortues originales du comic book ! La rencontre entre ces douze tortues est un moment de pur bonheur pour tout fan qui se respecte, et entendre les quatre tortues originales (et en noir et blanc) traiter les autres de « vendues », parce qu’elles arborent des couleurs et un graphisme plus adapté au public mainstream, est une joie que l’on ne vit que peu de fois dans son existence. Même la naissance d’un enfant n’atteint pas de tels sommets.

[nextpage title=”C’est la fin ?”]

En 2007, en plein succès de la nouvelle série animée, sort au cinéma TMNT, un film entièrement en CGI (ou « images de synthèse » chez les non-initiés). Se plaçant scénaristiquement après les trois premiers films, il est censé relancer la franchise au cinéma et propose d’ailleurs une fin ouverte, en ce sens. On y découvre des tortues qui ont grandi, et qui ont surtout un peu perdu leur esprit d’unité. Une nouvelle fois, on nous propose un traitement de fond bien plus adulte que ce à quoi nous avait habitué la série des années 80. Étonnamment, alors que le film est un succès au box office et qu’une suite est quasiment écrite, cette dernière ne verra jamais le jour et une nouvelle fois, le destin des Tortues Ninja au cinéma semble scellé.

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En 2009, après en avoir parlé depuis un moment, et sans doute un peu las de toute cette aventure aussi épique qu’épuisante, Peter Laird prend la décision de vendre les droits des Tortues Ninja à Nickelodeon, avec comme stipulation qu’il a le droit de publier 18 nouveaux numéros du comic book original, par an. Pour beaucoup, c’est la fin, un livre qui se ferme, parce qu’on sait ce que font généralement les entreprises qui rachètent les droits d’exploitation d’un concept qui a cartonné.

Les fans pensent alors qu’on a fini d’entendre parler des Tortues Ninja.

Le rideau tombe. Générique.

[nextpage title=”Sauf que !”]

Sauf que deux ans après, en 2011, Nickelodeon contacte l’éditeur de comics IDW pour lui demander de produire un nouveau comic book sur la licence des Tortues Ninja. Tom Waltz, éditeur chez IDW, et grand fan de la franchise, se retrouve alors aux commandes du projet, de même qu’au scénario. Et histoire de faire les choses bien, IDW se rapproche de Kevin Eastman et lui propose de co-écrire ce nouveau comic book. Eastman accepte. Le résultat ? C’est un comic book excellent, toujours en publication aujourd’hui, et qui a pris le parti de réinventer jusqu’aux origines des tortues.

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Ici, elles sont des réincarnations des quatre enfants de Hamato Yoshi, un maître ninja qui s’est lui retrouvé réincarné en rat de laboratoire. D’autres surprises arrivent au fil des épisodes, y compris un brillant et courageux hommage à l’ère Image. Shredder est ici redoutable comme jamais, et clairement l’un des personnages à l’histoire la plus intéressante.
Plus accessible que les cycles publiés chez Mirage et Image, ce nouveau comic book est un parfait point de départ pour toute personne qui aimerait se (re)plonger dans l’univers des Tortues Ninja, avec un regard moderne, des personnages vraiment bien écrits, un méchant vraiment méchant et des cliffhangers de folie. Et puis, pour les amateurs de crossovers improbables, sachez que ces tortues ninja là ont partagé quelques volumes avec les Ghostbusters, et d’autres avec nul autre que… Batman. Rien que ça.

[nextpage title=”Booyakasha !”]

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Nickelodeon profite de la sortie de ce nouveau comic book pour parler de la production d’une nouvelle série animée Tortues Ninja, complètement moderne, revenant aux sources, et entièrement réalisée en CGI. Autant dire que l’ère Nickelodeon est une période de bonheur pour les fans des tortues. Très inspirée de la culture nippone et de la web culture actuelle, Teenage Mutant Ninja Turtles voit le jour en 2012. Et autant le dire tout de suite, cette série est une des meilleures choses qui soient arrivées aux Tortues Ninja depuis leur création. Humour intelligent, seconde lecture permettant aussi bien à des enfants qu’à des adultes de l’apprécier, et surtout moult références aux anciennes séries mais aussi à toute la popculture depuis les années 80, font de cette troisième série animée une perle absolue.

