Dire que Death Stranding est un jeu hors du commun relève du doux euphémisme. Le titre de Kojima Productions paru en novembre 2019 a ses adorateurs, en témoigne les 20 millions d’exemplaires écoulés depuis sa sortie. Il compte également de nombreux détracteurs qualifiant le jeu d’Hideo Kojima de walking-simulator dénué d’intérêt et surtout d’une quelconque forme de plaisir.
Bonne nouvelle pour les 20 millions de porteurs et n’en déplaise aux autres : Death Stranding 2 : On The Beach fait son arrivée sur PS5 ce 26 juin (le 24 juin en accès anticipé). Cette suite vient-elle améliorer la formule si particulière du premier épisode ? Le périple est-il aussi mémorable que le premier voyage de Sam ? Notre avis après 50 heures de jeu.
La fin de la grève pour Sam Porter Bridges
L’histoire de Death Stranding 2 se déroule 11 mois après les événements du premier opus. Sam Porter Bridges, incarné par Norman Reedus, est parvenu à reconnecter les Cités Unies d’Amérique et prend maintenant un repos bien mérité avec Lou. Il s’agit du BB (oui, textuellement) qui l’a accompagné durant son voyage et que Sam n’a pas souhaité rendre à l’entreprise Bridges à la fin du premier épisode.
Malheureusement pour eux, cette retraite va être de courte durée. Sur la demande de Fragile, ils vont devoir repartir dans un long périple destiné à connecter l’Australie au réseau chiral, une sorte d’Internet évolué qui permet aux bases de communiquer entre elles et d’échanger des marchandises grâce aux porteurs. Bien entendu, le voyage ne se passera pas aussi bien que prévu à cause d’anciennes et de nouvelles menaces.

Premier constat, le scénario ne progresse que très peu durant les 25 à 30 premières heures de jeu. L’opus initial souffrait de la même tare, mais la découverte de l’univers si particulier dressé par Hideo Kojima parvenait à pallier se manque. Le rythme du scénario s’avère encore plus particulier durant la première partie de ce Death Stranding 2.
Les scènes cinématiques se font plutôt rares et sont parfois expédiées en une poignée de secondes, nous laissant clairement sur notre faim. Heureusement, le dernier quart de l’histoire (correspondant tout de même à 10 heures de jeu) fait plus que nous contenter et nous apporte enfin le lot de révélations et de longues cinématiques tant attendues.
Car oui, la curiosité nous pousse à avaler les kilomètres par soif de révélations, comme dans le premier Death Stranding. La volonté d’en apprendre plus sur l’origine de Lou et de chacun des personnages rencontrés au fil de l’aventure ne s’éteint jamais. La force d’un grand jeu.
On regrette simplement que les motivations des antagonistes, Higgs en tête, soient étonnamment classiques. Heureusement, le charisme du méchant et l’excellente interprétation de Troy Baker viennent compenser cet écueil.
Au final, on ressort quand même de Death Stranding 2 comblé d’avoir assisté à une histoire riche en rebondissements, superbement mise en scène… bien que parfois un peu trop nébuleuse pour son propre bien.
Une histoire loin d’être accessible
Oui, il est essentiel de préciser que l’histoire de Death Stranding 2 est particulièrement cryptique, encore plus que dans le premier jeu. Death Stranding 2 n’est clairement pas aussi « simple » à suivre qu’un Metal Gear Solid, et ce, malgré les multiples clins d’œil fait par Hideo Kojima à la saga, parfois même un peu grossiers.

