Dans un mois où l’actualité jeu vidéo est trustée par Zelda ou GTA VI, cela fait du bien de se poser cinq minutes devant un titre aux ambitions moins grandiloquentes, avec un temps de jeu qui ne dépasse pas l’intégralité de la saga Harry Potter. Cela tombe bien, vous pouvez finir Tom the Postgirl en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Supercalifragilisticexpialidocious. Et pourtant, vous aurez immédiatement envie de relancer l’aventure. Parce que c’est rapide et parce que c’est drôle.
Vous le savez, on apprécie fouiner un peu pour dénicher une petite pépite parmi les jeux indépendants. Il y a peu nous nous étions penchés sur le gentil cas de The Merlies, jeu produit par Arte, jamais dans les mauvais coups dès qu’il s’agit d’aller sur le terrain de l’originalité. On retrouve tout naturellement Arte, mais pour une toute autre ambiance, bien moins “familiale”. Enfin, si vous avez l’esprit mal placé.
Un jeu (pas) pour toute la famille
Parce qu’en l’état, Tom the Postgirl apparaît comme un jeu tout mignon, développé par le studio suisse Oopsie Daisies. On y incarne une jeune apprentie factrice qui doit se rendre en ville pour remettre divers colis dans la région, divisée en trois secteurs distincts. Le gameplay est extrêmement simpliste (peut-être trop) et l’animation rappelle les vieux dessins animés crayonnés en 2D, en noir et blanc avec quelques notes de rouge pour différencier le personnage principal et les points d’intérêt. Les actions sont relativement simples à mettre en place et il vous suffit de presser une touche pour accomplir votre devoir (ou votre forfait). Une map et une mission annexe par chapitre et tout est bien qui finit bien. En l’état, vous pouvez finir le jeu de A à Z sans jamais dévier de votre tâche et en trente minutes, vous arrivez à la fin du cinquième et dernier chapitre, résolvant le mystère derrière le scénario.

Sauf que Tom the Postgirl brille par une autre mécanique : celle de pouvoir observer, par les fenêtres et autres trous, les occupations des habitants avant et après votre livraison, y compris ce qui se passe dans leur jardin. Un jeu qui récompense votre voyeurisme en somme. Et vous allez en voir des choses… dont vous aurez du mal à vous remettre ou à expliquer (certaines scènes nous marqueront sans doute à vie). Surtout que malgré son apparence de jeu familial, qui peut encore l’être si vous décidez de cacher tous les sous-entendus à vos enfants tout en leur mentant éhontément sur certaines scènes, Tom the Postgirl est un jeu à l’humour noir bête et méchant destiné aux adultes.

La factrice de South Park
Que l’on découvre qu’une vache lèche les timbres derrière la poste dans une mise en scène qui rappelle un autre type de contenu, qu’on écrase un escargot avec un chapeau en déviant du chemin tracé, que l’on décide de saccager un arbuste en le retaillant en forme d’oiseau, que l’on découvre des colocataires s’amusant à se chatouiller avec des objets étranges, que l’on observe un orphelinat où les enfants sont traités comme des animaux… Tom the Postgirl mélange habilement la blague bas du front avec le malaise.

Et derrière votre personnage à l’allure adorable, se cache un véritable esprit chaotique qui n’hésitera pas à ouvrir les paquets ou à saccager les lieux. Comme notre collègue. D’ailleurs, vous aurez en main un radar vous indiquant combien de choses étranges (pour le dire poliment) il vous reste à accomplir sur le lieu. Un jeu étrange qui assume son humour très proche de South Park et qui va partir dans des directions disons… inattendues.

Ce qui peut parfois être à double tranchant puisque bien malin qui saura deviner quelles étaient les intentions des développeurs derrière ce jeu complètement barré. En soi, la rejouabilité ne vaut que pour déverrouiller tous les succès qui ne peuvent pas être complétés sur une seule partie, certains demandant des actions opposées. Une fois ce petit plaisir accompli, Tom the Postgirl rejoindra le cimetière de nos jeux Steam et sera sans doute oublié avec les années. Toutefois, il aura accompli deux choses : la première, nous faire passer un super moment plein de surprises et de rires ; la seconde, nous faire suivre de très près les prochaines productions de Oopsie Daisies, notamment peut-être un second opus, comme le suggère la scène post-générique de celui-ci. On en rêve.
