Sur consoles Nintendo, les jeux Mario Kart sont une véritable institution. Il n’est donc pas surprenant que Mario Kart World soit venu s’imposer comme la première exclusivité majeure de la Nintendo Switch 2 le 5 juin dernier. Mais le contexte dans lequel cet opus débarque est pour le moins unique. En omettant Mario Kart Tour (qui reste fondamentalement un jeu mobile), Mario Kart World est le premier titre de la franchise à suivre Mario Kart 8… Après plus de dix ans. Pour remettre le contexte, seulement trois ans séparent la plupart des épisodes, à l’exception de Mario Kart 64 et Mario Kart Super Circuit qui ont été espacés de cinq ans.
Même si Nintendo a pris soin de retravailler MK8 à sa sortie en version Deluxe sur Switch, le fait est que le jeu de course culte a stagné pendant toute une décennie. Dire que le premier contact avec Mario Kart World a eu l’effet d’une claque serait un euphémisme. En tant que vétérans de l’opus Switch et Wii U, la prise en main du petit dernier a rapidement eu raison de notre bonne foi, de quoi nous réduire à l’état de vieux grincheux incapables de prononcer autre chose que “c’était mieux avant !”.
Mais puisqu’il n’y a que les koopas qui ne changent pas d’avis, notre persévérance a fini par porter ses fruits. Le problème ne vient pas du jeu, mais plutôt des liens que les gamers ont tissés avec son prédécesseur.
Dire adieu à 11 ans de réflexes : ce n’est pas évident
Lancer sa première course sur Mario Kart World, c’est un peu comme prendre le volant dans un univers où le code de la route aurait changé brusquement sans que personne ne soit au courant. La physique des véhicules, leurs transformations, les objets et même les circuits d’autrefois : les réflexes sont là, mais rien ne semble fonctionner comme avant. Pourtant, ce n’est pas comme si la franchise ne nous avait pas habitués aux changements. À l’exception de Mario Kart 7 et 8 qui partagent le même ADN, chaque titre propose un gameplay et une identité propres. Ainsi, même si l’opus Switch 2 se veut révolutionnaire entre son monde ouvert et ses courses à 24 (parmi tant d’autres nouveautés), les vétérans ne devraient pas grincer des dents face à ces refontes.
Et puisque Mario Kart ne nous a jamais déstabilisés à ce point, notre premier réflexe a été de penser qu’il s’agit d’un mauvais jeu. Logique infaillible, non ? Et bien pas vraiment. Mario Kart World souffre très clairement de défauts sur lesquels nous allons revenir, mais pour comprendre les véritables atouts et faiblesses de ce jeu, il nous a d’abord fallu ravaler notre fierté. Se faire battre par des bots en mode Grand Prix après onze ans à rouler en maître sur Mario Kart 8 Deluxe, ça ne fait plaisir à personne. Passer de la première place à la 20ᵉ à la moindre carapace bleue non plus. Mais ce n’est pas parce que les codes de Mario Kart viennent d’être chamboulés que World est un mauvais jeu, loin de là. C’est en réalité le temps qui nous joue des tours. Laisser patienter les joueurs pendant 11 ans n’a fait que renforcer leurs attentes, tout en appuyant Mario Kart 8 Deluxe comme un épisode indétrônable. Alors forcément : les défauts du successeur sont exacerbés au possible.
Un monde ouvert sympathique mais anecdotique
Pour commencer, le monde ouvert sur lequel Mario Kart World base toute son identité est loin d’être à la hauteur. Tandis que l’on imaginait un Mario Kart à la sauce Burnout Paradise, le mode balade que Nintendo nous propose paraît presque secondaire. Son fonctionnement relève plutôt d’un bac à sable à la Skate 3, soit un bon condensé de fun… selon les standards des open worlds de 2010. On peut s’aventurer partout et faire plein de figures, certes, mais l’environnement paraît trop vide et certaines missions sont répétitives. En ajoutant à cela un manque de clarté sur la carte, l’impossibilité de placer des balises pour mieux se repérer ou encore l’absence d’excursions en multijoueur local : le monde ouvert de Mario Kart World est imparfait, il n’y a pas de doute.
Mais en qualité de mode supplémentaire, et aussi en tant que première tentative du genre, le mode balade mérite-t-il de peser autant dans la balance des critiques ? La réponse n’est pas évidente. Les joueurs pourraient simplement ignorer cette nouveauté au profit des aspects classiques de Mario Kart. Seulement, cette nouvelle structure influence le titre tout entier, y compris les modes classiques. Le mode balade et le monde ouvert ont donc une part de responsabilité du côté des défauts qui dérangent vraiment.