Le scénario exige la plus grande attention pour comprendre chacun des concepts fantastiques qu’il dépeint, comme la Grève (le monde des morts, en quelque sorte), la maladie du DOOMS affectant Sam et ses alliés ou encore les BB. Le corpus accessible à tout moment dans le menu permet de se rafraîchir la mémoire sur tous les éléments composant l’univers de Death Stranding, et tant mieux.
Un autre choix de Kojima Productions a de quoi décontenancer. Il est très surprenant de constater, a posteriori, que les bandes-annonces dévoilées jusque-là montrent des événements très tardifs de l’aventure. Certes, elles ont moins de poids de manière isolée, sans le contexte qui va avec, mais quand même.
Le conseil n’a peut-être plus très grande valeur, mais donnons-le tout de même : si vous pouvez éviter de visionner les trailers avant de jouer, faites-le. Et si vous n’avez pas fait Death Stranding premier du nom, il est vivement conseillé de regarder un résumé de l’histoire (celui disponible dans le menu principal de cette suite n’étant pas assez complet).
Un régal pour les yeux et les oreilles
Si Death Stranding 2 se montre aussi prenant et immersif, il le doit aussi à son casting XXL. Norman Reedus, Léa Seydoux, Guillermo Del Toro ou encore Troy Baker reprennent leur rôle avec tout autant de brio. Fragile, plus présente que jamais, rayonne particulièrement dans cet épisode. Les nouveaux venus Elle Fanning (Tomorrow), Luca Marinelli (Neil) et Jonathan Roumie (Dollman) crèvent également l’écran.

Surtout que Kojima Productions introduit avec maestria les personnages inédits. Le studio parvient à créer un attachement immédiat en dépeignant leurs tourments avec beaucoup de justesse. On se délecte de chacune des apparitions de tous ces protagonistes également grâce au formidable travail de motion capture et à la science de la mise en scène de Kojima Productions.
Death Stranding 2 nous en met donc plein les yeux, mais aussi plein les oreilles. Le soft ne serait clairement pas le même sans la bande-son magistrale de Woodkid, faite aussi bien de compositions instrumentales que de thèmes chantés aux paroles lourdes de sens. L’artiste français, accompagné par Ludvig Forssell, finit de faire du jeu une œuvre mémorable sur le plan artistique. Sachez que le morceau principal To the Wilder n’est pas la seule pépite qui viendra accompagner les scènes les plus marquantes et vos balades les plus périlleuses.
Autre tour de force de l’entreprise japonaise : la technique absolument irréprochable. Le framerate se montre stable même dans les phases les plus explosives et aucun bug n’est venu nous mettre des bâtons dans les roues. Les textures bénéficient d’un grand soin et se montrent aussi détaillées que les modèles de personnages. Les différents effets météo brillent également par leur réalisme.
Un concept inchangé, et c’est tant mieux
Death Stranding 2 reprend la formule du premier épisode, à savoir un monde ouvert peuplé par différentes installations où se terrent les civils pour échapper aux Précipations et aux Echoués amenés par le Death Stranding. Sam, en tant que porteur, doit aller de l’une à l’autre pour les reconnecter au réseau chiral.
Dans Death Stranding 2, vous passez donc le plus clair de votre temps à effectuer des livraisons d’un point A à un point B pour finir par reconnecter l’installation d’arrivée au réseau chiral. Problème, l’Australie désolée que Sam doit parcourir est faite de cours d’eau, de montagnes et de gouffres qui vont nettement compliquer vos trajets.