Et bien entendu, vous l’aurez deviné, Playmates en profite pour sortir tout un tas de nouvelles figurines collant à cette série et, pour la première fois depuis les années 80, réédite même les tortues originales (ainsi que d’autres personnages de la gamme). Ajoutez à cela le trentième anniversaire de la franchise et toutes les boites qui fabriquent des toys, des statues, de la vaisselle, des fringues, des produits alimentaires ou d’hygiène (et j’en passe) qui parviennent à obtenir les droits d’exploitation, et vous obtenez un marché rempli à craquer de produits dérivés Tortues Ninja, comparable à la vague déferlante qui a frappé le monde à la fin des années 80.

Les collectionneurs vendent les organes de leurs parents pour certains, souscrivent des crédits pour d’autres, et se ruent dans les boutiques pour remplir leurs caddies de toutes ces nouvelles gammes de figurines et d’objets de consommation inutiles, mais forcément collector. Pour les collectionneurs et amateurs de la licence, c’est les années 80 une fois de plus. Sans les coupes de cheveux improbables.

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[nextpage title=”Toujours le même qui fait c*****…”]

Tout pourrait alors aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… si ce [ajoutez ici l’injure de votre choix] de Michael Bay n’avait pas décidé de s’intéresser aux Tortues Ninja.
Bay, connu pour violer constamment vos souvenirs d’enfance depuis son premier Transformers en 2007, a décidé récemment de relancer la franchise au cinéma. L’idée est louable, mais là où ça coince, c’est qu’on comprend dès ses premières déclarations sur le sujet que le gars ne comprend rien à l’univers des TMNT et qu’il n’en a surtout absolument rien à faire. Nous passerons donc rapidement sur le fait qu’il voulait en faire des extraterrestres et que cela a été refusé par la Fox, ou sur son concept d’hypersexualisation d’April O’Neil, puisque ça, c’est dans sa pratique habituelle. Le mec serait capable de faire un plan serré d’une nana en string dans un film sur Dachau. Alors certes, il produit mais ne réalise pas Ninja Turtles, qui sort en 2012, mais sa main mise est présente. Trop présente. Les tortues ont un look absurde, n’ont plus rien d’ados, l’histoire n’a aucun sens, Shredder est remplacé par un couteau suisse d’un mètre quatre-vingt, et le tout est d’une fadeur sans nom. C’est bien simple, la seule séquence potable du film est la fameuse scène dans l’ascenseur, vue et revue mille fois sur YouTube avant la sortie du film. Tristesse.

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Tout ceci nous amène tout naturellement à la suite qui sort cet été, Ninja Turtles 2. Cette fois, les espoirs sont bien plus hauts que pour le premier film. Déjà parce qu’on sait que Bay a été beaucoup moins présent tout au long de la production, mais aussi et surtout parce que pour une fois, les bandes-annonces sont encourageantes. Il ne fait aucun doute que le film ne sera pas parfait aux yeux des fans les plus exigeants, mais tout de même, l’humour semble plus proche de ce qu’on connait des tortues ninja, la présence d’un véritable Shredder, l’arrivé de Bebop et Rocksteady d’un côté, et Stephen Amel sans le rôle de Casey Jones, font que bon… on a envie d’y croire. Pas vous ?

En attendant de voir ce que nous réserve cette nouvelle itération des aventures des frangins à carapace, nous espérons que vous aurez pris plaisir à en apprendre plus sur les Tortues Ninja, et sur l’incroyable voyage qui les a amenées jusqu’à aujourd’hui… et les emmènera très certainement encore loin. Une histoire de rencontres fortuites, de hasards heureux, d’amitiés incroyables, d’explosion intersidérale, d’excès, d’erreurs de jeunesse, de rupture, de temps qui passe, de réconciliation… Bref, l’histoire de la vie.