L’été n’est pas qu’une histoire de plage et de crème solaire. Côté librairie, juin lance la course de fond qui mène tout droit à la Japan Expo et aux salles obscures. Les éditeurs sortent l’artillerie lourde : une collection Spider-Man calibrée pour la sortie de Brand New Day, l’adaptation du RPG le plus primé de ces dernières années, un ours en peluche psychopathe et même une méthode pour apprendre le japonais grâce à des chatons.
BD et romans graphiques
La collection Spider-Man « Web of Heroes »
Collectif, Panini Comics, 24 juin 2026, 6,99 € le volume
Panini ne s’en cache même pas : la collection a été lancée pile un mois avant la sortie en salle de Spider-Man : Brand New Day, attendu au cinéma le 29 juillet. Dix albums cartonnés, un tarif plancher et un principe simple mais efficace : à chaque tome son duo. Spider-Man et Hulk, Spider-Man et Daredevil, Spider-Man et Venom… l’idée est de rappeler que le Tisseur n’a jamais été le solitaire qu’on imagine, mais plutôt un habitué des équipes improbables. Cerise sur le gâteau, les dix couvertures signées Giuseppe Camuncoli s’assemblent en une seule grande fresque pour faire le bonheur des collectionneurs. Une opération marketing assumée, mais à moins de sept euros pièce, c’est aussi la porte d’entrée idéale pour qui veut se lancer sans se ruiner.

Mon ami Pierrot
Jim Bishop, Glénat, 10 juin 2026, 264 pages
Récompensé de toutes parts à sa sortie en 2022, le roman graphique de Jim Bishop revient dans un format poche plus accessible, mais toujours aux éditions Glénat. Derrière ses airs de conte lumineux inspiré de Ghibli et de L’Atelier des sorciers, l’histoire cache un propos autrement plus sombre. Cléa, promise à un beau mariage, préfère suivre Pierrot, magicien des rues qui lui promet la liberté. Sauf que la passion vire vite à l’emprise, et le conte de fées à l’étude de la manipulation. Bishop signe un récit d’émancipation exigeant, servi par un trait sublime et lumineux. Si vous étiez passé à côté du grand format, voilà l’occasion de rattraper votre retard.

Beneath the trees where nobody sees : rite of Spring
Patrick Horvath, Ankama, 3 juillet 2026, 176 pages (public averti)
Ne vous fiez surtout pas aux adorables bestioles qui peuplent les cases de cette bande dessinée. Sous ses airs de fable animalière toute mignonne, la série de Patrick Horvath est un thriller horrifique glaçant, nommé aux prestigieux Eisner Awards. Dans cette nouvelle histoire, qui se lit indépendamment de la première, on suit Monica, dont le frère a disparu sans laisser de trace en 1986. Huit ans plus tard, sa quête la conduit à Woodbrook, une petite ville où rôde une tueuse pas comme les autres. Le contraste entre la douceur du dessin et la noirceur du récit fait tout le sel de ce cosy horror qui a conquis l’Amérique. Réservé à un public averti, mais redoutablement efficace.

Mangas
Metaphor : ReFantazio #01
Yoichi Amano, d’après Atlus, Mana Books, 2 juillet 2026, 7,95 €
Sacré meilleur RPG, meilleure narration et meilleure direction artistique aux Game Awards 2024, le jeu d’Atlus s’offre sa version papier. On y suit Will, jeune membre de la tribu Elda, lancé dans une quête pour sauver un prince maudit, avant que la voix du roi défunt ne vienne tout chambouler en instaurant des élections royales. Fantasy politique, tribus inégales, destin contrarié : le manga de Yoichi Amano reprend la trame du jeu et sa mise en scène nerveuse. Idéal pour prolonger l’expérience une fois la manette reposée, surtout à quelques mois de son portage sur Nintendo Switch 2.

Ultimate Exorcist Kiyoshi #01
Shoichi Usui, Kazé, 8 juillet 2026, 7,29 €
Avant de signer sa propre série, Shoichi Usui a passé cinq ans comme assistant d’Eiichiro Oda sur One Piece. Ça se sent, et c’est un compliment. Prépublié dans le Shōnen Jump, Kiyoshi met en scène l’exorciste le plus puissant de tous les temps, flanqué d’un léger handicap : il est mort de trouille dès qu’un démon pointe le bout de son nez. De cette contradiction naît une comédie d’action surnaturelle au rythme millimétré, où le héros finit par comprendre qu’un démon peut aussi être un chic type. Un premier tome plein d’énergie, qu’on a hâte de découvrir plus en profondeur.

Métro Boulot Yakumo #01
Ayano Rokushi, Kazé, 24 juin 2026, 9,99 €
Née sur le web avant d’atterrir en librairie, cette comédie romantique mise tout sur la lenteur et la douceur. Chaque matin, Hina passe devant le même restaurant pour croiser Yakumo, cuistot élégant en kimono, pipe au bec et sourire de séducteur. Sauf que derrière la façade de charmeur se cache un grand timide qui rougit à la moindre phrase. Rien de plus, rien de moins : de très courts chapitres, une tension amoureuse qui refuse d’avancer et une colorisation aux teintes orangées qui fait tout le charme du titre. À siroter au bord de la piscine cet été.