Les tempêtes de sable, de neige, les séismes et autres joyeusetés environnementales viennent aussi rendre les déplacements encore plus intenses dans cet épisode. Chaque partie de la carte, assez grande en demeurant, comporte ses spécificités de terrain et météorologiques.
Comme dans le premier jeu, il faut également gérer avec soin la marchandise à livrer. Plus le poids transporté par Sam est important, moins il sera stable et risque donc de chuter, endommageant les objets. Dans le meilleur des cas, votre note de mission en pâtit. Abîmez trop votre marchandise et c’est le game over.
Bien sûr, Sam peut compter sur une large variété de matériel pour se faciliter la tâche. Cela va des échelles à poser aussi bien à l’horizontal qu’à la verticale, aux ancres d’escalade ou à des bottes résistantes capables de surmonter les terrains les plus accidentés.
Notez que Death Stranding 2 ne manque pas de commandes secondaires à effectuer. Elles sont extrêmement récompensantes, puisque l’on débloque toute sorte d’équipement aux capacités originales pour leur complétion. Il est très agréable de découvrir les nombreuses armes et objets à débloquer au fur et à mesure de l’avancée dans le jeu. Cela va des fusils d’assaut et lance-roquettes aux grenades capables de faire apparaître un obstacle derrière lequel se cacher.
Il faudra passer par les quêtes secondaires si vous souhaitez compléter l’arbre de compétences intégré dans Death Stranding 2. Il vous permet d’améliorer vos capacités de porteur ou de combat. Vous pouvez aussi obtenir des informations plus précises sur la météo ou rendre l’Odradek, destiné à scanner le terrain pour afficher les éléments à ramasser, plus performant. L’arbre de compétences s’avère bien équilibré et apporte de beaux avantages, sans trop faciliter l’épopée.
Aider son prochain
Death Stranding 2 possède une composante multijoueur de la plus haute importante, qui nourrit aussi bien le lore que le gameplay. Vous ne verrez jamais directement les autres joueurs au sein de votre partie. En revanche, leurs constructions apparaissent bien dans votre session.
Si un joueur a fait construire un pont au-dessus d’un cours d’eau ou placé une échelle pour gravir une montagne, vous pouvez les voir dans votre partie et vous en servir. Le système s’inspire des messages à laisser au sol dans Dark Souls, mais poussé encore plus loin. Il est aussi satisfaisant de constater qu’un joueur a placé une structure pile au bon endroit que de savoir que l’une de nos constructions a aidé quelqu’un.

Death Stranding 2, malgré la morosité et la mélancolie dans son univers, est un titre profondément humaniste qui veut nous faire comprendre, par son scénario et cet aspect multijoueur, qu’un avenir meilleur passe par l’entraide, même à distance. C’est également pour cela que vous pouvez confier des objets dont vous n’avez pas l’utilité à d’autres porteurs. Votre récompense ? Rien de plus que quelques likes, puisqu’on ne fait pas une bonne action pour espérer quelque chose en retour.
Vous l’aurez compris, Death Stranding 2 propose plus ou moins la même structure et les mêmes mécaniques de gameplay (côté déplacements, du moins) que le premier épisode. Kojima Productions ne fait évoluer la formule que par petites touches. Il y avait-il besoin de réinventer la roue ? Pas vraiment, selon nous. Soyons clair, si vous n’avez pas aimé l’épisode initial, vous n’apprécierez sans doute pas sa suite. Au contraire, un joueur conquis par le jeu de 2018 retrouvera avec plaisir le nouveau venu sur PS5.
Death Stranding 2 : une promenade de santé ?
Pour autant Kojima Productions fait bel et bien un appel du pied aux joueurs les plus frileux par un parti pris : rendre l’aventure plus accessible. Cela passe par plusieurs choix notables.
Il fallait attendre de nombreuses heures pour accéder au pick-up dans Death Stranding premier du nom. Ici, le véhicule est disponible après quelques heures de jeu. Logique, du point de vue narratif. En revanche, cela rebat complètement les cartes.

