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The Acolyte : la nouvelle série Star Wars est-elle vraiment si mauvaise ?

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The Acolyte tire sa révérence sur Disney+ et ne fait pas du tout l’unanimité. Après huit épisodes, la série Star Wars a-t-elle été à la hauteur de la promesse ?

C’était une première. Après près d’une cinquantaine d’années passées aux côtés de la dynastie Skywalker, Star Wars abandonnait cette période largement explorée pour se consacrer à de nouveaux personnages. Sous l’impulsion de Leslie Headland, The Acolyte entendait raconter la Haute République. La créatrice s’est inspirée du projet littéraire “Luminous” lancé en 2019 dans un effort de diversification de la mythologie Star Wars. Lucasfilm a conscience que la période entre La Menace Fantôme et L’Ascension de Skywalker a déjà été explorée à de nombreuses reprises, qu’elle a tout intérêt à montrer sa galaxie sous un nouveau jour. C’est donc plusieurs centaines d’années avant la naissance d’Anakin qu’évolue cette nouvelle production.

À une période de paix relative, les Jedi sillonnent la galaxie à la recherche d’êtres sensibles à la Force. Les membres de cette organisation religieuse assurent le maintien de la paix en collaboration avec la République. Mais lorsqu’une série de meurtres touche l’Ordre Jedi, le maître Sol n’a d’autre choix que de s’engager sur la piste de cet assassin. Il se confronte à un passé qu’il aurait sans doute préféré oublier. La jeune Osha, une ancienne disciple, l’accompagne dans ce périlleux voyage qui pourrait bouleverser l’avenir de la galaxie très très lointaine. La série devait piocher du côté de thriller et récits policiers pour faire éclore une enquête galactique d’envergure. Pour les spectateurs, c’était aussi l’assurance de voir une production s’affranchir du carcan Star Wars et de véritablement surprendre son audience. Pari réussi ?

Vraiment un nouveau monde ?

Depuis son lancement en 2019, Disney+ a multiplié les projets évoluant dans l’imaginaire de George Lucas. Bien après le départ de son créateur, la saga continue de raconter la lutte entre le bien et le mal, entre Sith et Jedi, aux côtés d’anciens et nouveaux personnages. La saga cinématographique avait déjà eu droit à trois opus au cinéma et deux spin-offs, l’arrivée du service de streaming était une nouvelle opportunité de tabler sur la célèbre estampille. Cinq ans après les premiers pas de The Mandalorian, rares sont les propositions à faire l’unanimité auprès des fans, on pouvait se réjouir de voir The Acolyte ajouter de nouvelles couleurs à cet univers qui semblait tourner en rond.

The Acolyte Bilan Star Wars
Un parterre de personnages peu exploités © Disney+

Le dépaysement a finalement été moins au rendez-vous que prévu. Si l’on peut saluer un travail sur les costumes et les accessoires, The Acolyte adopte une identité visuelle assez semblable à celle de ses aînées. C’est particulièrement vrai concernant la photographie et le montage, dont les fameuses transitions qui continuent d’être un indispensable pour toutes les productions Star Wars. On aurait sans doute préféré que Leslie Headland et ses équipes tranchent plus dans le vif. La mise en scène profite néanmoins de ses inspirations chinoises, lorsqu’il s’agit d’aller chercher dans l’imagerie du cinéma hongkongais pour immortaliser les scènes de combat. Il faut d’ailleurs bien avouer que la plupart de ces affrontements bénéficient d’une énergie rarement invitée au sein de la saga Star Wars. Mais ce bel écrin n’est pas suffisant, il fallait encore construire une histoire aussi captivante que dense. Les scénaristes n’étaient a priori pas entravés par la bible Star Wars. De quoi surprendre et faire oublier les précédents impairs ?

Un peu (beaucoup) de remplissage

Les quatre premiers épisodes de The Acolyte formulaient la promesse d’un récit assez différent de ce que Star Wars a proposé jusqu’ici. Aux aventures grandiloquentes et oscillant entre comédie et drame, la dernière née préférait le mystère d’un puzzle meurtrier. Alors que les “whodunit” connaissent un sursaut de popularité au cinéma et sur le petit écran, Disney+ misait sur le bon cheval. Si les premiers épisodes avaient un peu précipité l’importante révélation sur Mae et sa sœur/ moitié Osha, il est rapidement apparu que l’objectif était moins de trouver un responsable à ces meurtres que d’explorer les motivations de la jeune femme et son lien étroit avec un mystérieux Sith.

