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Test de Dark Souls Remastered : toutes les flammes de ta vie

Notre avis
9 / 10
Jeux-Video

Par killy le

Jeu qui avait l’air sympa jusqu’à ce qu’on se prenne un coup de pied pleine face avant de finir dans un ravin, Dark Souls a posé sa marque sur plusieurs années de productions : le moindre sudoku un peu corsé devenant alors “darksoulisé”. Ce Dark Souls Remastered est donc l’occasion de voir si, 7 ans plus tard et du flou dégueu en moins, il est encore roi putréfié en sa vieille demeure.

On ne va pas se mentir, quasiment chaque joueur un tantinet curieux connaît Dark Souls, ou du moins une de ses suites, voire Bloodborne pour les gens qui ont du goût. Le principe est simple : survivre dans un environnement d’une agressivité constante par l’apprentissage. Tout le sel du jeu de From Software ne réside pas que dans vos larmes, mais aussi dans son game-design ciselé, à la frustration dosée au millimètre, qui pousse le joueur à une obsession du mètre gagné, du centimètre arraché aux horreurs qui peuplent son monde. Dark Souls est une école de l’humilité sans être celle de la punition, il apprend la patience les tempes battantes et les yeux rougis. Mais n’allez pas croire que c’est une purge, bien au contraire. Il récompense bien plus qu’il prend, via une science du calme, du petit brin d’air soufflé après une dure bataille qui équivaut aux légendaires cinématiques des Final Fantasy et lointains cousins. Motiver pour mieux offrir. Sur ce point-là, Dark Souls Remastered est resté le même. Un ancrage dans le flot du temps qui est à la fois sa qualité et son problème, tant cette nouvelle version amène d’ajouts appréciables sans trop se prendre la tête à corriger ce qui n’allait pas. Mais en 60 FPS. Presque.

60 frayeurs par seconde

Dark Souls est fluide, oui oui. Même dans le Hameau du Crépuscule dont le principal ennemi était à l’époque le nombre d’images par seconde, qui donnait l’impression tenace de participer à une soirée diapos interactive. Les adeptes des mods et du débuggage à mains nues seront moins surpris par l’évolution, car l’édition PC calamiteuse d’époque fonctionne désormais dans des conditions optimales (merci le DSFix), mais le résultat est là : le confort de jeu est amélioré. Et si la fluidité ne montre pas de faille sur PS4 Pro et PC, elle est un peu moins solide sur PS4 classique lors de la multiplication d’effets, sans que la chute n’apparaisse non plus comme évidente.

Cette vigueur renouvelée permet dans le même temps une plus grande lisibilité dans le gameplay : la fenêtre des parades devient plus simple à appréhender et le joueur a donc bien moins l’impression de se faire trahir par une optimisation qui avait pactisé avec le démon. Les combats ne gagnent pas en nervosité, mais le joueur peut s’appuyer sur un timing cette fois-ci juste, dans un sentiment de maîtrise qui rassure sur ses compétences personnelles. Juste avant de se manger une flèche sur une corniche. Personne ne rêve, ce n’est pas avec ce rayon de soleil ludique que le monde autour devient accueillant. Un sursaut technique qui s’accompagne aussi d’une refonte visuelle, où les textures gagnent en profondeur et en définition.

Dark de triomphe

Beaucoup d’éléments de décors cache-misère disposent aujourd’hui de leur vrai modèle 3D tout neuf, fiers de s’afficher à côté de sources de lumière enfin bien rendues qui subliment certains passages. Pas tant d’un point de vue visuel pur, mais dans la construction d’une ambiance, de la communication d’un sentiment. Ce ravalement ne changera pas le fait que Dark Souls Remastered apparaît daté, c’est un fait. Il lui amène en revanche une densité, un niveau de détail qui, certes, ne concurrencent pas les derniers triple A, mais lui permettent d’asseoir encore davantage son univers fou. L’illumination n’a en revanche pas touché tous les recoins de ces terres désolées, et quelques zones semblent avoir été oubliées dans cette belle entreprise de restauration, comme Noiresouche ou encore une bonne partie des passages souterrains.