En premier lieu : la nouvelle organisation des coupes, qui intègrent le chemin entre chaque circuit dans le nombre de tours. Finalement, le mode Grand Prix donne l’impression de passer son temps sur la route à éviter des obstacles, plutôt que de profiter des circuits et d’apprendre à les connaître. Aussi, la largeur des circuits et des itinéraires laisse parfois penser que l’on roule tout droit pendant trop longtemps. Et quand il y a 24 joueurs et donc d’autant plus d’objets à éviter sur ce genre de parcours linéaire, la course prend vite des airs de guerre injuste.
24 joueurs c’est beaucoup trop
Mais la véritable fausse bonne idée de Mario Kart World, c’est son passage de 12 à 24 pilotes par course. Oui, le monde et les circuits sont vastes, mais cet espace n’a aucunement besoin d’être occupé par plus de joueurs. 24 c’est le nombre de tribus dans les Hunger Games, et c’est exactement ce que l’on ressent au volant dans ce Mario Kart : l’impression d’être dans un battle royale sans merci. Chaque pilote étant capable d’accumuler deux objets (comme dans MK 8 Deluxe), les premiers et les derniers évitent l’essentiel du chaos, tandis que de la 4ème à la 20ème place, il ne passe pas une seconde sans une collision fatale.
Jamais les objets n’ont paru si nombreux et peu équilibrés, à tel point que le gameplay relève presque du party game plutôt que du jeu de course. Le problème pourrait être réglé en proposant aux joueurs de choisir entre des courses à 12 ou à 24. Nintendo a pourtant fait le choix d’omettre cette option qui, on l’espère, sera introduite en mise à jour prochainement.
Le Mario Kart le plus technique (et novateur) à ce jour
Pour autant, Mario Kart World possède des atouts majeurs qui finissent par nous convaincre à la longue. Après avoir fait la paix avec le chaos des courses et le caractère secondaire du mode balade, il faut bien avouer que la physique et les sensations au volant n’ont jamais été aussi bonnes. En supprimant les véhicules personnalisables, Mario Kart revient à une recette plus simple permettant de trouver la combinaison pilote/véhicule la plus adaptée à nos envies en seulement quelques courses. Cette accessibilité permet de porter notre attention sur les nouvelles possibilités qu’offre le jeu, à savoir les figures sur place, les passages sur les rails et les sauts sur les murs.
La liberté de mouvement est si impressionnante qu’en l’espace de quelques semaines, les joueurs sont déjà parvenus à élaborer des raccourcis bluffants. À l’avenir, Mario Kart World promet de devenir l’opus le plus compétitif de la franchise, ce qui est une excellente nouvelle pour les gamers en quête de challenge. D’ailleurs, l’excellent mode survie introduit pour la première fois dans cet opus va également dans ce sens. Sur Mario Kart 8 Deluxe, tout tenait à l’apprentissage de la trajectoire parfaite au pixel près pour chaque circuit, tandis que MK World préfère récompenser l’audace et la prise de risque. Malheureusement, cela risque de décevoir les joueurs plus “casual” qui pourraient bien se sentir décontenancés lors de parties en ligne.
Une direction artistique sans faute
Du côté positif de la balance, il faut également mentionner la direction artistique de Mario Kart World. Depuis la première bande-annonce, l’esthétique du titre a su faire l’unanimité et le charme du jeu est encore plus frappant manettes en main. Avec de nouveaux designs cartoonesques, des animations travaillées et uniques (même pour certains skins), des circuits plus détaillés que jamais et des musiques à couper le souffle, cet opus est une vraie bouffée d’air frais. De quoi nous rappeler que cette franchise n’est pas seulement un défouloir pour les soirées entre amis, mais aussi et surtout un condensé de ce que Nintendo fait de mieux.
Se forcer pour l’apprécier, est-ce que c’est sain ?
Visuellement, musicalement et mécaniquement, Mario Kart World a déjà tous les ingrédients pour devenir l’opus le plus mémorable à ce jour. Seulement voilà : l’exécution est encore loin d’être parfaite. Suite à de premières impressions déconcertantes, le jeu a fini par nous révéler un potentiel que l’on ne peut ignorer. Mais il est dommage de devoir se faire violence un premier temps pour arriver à cette conclusion.
Nul doute que cette transition difficile doit être attribuée aux onze années qui séparent Mario Kart World de son prédécesseur, mais Nintendo a également son rôle à jouer. Son petit dernier manque cruellement d’options de personnalisation et d’équilibrage, des soucis qui peuvent être facilement corrigés à l’aide de mises à jour. Ainsi, le potentiel statut iconique de Mario Kart World est entre les mains de la firme de Kyoto. Les développeurs vont-ils rester sur leurs positions ou écouter les retours ? Verdict dans les prochains mois et années.
Prix et disponibilité
Mario Kart World est disponible depuis le 5 juin dernier au tarif conseillé de 89,99€. Ce prix n’avait pas manqué de faire débat à son annonce, mais la version physique est d’ores et déjà commercialisée à d’autres tarifs plus attractifs chez certains revendeurs.
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