Le pick-up, en plus de vous permettre des déplacements rapides, est capable de stocker une quantité pharaonique de marchandise. Résultat : la tension apportée par le choix et le placement soigneux des objets ainsi que l’obligation de faire très attention à l’endroit où Sam met les pieds se fait bien plus rare.
Il y a bien des moments où il faut obligatoirement poser le pied à terre, notamment lors des combats, mais la grande majorité des livraisons peut se faire en véhicule. Les plus filous préfèreront même faire quelques détours pour éviter les Échoués et bandits que le jeu avait placés sur la route la plus directe d’une mission. Il s’agit également d’un bon moyen de contourner les terrains trop inclinés.
Finalement, le sentiment de fierté et de soulagement offert par le premier Death Stranding après la complétion d’une mission se fait bien moins sentir dans cette suite. Bien sûr, rien ne vous empêche de faire vos livraisons à pied même une fois le pick-up débloqué, mais la tentation de tout faire en véhicule est plus que grande. Cela nuit même à la belle variété des commandes à effectuer. On vous demande de livrer une marchandise à la verticale ou de ne pas l’immerger dans l’eau ? Chargez-la dans le pick-up et la contrainte s’envole.
De plus, l’intégration du DHV Magellan, un vaisseau capable de transporter Sam et ses amis, vient aussi faciliter le tout. Vous ne pouvez que rarement vous en servir pour les missions principales, le jeu parvenant toujours à justifier subtilement son indisponibilité. En revanche, rien ne vous empêche de faire transiter les marchandises de missions annexes par ce moyen, même si votre note finale baisse le cas échéant.

L’action et Death Stranding, ça fait deux
Hideo Kojima l’affirme, il aime les œuvres qui divisent. Death Stranding a été critiqué pour sa faible dose d’action, ce qui ne l’a pas empêché de connaître un succès critique et commercial. Force est de constater que le créateur Japonais a quand même pris en compte les retours de ses détracteurs. Ainsi, Death Stranding 2 propose bien plus de phases d’action que son prédécesseur. De nombreuses missions vous demandent de prendre les armes et plusieurs affrontements de boss jonchent l’aventure.

Malheureusement, les combats sont loin d’être les séquences durant lesquelles Death Stranding 2 brille le plus. La faute au contrôle extrêmement laborieux de Sam et à quelques choix de game design assez frustrant. Exemple très criant : sur PS5, la touche de visée est L2. Sauf qu’il s’agit aussi de la touche avec laquelle Sam peut ramasser un objet au sol de sa main gauche.
Il arrive donc très souvent, en plein combat, d’appuyer sur L2 pour viser et que Sam ramasse une marchandise à la place. En outre, la latence avec laquelle le porteur effectue certaines actions est particulièrement agaçante. Il faut parfois s’y reprendre à plusieurs fois pour accéder à la roue des armes, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Le temps que met Sam pour s’équiper d’une arme est aussi bien trop long à notre goût.
Quelques boss qui sortent du lot
Par ailleurs, la maniabilité en combat dès que l’on a un peu trop de marchandise sur le dos est loin d’être agréable. Il est tout à fait logique que le poids porté par Sam viennent perturber les livraisons, mais lors des combats, nous aurions aimé que le seul véritable adversaire soit celui face à nous et non celui sur notre dos.

Le système d’esquive, qui demande de maintenir les deux gâchettes et d’appuyer sur rond, ou de viser pour effectuer un pas de côté, est assez imprécis. Il faut pas mal de réussite pour parvenir à éviter une attaque ainsi. Le corps-à-corps est toujours aussi archaïque, autant pour les attaques que pour la parade. Tous ces défauts sont bien regrettables sachant que les boss de l’aventure sont bien pensés et visuellement réussis. Death Stranding 2 compte même quelques combats de boss face à des Échoués géants assez impressionnants.
Les amateurs de Metal Gear Solid ne retrouveront pas de boss aussi marquants que Psycho Mantis, The End ou Fatman, mais l’effort est vraiment appréciable.
L’infiltration, elle, reste assez classique étant donné que les zones dans lesquelles s’introduire sont de conception plutôt simples. Il s’agit généralement de camps de bandits avec quelques tentes et conteneurs et trop rarement de structures réellement élaborées. On prend tout de même plaisir à utiliser les différents objets utiles pour rester dissimulé ou éliminer des ennemis particulièrement alertes, surtout en mode hardcore. Kojima Productions mettra sans doute la barre bien plus haut dans Physint.
Côté durée de vie, comptez 45 heures pour boucler l’histoire principale en ligne droite et facilement le double pour tout faire.

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