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Le « Grand Silence » : Pourquoi n’a-t-on toujours pas contacté d’extraterrestre ?

Espace

Par Antoine le

Environ 10 milliards de planètes potentiellement habitables dans notre galaxie… et pourtant aucun contact extraterrestre connu à ce jour. Cette situation, paradoxale, interpelle nombre de scientifiques de renom. Les extraterrestres sont-ils si différents de nous que nous ne comprenons pas leurs messages ? Sont-ils situés trop loin ? Ont-ils seulement existé un jour ? Nous vous proposons un petit tour d’horizon des différentes théories envisagées par les chercheurs.

Chacun s’est probablement déjà pris au moins une fois à réfléchir à la place de l’humain dans l’Univers. Et au cours de cette phase d’introspection, il y a une question qui revient quasi-systématiquement : “sommes-nous seuls?” L’expérience de pensée est fascinante, et ne date pas d’hier. Cette question, de grands noms se la sont déjà posée: Lucrèce au 1er siècle, Cyrano de Bergerac, Emmanuel Kant, ou encore Christiaan Huygens. Le premier scientifique dont nous ayons des traces de travaux sur la question semble être le Russe Constantin Tsiolkovski, un visionnaire qui pose les jalons de ce que sera plus tard la conquête spatiale et suggère que “si de telles civilisations existaient, elles nous auraient déjà fourni une preuve de leur existence”. A l’époque, cette idée était extrêmement novatrice, voire un tantinet loufoque. Elle apparaît pourtant avant-gardiste lorsqu’on connaît la suite de l’histoire, et le développement de cette idée qui sera recyclée par de grands noms de l’histoire des sciences. Parmi eux, un certain Enrico Fermi. Ce physicien de génie, connu entre autres pour être le père du Chicago Pile-1, doit surtout sa popularité au problème à qui on a donné son nom : le paradoxe de Fermi. Au cours d’un déjeuner entre amis, avec pour point de départ un simple croquis, le scientifique aurait soulevé ce problème qui peut être résumé en une seule phrase : “Mais où sont tous les extraterrestres ?”

Et contrairement aux précédents penseurs qui avaient effleuré le sujet, Fermi se serait lancé dans une série de calculs probabilistes visant à étayer ses propos. Ce raisonnement est aujourd’hui considéré comme une version “précoce et informelle” de l’équation de Drake. Fermi en tira une conclusion que l’on peut sommairement résumer ainsi : si nous n’avons toujours pas été visités par une civilisation extraterrestre, c’est peut-être parce que le le voyage interstellaire est impossible ou demande un effort trop important, ou que les civilisations assez avancées ne durent pas assez longtemps pour avoir une chance de pouvoir communiquer entre elles.

Cette discussion entre grands esprits a donné lieu à toute une réflexion qui s’est depuis étoffée de façon exponentielle. La véritable formalisation des concepts effleurés lors de ce déjeuner arrivera en 1975 avec l’astrophysicien Michael H. Hart. D’après Hart, il ne faudrait que quelques millions d’années à une civilisation avancée maîtrisant le voyage interstellaire pour explorer la galaxie : il en déduit donc que le fait que nous n’ayons toujours pas été contactés signifie que les extraterrestres n’existent pas. Carl Sagan, grande star médiatique de l’astrophysique et de l’exobiologie du siècle dernier, affirme de son côté que les extraterrestres sont déjà parmi nous, au sein du système solaire. Vous l’aurez compris : le consensus sur le sujet n’a jamais existé. Cette absence de consensus, la difficulté à récolter des preuves tangibles et le côté fantasmagorique de la question ont fait qu’un très grand nombre de théories sur le sujet ont émergé.Une grande partie d’entre elles se basent sur un concept baptisé Équation de Drake, ou sur l’un de ses très nombreux dérivés ultérieurs. Proposée en 1961 par Frank Drake, cette proposition tente d’estimer le nombre de civilisations avec laquelle nous pourrions potentiellement entrer en contact dans notre galaxie.

Elle dépend de 7 facteurs. On commence le taux de formation d’étoiles (R), et on conserve la fraction de ces étoiles ayant une ou plusieurs planètes (fp). On exclut ensuite celles où la vie n’a aucune chance de se développer (ne). Il faut ensuite déterminer les chances que la vie finisse par s’y développer concrètement (fl), puis arrive à un stade de civilisation intelligente (fi), et qu’elle développe une technologie de communication suffisante (fc). Enfin, elle prend en compte le temps pour qu’une telle civilisation puisse émettre de tels signaux (L).

Vous l’aurez compris : pour la majorité de ces paramètres, nous ne disposons au mieux que d’estimations plus ou moins éclairées de la part de différents observateurs. Les résultats varient donc eux aussi de plusieurs dizaines de milliers d’ordres de grandeur, et ne sont donc pas très représentatifs (les mathématiciens parlent de garbage in, garbage out). Pourtant, nombreux sont les scientifiques éminents ayant trouvé des nombres supérieurs à 1. Frank Drake, auteur de l’équation, avait trouvé 10, soit 10 civilisations contactables dans la voie lactée. D’autres, comme le très optimiste Carl Sagan, en trouvent plusieurs dizaines de milliers.

Cette équation a été très critiquée et affinée depuis, mais elle sert surtout de base à une grande partie des théories qui tentent d’expliquer le « Grand Silence » – le fait que nous n’ayons toujours aucun signe d’extraterrestres. Le physicien Stephen Webb, de l’université de Portsmouth en Angleterre, a pris le temps de rassembler et de classifier ces théories dans son ouvrage “If the Universe is teeming with Aliens… Where is Everybody ?” sorti en 2002. Il en tire trois catégories de réponses différentes à la question “Où sont-ils ?” :

  • ”Ils existent mais n’ont pas encore communiqué”
  • ”Ils n’existent pas”
  • ”Ils sont là”

Nous allons nous plonger dans certaines des grandes théories, qui seraient autant de solutions potentielles au problème de Fermi. A noter qu’il en existe une infinité de variantes et de développements possibles qu’il sera impossible de balayer à moins d’en faire une encyclopédie en trente volumes : nous nous contenterons donc d’un tour d’horizon.