The Acolyte Qimir Disney Plus
On veut en savoir plus ! © Disney+

Le récit est ponctué de belles idées, comme le basculement d’une enquête (presque) policière vers un combat plus viscéral entre bien et mal, force est d’admettre que The Acolyte n’a pas toujours brillé par la finesse de son écriture. Son découpage — il serait temps que Disney+ abandonne sa formule huit épisodes de 30 minutes— a surtout fait perdre à la série son intensité. Six semaines durant, The Acolyte s’est illustrée par une certaine maîtrise du cliffhanger, mais aussi une propension à étirer son intrigue plus que de raison. Un sentiment renforcé par la relecture des événements du troisième épisode quelques semaines plus tard. On aurait sans doute préféré que la création de Leslye Headland embrasse plus franchement ses inspirations pour devenir un cluedo géant, un “whodunit” au sens strict.

Une grande révélation qui n’en était pas une

Dès ces premières minutes, The Acolyte promettait de bousculer les attentes des spectateurs avec les révélations du charismatique maître Sol. Le Jedi est écrasé sous le poids d’un passé qu’il préférerait oublier et qui ne sera révélé qu’à l’approche de la fin. Toute la tension dramatique est d’ailleurs construite autour de ces informations, que tous les adorateurs de l’univers de George Lucas n’ont pas eu beaucoup de mal à anticiper. Il paraissait évident que la chute de la communauté de Brendok était l’œuvre des Jedi, que leur opération “sauvetage” avait viré au cauchemar.

Mae The Acolyte
“Je suis comme toi, tu es comme moi” © Disney+

La série de Leslye Headland s’est aussi aventurée sur un terrain qui ne lui laissait finalement pas une importante marge de manœuvre. Dans la saga principale, le retour des Sith n’est pas connu avant le basculement d’Anakin dans l’épisode III. La nouvelle série Disney+ évoluant plus d’une centaine d’années avant ces événements, il semblait impossible que les personnages survivent à cette rencontre et révèlent la survie des manipulateurs du côté obscur de la Force. À moins de condamner Sol à l’exil, ou de lui faire emprunter un chemin plus sombre, l’issue promettait d’être fatale.

Certains personnages captivants

The Acolyte n’a pas toujours rendu hommage à ses héroïnes. C’est particulièrement vrai concernant les liens qui unissent Osha et Mae. Les deux sœurs sont tantôt en opposition, tantôt en connivence, sans que la série immortalise l’importance de ces retournements de situation. Ce sera seulement par le dialogue que leur relation sera abordée, alors même que c’est l’indicible qui aurait dû les réunir et les diviser.

Ce traitement sommaire a tout de même permis à Maître Sol de tirer son épingle du jeu, grâce à l’impeccable jeu de Jung-jae Lee et une partition tout en nuances. Lumineux puis torturé, le protagoniste attire toute l’attention et ne la laissera qu’au moment où il est l’heure pour le côté obscur de la Force d’entrer en jeu. Qimir, incarné par Manny Jacinto, est le parfait contrepied à la personnalité solaire de Sol. L’inversion de leurs rôles est d’ailleurs particulièrement réussie. Les spectateurs, comme les personnages, se laissent séduire par sa noirceur autant que son apparente fragilité. Il apparaît très clairement, dans les derniers instants de la série, que son parcours est sans doute ce qui sera moteur d’une éventuelle saison 2.

Pas assez de politique

Leslye Headland a eu le bon goût d’égratigner l’image des Jedi pour raconter comment leur confiance aveugle en la Force et les préceptes de l’Ordre les a conduits à leur perte. Au manichéisme caractéristique de la saga principale, les scénaristes ont préféré un renversement des tendances pour mieux illustrer cette nouvelle époque de la galaxie très lointaine. Les inquiétudes de la République sont évoquées à de nombreuses reprises, concernant l’opacité de l’Ordre Jedi et sa toute puissance. Mais cette riche idée —  celle d’expliquer les mensonges de Vernestra Rwoh par la crainte d’un renversement de son groupe — manque de densité pour tout à fait convaincre. Le basculement est précipité, la série n’ayant jamais donné à ces enjeux la place dont ils auraient eu besoin pour s’épanouir tout à fait.

Pour l’heure, la saison 2 de The Acolyte n’a pas été annoncée. La série laisse néanmoins la place à une poursuite des aventures d’Osha, Mae et Qimir. Ce sont les audiences qui détermineront le bien-fondé d’un tel projet. Reste que nombre de spectateurs n’ont pas été séduits par cette proposition. Si la presse a été plutôt convaincue (quatre épisodes ont été montrés en amont), le public a été beaucoup moins tendre. Sur Rotten Tomatoes, 16% des notes sur l’agrégateur américain sont positives contre 80% pour la presse. The Acolyte n’est pas Andor ou les deux premières saisons de The Mandalorian, mais a moins le mérite de tenter de s’affranchir du moule Star Wars pour écrire un nouveau chapitre de la galaxie très très lointaine. En avait-elle vraiment besoin ? Sans doute pas.

Voir The Acolyte sur Disney+

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