Dessins claqués #01
Mas Okis et Kshatriya, Vega, 3 juillet 2026, 8,35 €
Édité par le studio indonésien Goxtoon et pensé d’emblée pour le public occidental, Dessins claqués a l’originalité de ne pas être né sur le sol japonais. Parodie assumée des codes du shōnen avec un humour franchement absurde, ce premier tome suit les aventures de Dani, jeune adolescent dans un monde où chacun possède son pouvoir. Lui a reçu l’un des dons les plus puissants du monde, puisqu’il est capable de matérialiser tout ce qu’il dessine. Le problème, c’est qu’il dessine très mal. Un concept bête et génial, pour un premier tome qui envoie du gag tout en glissant deux ou trois piques sociales salées.

Super Mario Manga Adventures, Best Selection
Yukio Sawada, Soleil Manga, 28 mai 2026, 192 pages
Avant le film Illumination et la Switch 2, Mario avait déjà toute une vie en manga. Depuis 1990, Yukio Sawada dessine les frasques du plombier dans le CoroCoro Comics japonais. Pour les novices qui voudraient découvrir le personnage autrement, le manga estampillé Best Selection s’impose comme une porte d’entrée idéale, concoctée par l’auteur lui-même. On y retrouve ses chapitres préférés repassés en couleur ou en bichromie, plus quelques récits inédits jamais publiés en recueil, et même des stickers. Humour bête et méchant, gags à la pelle… c’est régressif, et on aime ça.

Parler japonais avec Mofusand
Juno, Soleil Manga, 4 juin 2026, 12,99 €
Phénomène des réseaux, les petits félins baroudeurs de Mofusand se transforment en professeurs de langue le temps d’un recueil. L’idée : apprendre les rudiments du japonais à travers des scènes illustrées et des expressions contextualisées, du basique « bonjour » à l’indispensable « jouons ensemble ! ». Rien de très académique, mais une méthode ludique et pédagogique, pensée pour accompagner un premier voyage ou simplement pour le plaisir des yeux.

Beaux livres
Ankama, de l’esquisse à l’épopée
Sous la direction d’Antoine Rigaud, La Martinière, 12 juin 2026, 24,90 €
Le studio roubaisien fête ses 25 ans, et il fallait bien célébrer tout ça. Catalogue de l’exposition inaugurale de la toute nouvelle Cité internationale du cinéma d’animation d’Annecy, ce bel objet retrace l’odyssée d’Ankama, du carton Dofus en 2004 à la série Wakfu, jusqu’au projet Waven. Plus de 230 documents, dont une flopée d’esquisses et de recherches graphiques inédites, viennent illustrer des entretiens avec les figures historiques de la maison. Pour qui a grandi dans le Krosmoz, c’est un incontournable. Pour les autres, une plongée passionnante dans l’un des rares acteurs français à peser autant dans le jeu vidéo que dans l’animation.

Le grand livre du curry japonais
Thibaud Villanova, Hachette Pratique, 10 juin 2026, 29,95 €
On savait Thibaud Villanova, alias Gastronogeek, capable de cuisiner à peu près n’importe quel univers de la pop culture. Le voilà qui s’attaque à un monument méconnu chez nous : le curry japonais, l’un des plats les plus consommés de l’archipel. Au menu, trente-cinq recettes qui vont des classiques des grands maîtres aux réinterprétations « french kare » façon bistrot, à retrouver dans son restaurant parisien. On retrouve aussi une vraie plongée historique et sociologique sur la place du curry dans la société nippone. Un livre aussi documenté que gourmand, préfacé par un spécialiste du genre. De quoi troquer la plage contre les fourneaux.

Cosplay : deviens qui tu veux !
Mayamystic, Marabout, 20 mai 2026, 17,90 €
Pas besoin de savoir coudre ni de vider son compte en banque pour se transformer en son personnage préféré à la Japan Expo. C’est tout le pari de Mayamystic, cosplayeuse française aux millions d’abonnés, qui décline ici sa méthode du « cosplay placard » : fouiller son armoire et chiner en friperie pour recréer des looks iconiques avec trois fois rien. Vingt personnages à fabriquer, de Picsou à Astérix en passant par Garfield, des tutos accessibles et une vraie philosophie du système D. On est loin des costumes à 500 € et des heures de couture, et c’est précisément l’intérêt : une porte d’entrée maligne pour se lancer avant la prochaine convention.

La mythologie dans la pop culture
Hinfiney et Kateline Smith, éditions DashBook
On a tous croisé un dieu grec sans le savoir. C’est le postulat de ce livre signé Hinfiney et Kateline Smith, qui décortiquent les mythes du monde entier sur les réseaux, épaulé par une flopée d’illustrateurs. L’idée : remonter le fil qui relie les légendes d’hier aux œuvres d’aujourd’hui, de Zeus aux blockbusters, des divinités nordiques aux jeux vidéo, en passant par American Gods et Kaamelott. Le tout dans un ton volontairement accessible, qui s’impose comme une porte d’entrée idéale pour qui veut briller en société sans se taper trois volumes universitaires.

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