Tout le boulot opéré sur cette version va tout de même dans le sens d’une sorte de Director’s Cut, où les récriminations des joueurs ont eu une oreille plus ou moins attentive. Parfois il ne s’agit que d’un léger ajustement, comme ce feu disposé proche du forgeron ou la possibilité d’utiliser plusieurs objets à la fois – bien pratique pour les humanités – et parfois d’un choix de game-design réparé, comme le fait de modifier au besoin son allégeance à un serment devant le moindre brasier. Une sacrée épine dans le pied retirée avec une douceur étonnante.

Malgré tout, du sang a coulé sous les ponts en 7 ans, et certaines lourdeurs se sont accrochées aux berges. Les roulades sont toujours calées sur 4 directions, ce qui limite les esquives et risque de paraître lourdingue aux joueurs habitués à une certaine souplesse, en association avec les attaques dans le dos, encore pleines de mauvaises surprises après toutes ces années. Le boss de ces vieilleries qui ne marchent plus, le ciblage, peut être fier de lui. Pas ergonomique pour deux sou(l)s, il est toujours aussi capricieux et provoque encore des morts bien inutiles. Oui, tous ceux qui y ont joué sont passés par là et nombreux sont ceux qui ont aimé cette expérience, mais il était temps, surtout dans un “remaster”, de tenter de s’adapter et de remettre à plat ces éléments. Histoire de « faire avec » et pas « malgré ». Un souci qui se retrouve dans le PVP (joueur contre joueur).

Petits meurtres entre amis

La partie online de Dark Souls Remastered a elle aussi été améliorée avec un cahier des charges visiblement similaire. Inspirée par celle de Dark Souls 3 – en majeure partie dans le PVP – elle autorise maintenant des joutes à 6 avec du joli matchmaking par mot de passe pour retrouver ses collègues de combat en slip plus facilement. Dans l’ensemble, l’équilibre règne, grâce à l’impossibilité d’enchaîner les phantoms alliés comme un adepte du fordisme, et les parties conservent ce fumet d’honneur et de fourberie mêlés. Il est alors d’autant plus dommage de subir encore et toujours le problème des backstab (attaque dans le dos) en série, véritable plaie qui doit sans doute passer inaperçue depuis 2011, corollaire des roulades trop prévisibles. Une petite tripotée de bugs jamais réglés sont aussi de la partie, moins pénible, mais d’une fidélité qu’il faut saluer. À ce niveau de non-correction, le troll à grande échelle de From Software commence à se voir. Rien de désastreux, mais après la jurisprudence de la version PC d’époque, la notion de patch porté disparu est une vanne qui colle décidément bien trop à la peau du studio japonais.

Notre avis

Malgré une restauration en demi-teinte, tout du moins assez paresseuse, la bâtisse Dark Souls tient encore debout avec une fierté indécente. Jeu à l’équilibre fin, doté d’un level-design imparable et d’une richesse folle, il affiche encore plus aujourd’hui les raisons de son succès. Bien entendu, comme tout monument déliquescent, il réserve quelques trous dans le plancher, quelques murs qui s’effritent, mais sans jamais montrer un seul signe d’écroulement. Enfin fluide et de fait plus confortable, Dark Souls Remastered devient mathématiquement la meilleure version disponible sur consoles. Les PCistes ont eu eux de quoi se mettre sous la dent niveau améliorations depuis un petit moment, même si les moins au courant de la scène modding trouveront ici un jeu fonctionnel dès le départ, ce qui ne se refuse pas. Qu’on le trouve admirable ou détestable Dark Souls Remastered est une expérience à tenter. Par ses choix radicaux d’ambiance et de game-design, il est un sacré pan de l’histoire du jeu vidéo et le prouve toujours même après 7 ans d’existence.

9 / 10
Les plus
Les moins
  • Des textures retravaillées pour un univers encore plus immersif…
  • Dark Souls enfin fluide sur console !
  • Un game-design qui fait toujours mouche
  • Une ambiance unique de cauchemar gothique
  • L’école de l’apprentissage
  • Toujours punitif, rarement frustrant
  • Le travail sur la musique de Sakuraba
  • Les modifications de confort
  • La construction du “monde-ouvert”
  • … mais certaines zones en dessous, voire oubliées
  • Pas de remise au goût du jour du gameplay
  • Un remaster plutôt paresseux dans l’ensemble
  • Pas mal de bugs non corrigés après 7 ans
  • Le ciblage