Plutôt qu’une simple chronologie, il est intéressant de voir comment les différents épisodes se regroupent en grandes familles de gameplay. Car derrière les titres parfois alambiqués (New Super Mario Bros. U Deluxe, Super Mario 3D World + Bowser’s Fury…), il existe une logique claire : chaque époque de Mario a posé ses règles et ses exceptions.
Les inclassables : des expériences à part
Certains jeux portent le nom de Mario mais ne s’intègrent pas totalement dans l’évolution principale. Super Mario Bros. 2 (1988, version occidentale), adaptation de Doki Doki Panic, en est le meilleur exemple : ici, impossible de battre ses ennemis en leur sautant dessus, mécanique pourtant essentielle à la série.

Même chose pour les épisodes Super Mario Land sur Game Boy. S’ils reprennent la formule des Mario 2D, leur physique étrange, leurs phases de shoot’em up et leurs choix de design en font des cousins éloignés. Ces jeux ouvriront d’ailleurs la voie à une autre série, Wario Land, plus centrée sur l’action et l’exploration.
Enfin, on peut ranger dans cette catégorie des spin-off modernes comme Super Mario Run (2016, mobile), adaptation en “runner” automatique de l’univers de Mario, ou encore les expérimentaux Mario Maker (2015 et 2019), qui transforment le joueur en concepteur de niveaux.

Les classiques : la 2D éternelle
La lignée principale démarre évidemment avec Super Mario Bros. (1985) et ses suites directes. De Super Mario Bros. 3 (1988) à Super Mario World (1990), Nintendo affine une recette faite de costumes, de cartes du monde et de mécaniques toujours plus souples.
Après une longue parenthèse due au passage à la 3D, la série 2D revient avec New Super Mario Bros. (2006, DS) et ses déclinaisons (Wii, 3DS, U). Ces jeux renouent avec l’esprit des classiques, mais avec des mouvements inspirés des Mario 3D (triple saut, saut mural, attaque au sol).

Puis, en 2023, Nintendo surprend tout le monde avec Super Mario Bros. Wonder. Plutôt que de recycler la formule, le jeu ose une approche expérimentale : chaque niveau intègre un “fleuron” (Wonder Flower) qui bouleverse totalement les règles du gameplay. Graphiquement plus expressif, plus audacieux dans son design, Wonder marque la renaissance de Mario 2D et rappelle qu’il reste un terrain d’innovation, même 40 ans après.
Les grands mondes ouverts : Mario en 3D
Avec Super Mario 64 (1996), Nintendo ne se contente pas de transposer la plateforme en 3D : il invente le concept de bac à sable exploratoire. Chaque niveau est un terrain de jeu ouvert, pensé pour être revisité plusieurs fois, avec des objectifs multiples. Super Mario Sunshine (2002) reprend la même logique, en ajoutant le jet-pack aquatique J.E.T.
Puis vient Super Mario Galaxy (2007) et sa suite (2010), qui resserrent la formule : les planètes miniatures offrent une linéarité inédite, jouant sur la gravité et le rythme. La 3D dans Mario prend alors un virage plus orienté plateforme que pure exploration.

En 2017, Super Mario Odyssey opère un retour aux sources de Mario 64 avec un monde ouvert moderne, où chaque royaume est un vaste terrain d’expérimentation. La capture de créatures via le chapeau Cappy renouvelle complètement les mécaniques, offrant l’un des épisodes les plus ambitieux de la saga.
Les hybrides : entre 2D et 3D
Entre ces deux grandes familles, Nintendo a inventé une troisième voie : les Mario hybrides. Avec Super Mario 3D Land (2011, 3DS) et Super Mario 3D World (2013, Wii U), le jeu adopte des environnements en 3D mais des niveaux à structure linéaire, proches de la 2D. Caméra fixe, objectifs simples : un compromis entre accessibilité et richesse visuelle.

Cette formule a trouvé une nouvelle maturité avec Super Mario 3D World + Bowser’s Fury (2021). Ce dernier mode, semi-ouvert, mélange exploration libre et défis courts, esquissant ce que pourrait être l’avenir de Mario : un monde unique, modulable, qui se transforme en fonction du joueur.
Mario, 40 ans et toujours en avance
Quarante ans après Super Mario Bros., la saga n’a rien perdu de sa vitalité. Nintendo alterne entre tradition et expérimentation : Wonder a prouvé que la 2D pouvait encore surprendre, tandis qu’Odyssey et Bowser’s Fury ont montré que la 3D avait encore de nouveaux horizons à explorer.

Là où d’autres licences se contentent de répéter une formule, Mario continue d’incarner l’idée même du jeu vidéo comme espace d’expérimentation. Il n’est pas seulement un héros de pop culture : il reste, quatre décennies après sa naissance, le laboratoire du game design de Nintendo.
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